Elaboré par les studios créateurs de L'âge de glace et de Robots, Horton hears a who offre, comme on s'y attend, une qualité de traitement 3D tout à fait plaisante. Il est, en effet, devenu impossible aujourd'hui de critiquer la qualité technique de ce genre de réalisation, dont chaque exemplaire est plus épatant que le précédent. Ce nouvel exercice de film d'animation met en scène Horton l'éléphant, interprété par Jim Carrey (Dany Boon en français) et créé par le Dr. Seuss, célèbre écrivain américain spécialisé dans la littérature enfantine, et père des personnages qui inspirèrent The Cat in the Hat (avec Mike Myers) et The Grinch who stole Christmas (déjà avec Jim Carrey).
C'est en 1940 que le Dr. Seuss fait apparaître pour la première fois cet éléphant qui pense ce qu'il dit et dit ce qu'il pense, dans un livre baptisé Horton hatches the egg, qui illustre la nécessité d'être responsable en toutes circonstances. Et c'est 14 ans plus tard, qu'il le fera réapparaître dans Horton hears a Who, qui tourne autour d'une nouvelle idée forte et édifiante pour les jeunes esprits « une personne est une personne, peu importe sa taille ».
Ce slogan martelé par Horton et qui sera repris par les anti-avortements de tous poils, au grand dam du docteur, est illustré par une histoire simple : Horton, le sympathique éléphant de la jungle de Nool,entend un jour un appel à l'aide venir d'une poussière. Il découvre que toute une ville vit sur cette minuscule surface, peuplée par les Whos (Zous en français). Communiquant avec le maire de cette ville nommée Whoville (ou Zouville) il décide de s'en faire le protecteur.
Le voyant parler à une poussière, les autres animaux le prennent pour un dément, et finissent par vouloir détruire la poussière. Ils sont menés par le sour kangaroo et son petit, installé dans sa poche, accompagnés des frères Wickersham (une bande de singes) et de VladVlad-i-koff, méchant vautour dont le nom à la consonance russe ne passe pas inaperçu dans un livre publié en 1954. Ce n'est qu'à la faveur d'un effort collectif total que les Whos se sortiront de ce mauvais pas, grâce à l'intervention in extremis du plus petit d'entre eux. On renforce ainsi l'idée centrale en la doublant du message qu'une société organisée dans la même direction ne peut que réussir. Les animaux, prenant conscience de l'existence des Whos, les épargnent. Nouvelle idée forte : la méchanceté n'est souvent que le fait de l'ignorance. C'est beau !
L'équipe de Blue Sky s'empare de cette histoire (sous la baguette de Jimmy Hayward et de Steve Martino, qui co-réalisent ici leur premier film), et rajoute des pans à l'histoire, permettant de nombreux gags et lui autorisant d'exposer son savoir faire numérique.
En respectant l'identité graphique imposée par les illustrations du Dr. Seuss dans la version papier originale, comme l'avait fait Chuck Jones en 1970, dans la première adaptation à l'écran de cette histoire, les créateurs ne font pas que rajouter des situations. Ils modifient certains aspects de l'histoire originale, augmentant les notions et concepts moraux abordés. Même la fin subit quelques changements, bien que le happy end promis dès le générique de début réconcilie tout le monde autour d'une fraternité bien méritée, et ce, comme dans le livre. Au final, on rajoute du concept bien pensant pour moderniser un récit vieux de 54 ans.
Mais n'est pas Seuss qui veut.
Le résultat, bien que visuellement encourageant, offre un faible bilan : on sourit quelques fois, sans pour autant prendre autant de plaisir que dans L'âge de glace car l'immense majorité du film est perdue, le cul entre deux chaises. Clairement réalisé pour un public très jeune, par le biais de cabrioles clownesques de l'éléphant, pour lequel Jim Carrey s'en donne à cœur joie et en fait des caisses, et par les gags lourdauds, on s'inquiète de savoir si la cible de ces efforts n'est pas trop jeune pour bien saisir l'ensemble de l'histoire et la navigation entre l'infiniment grand et l'infiniment petit. D'autre part, les jeux de mots et allusions destinés aux parents (qui sont quand même ceux qui paient les places de cinoche) sont inaccessibles aux bambins, car faisant référence à des évènements propres à la culture et à l'Histoire américaine, ou à des tournures cinématographiques, dont l'usage en soi constitue un clin d'œil à un public qui sait à quel point ce clin d'œil est convenu. Au final, les adultes s'ennuieront un peu de ce qui amuse les enfants, et les enfants ne sauront apprécier ce qui fait sourire les adultes. Le tout se passe d'une façon si cloisonnée que ça en devient pénible : hop ! une blague pour les enfants (les enfants rient dans la salle pendant que les parents se regardent entre eux, regrettant leur investissement) et hop-là ! une blague pour les parents (les parents sourient, regrettant quand même leur investissement car ils l'avaient vu venir et les enfants envisagent sérieusement de faire des études de droit). Tout ceci manque donc cruellement de la fluidité et de l'intelligence d'écriture qui faisaient de L'âge de glace un film à la fois touchant et drôle, quel que soit l'âge, et donnera plus envie d'avoir dépensé l'argent du ticket dans le livre du bon Dr. Seuss, l'histoire originale se suffisant à elle-même.
athanagor []

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