Les réalisateurs ayant un univers et des thématiques bien à eux sont confrontés à un problème de taille au fur et à mesure que leur filmographie se développe. Faut-il persévérer, au risque de sortir le même film tous les ans ? Faut-il dévier, au risque de se mettre à dos jusqu'au dernier de ses fans ? Il va bien falloir se rendre à l'évidence, Tim Burton a choisi son camp. Avant, un film de Burton, c'était des personnages lunaires et inadaptés, confrontés à un monde où ils n'avaient pas leur place, voire à leurs propres tourments. C'était un amour d'un cinéma gothique à l'ancienne, parfois Z. Des univers barrés, sarcastiques, tristes, où la normalité n'avait sa place que pour être écartée. C'était Edward aux mains d'argent, sombre conte parachutant dans une banlieue désespérément proprette un Frankenstein avec des ciseaux à la place des mains. C'étaient deux Batman transformés en freak-show. Dans une autre mesure, c'était aussi Mars Attacks, où des Martiens 
sortis de quelques nanars caoutchouteux en faisaient pis que pendre à une Amérique trop sûre d'elle, pendant que des has-been sauvaient le monde. Sans oublier Ed Wood, formidable cri d'amour à un genre fait de bric et de broc, sous couvert de la biographie d'un tâcheron plein d'enthousiasme et de passion. Puis il y a eu La planète des singes, blockbuster et habile relecture, que d'aucuns trouvèrent trop éloignée de l'univers du réalisateur. Le gothique Sleepy Hollow, superbe film, n'avait pas grand chose de burtonien non plus, si ce n'est l'audace de ressusciter ce style de cinéma révolu mais tellement beau. Jusqu'à Big Fish, qui divisa une nouvelle fois les amateurs de Burton. Les faits sont là, Monsieur Tim a changé. Les uns sont aux anges, les autres s'en lamentent. Changé au point que là où certains s'attendaient à le voir revenir à son cinéma si particulier, Burton ne nous a livré qu'un film pour enfants.
Pourtant, cette nouvelle rencontre entre Tim Burton et Roald Dahl avait de quoi enthousiasmer tout un chacun. Les romans de Roald Dahl, destinés avant tout à la jeunesse, prennent souvent des airs de contes étranges et ambigus, aux personnages moins lisses qu'il n'y paraît. L'occasion pour le réalisateur de grossir le trait, accentuer le caractère déviant de Willy Wonka, développer finalement ce personnage excentrique vivant dans sa bulle de chocolat et de caramel. Burton n'en a rien fait, ou si peu. A la place, une belle histoire, du calibre d'une sucrerie de Noël qu'un inconscient aurait lâchée en plein mois de juillet. Avec ce qu'il y a de clichés, de niaiseries, de chansons insupportables et de belle morale finale. Dans cet univers acidulé qu'est la délirante chocolaterie Wonka, nous suivons le grimaçant Johnny Depp et une troupe d'enfants avides d'une récompense promise. Des enfants pourris-gâtés pour la plupart, sauf le sage Charlie, fils d'une famille pauvre qui sait déjà où sont les vraies valeurs de la vie. Le partage, la 
famille, la sagesse, alors que les autres se goinfrent et agissent par égoïsme. Le manichéisme règne en maître dans Charlie et la Chocolaterie, et c'est avec peu de surprise que les vilains garnements sont punis et que le gentil Charlie empoche la prime. Grandiloquence des décors et beauté des images, féerie d'une ville sous la neige ou coulisses détonantes de la chocolaterie, clin d'œil appuyé à 2001 l'odyssée de l'espace, rien n'y fait, le film ne s'adresse jamais vraiment à un public adulte. Pourtant, Burton arrive parfois à s'élever de son récit et c'est lorsque, ironie du sort, il s'en écarte quelques instants pour enfin s'intéresser de près à Willy Wonka. A ce personnage excentrique surjoué par un Johnny Depp déchaîné, Burton greffe ses thématiques, en filmant son passé ou le faisant ressurgir. Les anciennes, avec un Willy enfant, quasiment défiguré par un appareil dentaire qui évolue dans une ville industrielle aigre-douce où tout se ressemble. Et les nouvelles, celles de Big Fish, où Burton s'interroge sur la paternité. Belle scène où Wonka retrouve son père, instant étonnamment touchant où Johnny Depp s'abandonne dans les bras du vénérable Christopher Lee.
Que dire de plus de ce film. Qu'il est une déception ? Non, on ne peut décemment reprocher à Tim Burton de chercher sa voie. Une surprise plutôt. Charlie et la Chocolaterie, sorti de quelques scènes, est manichéen, un peu superficiel, bien pensant, musicalement entêtant et au final, plutôt lisse. On retiendra des punitions cruelles où Burton prend un malin plaisir à châtier ce que l'on peut appeler des sales gosses, des parents caricaturaux au possible et un Willy Wonka atteint du syndrome de Peter Pan, délicieusement difficile à cerner, dont le réalisateur tire tout le potentiel le temps d'une poignée de flashbacks. Sans oublier Christopher Lee, sobre, dont la présence n'était sans doute pas indispensable mais fait plaisir aux nostalgiques. Du reste, Charlie et la Chocolaterie trouvera son public, majoritairement parmi les plus jeunes. Quant à y retrouver les fans du Burton de la première heure, rien n'est moins sûr.
C'est inattendu... et bizarre - Willy Wonka
On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Lestat []

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