En 1999, un de ces "ovni" cinématographiques si rares et si recherchés se pose dans les salles françaises. Cube plaît ou déplaît mais il a le mérite d'exister : un premier film à huis-clos, fantastique, canadien et de surcroît à petit budget, voilà qui laisse rêveur. Avec un scénario très simple (des individus lambdas se réveillent sans aucun souvenir dans un labyrinthe cubique renfermant des pièges mortels et cherchant désespérément la sortie...), Vincenzo Natali se plaît en détournant l'absence d'information pour filmer la claustrophobie et le comportement humain. "Ne cherchez pas une raison, cherchez une issue" a beau être la phrase promotionnelle du film, elle le résume néanmoins parfaitement. Cube connut un succès mérité, ce qui permit à Vincenzo Natali de persister et de signer en 2002 son second long métrage : Cypher, alliant scénario complexe et réalisation soignée, un renouveau de la science-fiction. La carrière de Vincenzo Natali est désormais lancée dans le cinéma indépendant, n'en déplaise à certaines productions avides d'argent via les rentes de leurs "pop-corn movie". C'est donc en toute logique qu'une suite pointe son nez dans les salles obscures. Réalisée avec une équipe totalement différente et basée sur un budget infiniment plus important, on a de quoi s'attendre au pire, et c'est malheureusement le cas...
A l'instar du premier opus, des inconnus se réveillent dans un labyrinthe cubique en ayant oublié comment ils en sont arrivés là. Qu'importe, il faut trouver la sortie... Il y a néanmoins une petite recherche concernant le scénario. Le cube est devenu plus sobre, plus "clinique", avec des pièces similaires et blanches sur-éclairées. Les pièges sont peu présents, les protagonistes seront surtout en proie à eux-même et à une sorte d'intelligence ambiguë contrôlant l'espace-temps.
Nous entrons dans le vif du sujet. Si le premier Cube était d'une simplicité géométrique, le second est un Hypercube. Un Hypercube, mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?. C'est tout simplement une idée des scénaristes pour donner de l'intérêt à un film qui n'en a aucun. Plus sérieusement, un Hypercube est un cube à quatre dimensions : la longueur, la largeur, la hauteur et le temps. Ce cube est à la fois infini et inexistant, il se répète et multiplie les dimensions. Il a tendance à accélérer ou réduire la vitesse du temps, et prend un malin plaisir à inverser les coordonnées d'une pièce à l'autre. En bref, on peut tomber sur ses "doubles" via les espaces-temps, avoir l'impression que tout va vite ou lentement et se retrouver la tête en bas d'une pièce à l'autre. Le scénario est quand même recherché de ce point de vue là, il aborde de nombreuses théories scientifiques intéressantes concernant le chaos, les fractales, l'espace-temps, ou la théorie des cordes... Mais voilà, le problème ne vient pas des idées, il vient en partie des personnages.
On retrouve en effet des individus ayant le même profil que dans le précurseur cubique. Comme par hasard, on trouve un général, un ingénieur, un consultant, une psychothérapeute, un concepteur de jeux vidéo, une non-voyante, une avocate et une mathématicienne.
Ce qui devient très vite lourd, c'est que pratiquement tout le monde connaît l'existence du premier cube, ainsi que sa solution (les chiffres) et que tout le monde a quelque chose à se reprocher dans la conception de cet Hypercube... Pendant le film, cela se résume à des altercations, des confidences montées en alterné et arrivant au même moment, de quoi dire aux spectateurs de ne pas s'endormir, c'est presque une bonne intrigue... Presque !
Si l'on passe outre les personnages et les situations tirées par les cheveux (la production est arrivée à caser une scène d'amour physique, et en apesanteur s'il vous plaît, dans le cube...) on peut essayer de se rattraper sur la réalisation. Mauvaise réponse...
Le réalisateur Andrzej Sekula est un inconnu (dans la réalisation de long-métrage) et mérite de le rester. Il a beau faire joujou avec les split-screen et le montage "vidéo-clipesque", il n'a pas la trempe d'un Vincenzo Natali. Le film se perd dans des effets visuels pompeux et parfois mal faits, sans parler d'un montage trop découpé et s'oubliant dans les dimensions parallèles : il est difficile de suivre, et ce malgré les (trop) nombreuses longueurs.
Cube² : Hypercube est à Cube ce que Blair Witch 2 : le livre des ombres est au Projet Blair Witch : une suite sans intérêt tournée pour s'en mettre plein les poches, malgré de bonnes idées de départ. En attendant Cube 3 : Rubicube...

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