Eli Roth devient un cas fascinant. Epaulé par des producteurs prestigieux -hier Lynch, aujourd'hui Tarantino-, récipiendaire de critiques dithyrambiques de quelques grands noms du cinéma de genre -dont Peter Jackson...-, voila que l'homme qui n'est rien d'autre qu'un bon faiseur ayant suivi la voie du sang se retrouve bombardé en nouvel espoir du gore, avec des films qui sans tout celà n'auraient pas d'autre statut que ce qu'ils sont, soit des séries B sympas. Tout produit par Lynch soit-il, Cabin Fever était une série B sympa, tout produit par Tarantino soit-il, Hostel n'est rien de plus.
Deux Américains et un Islandais s'organisent un périple européen, dans le but avoué de mettre le plus de filles dans leurs lits. Au cours d'une nuit enfumée à Amsterdam, ils se voient conseiller une auberge de jeunesse en Slovaquie, véritable vivier de donzelles en manque d'hommes. Evidemment, le paradis lubrique va se transformer en cauchemar...saignant.
Hostel, c'est un petit peu le pendant urbain de Cabin Fever, au point que l'on se surprend à se demander où se trouve la forêt. Mêmes personnages, où se croisent un beau gosse dragueur, un plus timide et un parfait couillon, décalque de l'inénarrable chasseur d'écureuils du premier film ("Why would you want to shoot a squirrel ?" - "Cause they're gay." Ultime !). Même construction déconcertante, où le film se promène pendant une bonne heure avant de partir en vrille dans la dernière demi-heure. Même propension au gore à l'ancienne. Et même pétage de plomb final, où après l'euthanasie à coups de pelle de Cabin Fever, Eli Roth fait encore étalage de ses idées déviantes. Toutefois, les films sont différents dans leurs esprits respectifs. Là où Cabin Fever était un film de fan ne cherchant pas tellement à aller au delà, l'approche d'Hostel est plus ambitieuse. Du niveau le plus moindre, les inévitables références se faisant discrètes -on notera un caméo de Takashi Miike-, lorsqu'elles ne sont pas cantonnées aux superbes (et pour le coup, hors sujet) affiches-teaser rappelant Maniac ou Massacre à la Tronçonneuse, au niveau le plus élevé, Hostel touchant du bout des doigts une certaine dimension sociale. Si le film n'est bien sur pas à la Slovaquie ce que Street Trash fut à New York, cela ne l'empêche pas de s'attarder sur les faces les moins dorées du pays. Pauvreté, violence, délinquance infantile, Hostel nous plonge dans un monde sale où l'on tue pour des chewing-gums. Il ne s'agit pas d'intellectualiser Hostel plus que de raison, l'ensemble étant plus proche de la caricature que du docu-réalité, mais il faut reconnaître que la démarche permet au film d'aller au delà du simple divertissement. Dans un autre registre, l'homosexualité se retrouve également abordée dans Hostel, au cours d'un petit dialogue à la subtilité inattendue. Un quinquagénaire gay, qui a enfoui ses préférences pour une vie davantage dans les normes. N'oublions pas une certaine interrogation quand voyeurisme qui sommeille en chacun de nous, enfonçage de porte ouverte qui a le mérite d'exister. Autant de surprises agréables pour un film présenté comme extrême et vendu sur ses seules séances de tortures, mais qui ne camoufle pas l'autre surprise d'Hostel, qui n'est en fin de compte ni extrême, ni bien fourni en tortures.
A mi-chemin entre American Pie et 8 Millimètres, Hostel commence comme une comédie débile à basse de fesses et de joints...et continu comme tel pendant un bon moment. Il est vrai que ce trio de pied nickelés est attachant pour qui aime les loosers pas très malins, et que voir un tel déballage de poitrines nues n'est pas désagréable, mais force est de constater qu'Hostel est un peu un hold up pour qui s'attend à un ersatz de Guinea Pig. La rupture de ton arrivée puis les festivités sanglantes commencée, Eli Roth nous surprend à nouveau en s'essayant à la suggestion. Si les estomacs les plus sensibles se remettront mal de cette énucléation terminée au ciseau, Hostel n'est finalement pas plus insoutenable qu'un Saw, son aspect viscéral et brut faisant tout de même davantage illusion que les effets clipesques de ce dernier. Bien que glauque, Hostel a un côté très fête foraine, impression accentuée lors d'une séquence grand-guignolesque mettant en scène un colossal boucher. Le tout navigue entre surdose et violence dure, lorsque ce n'est pas les deux à la fois.
Si vous aimez Cabin Fever vous aimerez Hostel, c'est aussi simple que ça. Pas beaucoup de prise de risque pour Eli Roth, qui nous livre les mêmes recettes, avec les mêmes qualités -effets gores crades et en latex, un côté barbare difficilement résistible, des personnages intéressants...- et le mêmes défauts -une exposition un peu trop longue, un côté potache parfois malvenu...-. Tout au plus, le côté citadin d'Hostel achèvera de le rendre plus sombre que son prédécesseur, et certains anti-américains trouveront sans doute délectable de voir ces deux Californiens débarquer dans l'Est comme en territoire conquis avant de s'en mordre les doigts. Du reste, le débat "pour ou contre Eli Roth" reste ouvert, et en bon successeur de Cabin Fever, Hostel ne manquera pas de donner de l'eau au moulin. Une valeur montante de l'horreur ? Un escroc qui a de la chance ? Un passionné qui sait s'entourer ?
Moi, j'ai choisi mon camp...
Lestat []

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