"Mr Sandman, bring me a dream..."
Voilà, Halloween, c'est fait. D'un sens, mieux vaut un Halloween par Rob Zombie qu'un New York 1997 par Brett Ratner (c'est confirmé et ça va nous tomber dessus prochainement) et d'un sens, mieux valait ça que l'énième résurrection d'un boogeyman quinquagénaire qui n'a jamais eu le bon goût de devenir mort-vivant. Mais voilà, étant donné l'état général de la franchise, on peut légitiment se demander si le jeu en valait la chandelle. Quoiqu'on pense du résultat final, Rob Zombie a le mérite d'essayer de faire mieux que ses aînés et d'y arriver aux trois quarts. Son Halloween est bon. Peut être même s'agit-il là du meilleur épisode de la franchise, original compris. Blasphème ? Blasphème.
Le principal reproche que l'on puisse faire à cet Halloween, outre le fait de n'être jamais qu'un Halloween, est d'être construit de manière hybride. Rob Zombie avait deux buts : s'intéresser à la genèse de Michael Myers tout en lui redonnant son pouvoir terrifiant. En ce qui concerne la première note d'intention, il a tout à inventer. Pour la deuxième, il doit composer avec l'héritage de Carpenter. Un Carpenter dont Rob Zombie est fan. D'un générique à l'autre son film le hurle à plein poumon. Lorsqu'arrive le moment de coller à l'original, soit en deuxième partie de métrage, sa relecture est humble, respectueuse, au point qu'implicitement, le cinéaste se bride lui-même et ne va pas au-delà de la récitation appliquée, même s'il parvient à insuffler une sauvagerie et un aspect sale qui n'appartient qu'à lui (et à Tobe Hooper, dans une autre vie). L'intérêt de ce nouvel Halloween se trouve donc au-delà de cette parenthèse carpenterienne, soit dans la description nihiliste de la déshumanisation progressive d'un gamin de dix ans, appelé à devenir l'un des pires tueurs de tous les temps.
Back to seventies, voici le petit Michael. Une bouille ronde, un T-Shirt Kiss, une mère strip-teaseuse, un père alcoolo et un goût prononcé pour le macabre. Durant une heure, Halloween est un pur film de Rob Zombie, nous retrouvons son univers à la fois surréaliste et désabusé, sa patte visuelle, sa clique d'acteurs cabossés (Haig, Foree, Trejo, Moseley, Forsythe...) et sa nostalgie, quelques vieilles gloires du bis y allant de leurs cameos, dont le toujours hypnotique Udo Kier. Une heure prouvant que son cinéma se fait plus posé mais aussi plus sérieux, plus dérangeant. Si Rousseau nous disait grosso modo que les enfants naissent innocents pour se pervertir au cours de leur vie, Rob Zombie, tel un double dépressif, affirme précisément le contraire : nous naissons tous avec une part sombre en nous, une part qui n'attend que quelques interrupteurs pour se libérer. Les actes de Michael Myers ne sont pas justifiés par un quelconque contexte familial pourri. Cette folie meurtrière était en lui. Et un beau jour, il l'a simplement laissé sortir, aidé par une double personnalité, reflétée par les masques qu'il revêt. Cela a commencé par des animaux, puis un autre gamin qui le brimait. Une scène glaçante, presque naturaliste, où Zombie filme le petit Myers accomplir un acte d'une brutalité extrême, avant d'en sortir transfiguré, presque serein sous son masque de clown. Une maturité prise par le meurtre que Rob Zombie mettra une nouvelle fois en image, de manière plus graphique, lorsque Myers s'attaquera à sa soeur : trahissant délicieusement le film original, le réalisateur lui fait remettre pour la première fois son fameux masque, donnant à la scène un cachet troublant alors que ce petit garçon évolue avec cette fausse tête trop grosse pour lui.
Tout ceci nous amène à l'asile psychiatrique, où Michael perdra ses derniers restes d'humanité, et à son évasion spectaculaire (bien que trop tremblottante). Michael Myers échappé, Carpenter peut reprendre ses droits. Rob Zombie s'efface, ne réapparaissant que pour laisser échapper quelques fulgurances et donner à son tueur une fascination perverse pour les femmes nues, laissant au spectateur regretter qu'il ne règle pas son oedipe avec une baby-sitter volage. Les rues d'Haddonfiled n'ont pas changé en trente ans, mais Laurie Strode si. On est en droit de rester dubitatif face à la remplaçante très féminine de Jamie Lee Curtis. Tant qu'à parler de casting, soulignons également la performance décevante de Malcolm McDowell en Dr Loomis sosie de Paco Rabanne. Bis repetita remake, pour le reste, se reporter au deuxième paragraphe de cette critique. Reste une fin en forme de synthèse, où Rob Zombie reprend les rênes avec brio.
Le film fini, il vient cette pensée étrange que quitte à faire un remake, Rob Zombie aurait sans doute été plus à l'aise sur un nouveau Massacre à la Tronçonneuse, tant les deux parties de son Halloween contrastent. Si techniquement, Halloween est le film le plus maîtrisé de Rob Zombie - son approche de la violence y est ici particulièrement intéressante-, il est difficile d’y voir davantage qu’un amuse-gueule en attendant son prochain. Reste un travail plus qu'honnête à la noirceur bienvenue, une première heure qui frise l'irréprochable et une Sheri Moon littéralement méconnaissable en mère de famille. Et du haut de ses 3m12, Michael Myers a un look d'enfer.
Lestat []

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