Johnny Depp et Tim Burton, c'est une histoire d'amour qui commence en 1990 avec Edward aux mains d'argent et se poursuit jusqu'à aujourd'hui avec Sweeney Todd, leur sixième collaboration. Interprète idéal du rêveur inadapté, du paria loufoque, Johnny Depp se voit offrir dans Ed Wood le rôle du pire réalisateur de films de tous les temps. Un être hors du commun, car comme le souligne Tim Burton : « la médiocrité est à la portée de tout un chacun, mais être étiqueté « plus mauvais réalisateur de tous les temps » est un exploit ! » *
Hollywood, 1953. Edward D. Wood Jr. (Johnny Depp) trouve l'occasion de réaliser son premier film lorsqu'il entend parler d'un projet de biographie d'un transsexuel provisoirement intitulé I changed my sex. Etant lui-même atteint d'une passion pour le travestissement, il estime avoir beaucoup à dire sur le sujet... mais il ne parvient à convaincre le producteur qu'en apportant la caution d'une "star" : Bela Lugosi (Martin Landau), interprète de Dracula vingt ans plus tôt et désormais toxicomane septuagénaire au chômage. Sans pognon et sans talent, Ed Wood va néanmoins tenter de suivre les pas de son idole : Orson Welles...
La majeure partie des films de Tim Burton, à y regarder de près, sont des hommages ou des remakes. Le plus amusant dans ce constat, c'est que les films de Burton sont généralement vus et acclamés par un public qui n'a jamais vu les 
Dent pour dentréférences pourtant avouées du réalisateur. Les fans de Mars Attacks, pour la plupart, n'ont vu aucun film de science-fiction des années 50, les amateurs de Sleepy Hollow n'ont pas entendu parler de Hammer Films et (pour revenir aux origines du succès burtonien) si les spectateurs extatiques de Batman en 1989 savaient vaguement qu'une bande dessinée traînait à l'origine du projet, ils ne l'avaient pas lue et connaissaient à peine la série télé des années 60 (ne parlons pas du serial des années 40). Chaque fois, Tim Burton s'est emparé d'un matériau populaire, imparfait, dont seules les caractéristiques majeures étaient à même de marquer l'inconscient collectif, et il l'a transformé en vitrine d'expression de ses propres visions en l'adaptant à son univers. Quentin Tarantino est adepte de la même cuisine.
Pour Ed Wood, curieusement tourné comme une success story dont l'aboutissement serait la complétion de Plan 9 from outer space, le « pire film de tous les temps », l'hommage est officiel puisqu'il s'agit d'une biographie, et le décalage clairement évident entre Tim Burton, réalisateur déjà salué par la presse et le public, et l'exécrable réalisateur de Glen or Glenda. Pourtant, au-delà de ces apparentes différences, le film met l'accent sur ce qui rapproche les deux hommes, à travers l'évocation de l'amitié entre Ed Wood et Bela Lugosi. Impossible de ne pas 
Tor Johnson avait une élocution
épouvantable, mais quel regard !faire le parallèle entre cette rencontre et celle qui mit Vincent Price sur la route de Tim Burton : le deuxième, pilier du cinéma d'horreur des années 60 et acteur fétiche de Roger Corman dans ses adaptations d'Edgar Poe, accepta de prêter sa voix au court métrage Vincent et de jouer l'inventeur dans Edward aux mains d'argent, qui devait devenir son dernier film. Le respect et l'admiration de Tim pour Vincent trouve un écho tangible dans celui que Ed voue à Bela, star vieillissante et oubliée qui continue à vivre fièrement dans le rêve de sa gloire d'antan.
Mais au cours du tournage, ce parallèle se double d'un autre : Johnny Depp, que la rencontre avec Martin Landau a secoué artistiquement, de son propre aveu : « Si l'alchimie entre Bela Lugosi et Ed Wood opère si bien à l'écran, c'est principalement grâce à l'influence exercée sur moi par Martin Landau. Il a réveillé mon amour du métier d'acteur ; il a réanimé quelque chose qui était en train de mourir. » * Landau, pour sa prestation surprenante du fameux Hongrois, auquel il ne ressemble pas particulièrement à la base, reçut l'Oscar du meilleur second rôle.
Autour du duo Wood/Lugosi, une armada de frappadingues aux personnalités loufoques complète l'évocation avec bonheur : Bill Murray en homosexuel tourmenté, Lisa Marie en Vampira pulpeuse, Jeffrey Jones en voyant extralucide sont là pour rappeler le proverbe : « qui se ressemble s'assemble ». On regrettera donc que derrière la caméra, la musique ne soit pas signée de Danny Elfman, le complice habituel de Tim Burton avec qui il était en froid à l'époque, mais de Howard Shore, qui fait de son mieux pour imiter la bande originale que Elfman aurait faite à sa place.
Tim Burton, en livrant la biographie du pape de l'anti-cinéma, affirme avec force que selon lui, la passion vaut plus que la maîtrise, et qu'il vaut mieux un film mal fait par un illuminé qu'un film bien fait par un artisan sans relief. Sans doute un des messages les plus personnels véhiculés par le réalisateur, qui de son côté a toujours eu la chance d'avoir le talent et surtout les moyens nécessaires pour porter ses visions à l'écran. Ed, tu es vengé.
* Mad Movies n°95 de mai 1995
riffhifi []

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