Si revoir un film que l'on aime bien ne se fait pas sans craintes, laisser une seconde chance à un film jugé frileusement permet parfois de le réévaluer. C'est donc avec les meilleures intentions du monde, bière dans une main, télécommande dans l'autre et canapé sous le fessier que le DVD de Doom bénéficie de cette séance de rattrapage. Le pied. Pas de parking à chercher, pas de course pour arriver à l'heure, pas de faiseurs de troubles à réduire au silence, rien que soi et le gros engin de The Rock.
Son Big Fucking Gun.
Esprits mal placés.
Bref, ça partait bien. Et bien, patatras, rien à faire. Déjà pas génial au cinéma, Doom reçoit le coup de grâce en DVD et éclate au grand jour comme une adaptation frisant l'affront où une poignée de bidasses marchent dans le noir en vidant leurs chargeurs dans les murs. Si le film d'Andrezej Bartkowiak ne manque pourtant pas de qualités -action plutôt lisible, pas d'exposition inutile, casting charismatique, quelques clins d'oeils sympathiques et un incroyable (faux) plan séquence en vue subjective-, et si The Rock, somme toute plutôt fade en héros, s'avère crédible et convainquant en super-méchant, rien ne vient effacer cette impression de gâchis. Quelques monstres, une poignée de zombies, voila pour le bestiaire. Maigre, surtout pour un fan de la première heure. Quand à l'unité d'élite censée sauver Mars, il s'agit de la plus belle bande de bras cassés vue depuis Armageddon. Et qui de tomber dans un trou, et qui de faire dégringoler une boite, et qui de raconter sa vie dans un couloir plein d'écho, et qui d'anéantir un singe à la gatling... Si c'est cela la fine fleure du corps armé, mieux vaut ne pas avoir à faire aux engagés de base.
Pour ne pas partir perdant, Universal nous propose sur son DVD une version longue de Doom, inédite en salle. Hélas, la valeur ajoutée n'est pas très importante ni même intéressante. Un peu plus de gore, quelques dialogues rallongés, la séquence subjective dans sa durée initiale et un gag nul où deux membres du bataillon mitraillent une femme-zombie en tenue d'Eve. Quiconque ne se souvenant plus du montage cinéma ne verra pas grande différence et le film ne gagne pas davantage en intérêt.
Tirer sur cette ambulance serait inutile, aussi stoppons là la critique du film en lui-même. Aux qualités et défauts déjà énoncées s'ajoutent donc le fait que Doom supporte difficilement le revisionnage.
Le DVD
Depuis peu, l'industrie du DVD part en croisade contre le piratage. Aussi, Doom n'échappe pas au spot préventif ('acheter un film piraté, c'est du vol") et non zappable. Lorsque l'on y accède enfin, les menus sont agréables à l'oeil, reprenant les codes du jeux vidéos et en particulier le design du PDA de Doom 3. Petite fantaisie supplémentaire, langues et sous titres se règlent à partir d'une rubrique "configuration". VF, VO et Français DTS sont ainsi aux choix de l'utilisateur, les sous-titres se répartissant quand à eux entre l'anglais, le français, l'arabe et le bulgare. Compte tenu de l'environnement très sombre du film, l'image est de bonne tenue, rendant justice à cet univers de couloirs baignés d'ombres où ne brillent parfois que quelques yeux de prédateurs. La surprise vient des bonus, qui, ne se sacrifiant pas au discours promo de base, s'axent essentiellement sur les effets spéciaux. Entraînement de base nous montre le coaching des acteurs, sous la tutelles d'un ancien militaire. Tirer comme un militaire, marcher comme un militaire, parler comme un militaire, tout un programme auquel durent se confronter The Rock et ses compères afin d'être les plus plausibles possibles. Chacun y participe de bon coeur, The Rock prenant pour sa part la chose très au sérieux, tout en ne manquant pas de rappeler que tout cela n'est jamais que du cinéma. Le second module, le bien nommé Les Transformations de The Rock consiste en une séquence de maquillage, alors que l'ancien catcheur subit -dans le film- les premiers stades de sa mutation. Il est toujours intéressant de voir parler les maquilleurs. Non seulement parce qu'ils expliquent volontiers leurs travaux, mais aussi parce que la manière dont ils s'y emploient, tout à la fois informative, technique et ludique -un maquilleur est rarement avare d'une bonne blague-, est un bonheur pour le néophyte, qui sort généralement de ses entretiens avec l'envie furieuse de mettre les mains dans le latex. Le cas présent de manque pas à la règle et l'on suit tranquillement la création du nouveau visage d'un The Rock sage comme une image. Créatures toujours avec Les Maîtres des Effets Spéciaux, qui revient sur les différents monstres du film. Surprise : ils sont magnifiques, et pleins de détails ! Quelle frustration que de les voir filmés furtivement dans le noir ! Le démon des égouts se dévoile ainsi comme un superbe costume, dont la tête est ornée de plusieurs paires d'yeux. Ce bonus prend également des airs d'ode aux trucages à l'ancienne, ce qui fait toujours plaisir en ces temps d'images de synthèses bâclées. La Séquence du Premier Tireur, traduction pour le moins étrange, décortique en vérité la séquence en vue subjective. Si le reportage n'est pas renversant, voir un figurant costumé en monstre se transformer en torche humaine permet en tout cas de mieux apprécier le résultat final. Comme pour réconcilier les joueurs avec un film ne répondant pas vraiment à leurs attentes, le bonus suivant, La Nation Doom, revient quand à lui sur le phénomène d'un certain jeu sorti durant les années 90. Entre anecdotes et analyses parfois fumeuses -instrument de découpe mis à part, quel rapport entre Doom et Massacre à la tronçonneuse ?-, la Nation Doom n'oublie pas de faire intervenir ID Software, fait un petit virage du côté de Wolfenstein 3D -on admirera la façon "d'oublier" le contexte nazi dudit jeu- et se construit finalement comme un agréable moment de nostalgie. C'est parti !, sans doute le seul supplément vraiment promotionnel du tout, consiste en une sorte de guide de survie pour joueur de Doom 3. Ce qui n'intéressera que les joueurs de Doom 3. Les bandes annonces -Jarhead et Serenity- terminent le tout.
Une partie bonus sans doute un peu trop policée -pas d'intervention du réalisateur, pas un mot sur le budget (élevé) et le rendu final (fauché)...- mais qui a le mérite d'apporter une réelle substance, surtout lorsque l'on s'intéresse aux trucages. Un parti pris qui a son revers, ceux qui espérait une interview fleuve de The Rock ne devront se contenter que de quelques déclarations piochées ici et là. A la vue de sa prestation enjouée chez nos confrères d'ecranlarge, cela aurait sans doute contribué à pardonner ce film morose.
Lestat []

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