Après nous avoir "willywonké" avec son étonnante adaptation du roman de Roald Dahl, Charlie et la Chocolaterie, voici que le réalisateur de Edward aux Mains d'Argent et de Sleepy Hollow revient aux sources mêmes de son cinéma en nous proposant la mise en images d'un conte populaire russe dont l'action se situe à cheval entre le monde des morts et celui des vivants.
L'histoire se déroule au cours du dix-neuvième siècle. Alors qu'il est sur le point d'épouser Victoria, Victor réveille malgré lui une jeune mariée décédée. Celle-ci l'entraîne alors dans une union surnaturelle au royaume des morts. Offensés par la disparition subite du jeune prétendant, les parents de Victoria décident alors de marier leur fille à un autre gentilhomme, répondant au nom de Barkis Bittern.
Sur un plan purement technique, Les Noces Funèbres de Tim Burton ne sont pas sans rappeler L'Etrange Noël de Monsieur Jack, et pour cause : les deux films partagent le même procédé artistique (technique du "stop motion" dite d'image par image), le même directeur de photographie (Pete Kozachik), le même compositeur (Danny Elfman) et présentent des durées similaires (1h15). Malgré le rythme effréné du récit, qui suggère de nombreux allers-retours entre le monde réel et l'au-delà, la mise en scène demeure étonnement sobre. Décors et personnages défilent à vitesse grand V, sans pour autant que leur qualité d'exécution ne fluctue réellement. Chaque protagoniste se distingue sur un plan physique, social ou émotionnel. Victor est un jeune homme chétif et maladroit, tandis que Victoria est un peu plus sûre d'elle-même et de ses sentiments. Leurs parents sont issus de milieux différents et suivent leur propre code d'Honneur. Les serviteurs veillent au grain. Quant à l'odieux pasteur Galswell, il se montre particulièrement tendu à l'approche de la cérémonie... La variété du répertoire proposé par Danny Elfman permet au cinéaste d'alterner les genres cinématographiques et de suggérer ainsi toute une palette d'émotions. Tous les paramètres de ce projet de si grande ampleur semblent avoir été parfaitement maîtrisés.
Le soin esthétique n'empiète en aucun cas sur la qualité et la fluidité du récit qui nous est proposé. Il va sans dire qu'il y a du Beetlejuice et du Sleepy Hollow dans ces Noces Funèbres. Tim Burton érige à nouveau un univers sans dessus dessous, où tout s'oppose pour le meilleur et pour le pire. Plongé en pleine époque victorienne, le monde des vivants est d'une monotonie et d'un ennui à mourir. Rien n'est laissé au hasard. Tout est minutieusement préparé. Les plus jeunes n'ont aucune leçon à donner. Les vivants sont plus effrayants que les morts eux-mêmes. L'au-delà est autrement plus coloré et délirant : libéré de toutes les contraintes de la vie sur terre, chacun peut enfin boire et s'amuser à sa convenance, faire la fête jusqu'à pas d'heure, se vêtir ou se loger comme bon lui semble. D'ailleurs, le monde des morts est l'un des terrains de jeu favoris du cinéaste, ce qui explique que ces séquences-là soient les plus amusantes et les abouties. C'est également ce qui explique pourquoi le héros hésite si longuement entre la joyeuse pagaille de l'au-delà et le profond attachement qui le lie à Victoria.
Peu de temps après nous avoir présenté sa vision personnelle de Charlie et la Chocolaterie, Tim Burton nous offre une nouvelle démonstration de son génie et de sa capacité à se renouveler constamment, en signant ce deuxième film d'animation (son premier en tant que réalisateur) à mi-chemin entre comédie musicale et cinéma fantastique. Il nous propose un récit abracadabrantesque, tour à tour émouvant, effrayant, hilarant, abordant sans détour les thématiques de l'amour, de l'union sacrée mais également du deuil. Il désacralise la mort et la transforme en une étape pleine de vie et de gaieté. Il charrie les nouveaux riches et se fiche éperdument des anciens. Et même si son final marque un peu le pas, vous aimerez assister à ces Noces Funèbres. Vous les honorerez et les chérirez dans la maladie et la santé, l'abondance et la disette, et ce jusqu'à ce que la mort vous en sépare.
Filipe []

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