"Fermez vos gueules !"
Vous y avez tous déjà été confrontés, à la pollution. Sitôt le film commencé, la pollution au cinéma se divise en deux catégories. Sonore bien sur : Pop Corn mâché goulûment -croutch croutch croutch-, dont le paquet ne manque pas de tomber au milieu de la séance, discussions passionnées à hautes voix, exclamations et remarques tonitruantes, sans oublier le fameux téléphone portable. Ce même portable qui grâce à la technologie moderne ne sert plus uniquement qu'à téléphoner, devenant source de la deuxième pollution : la visuelle. C'est chouette, pour jouer au serpent dans le noir, les petits écrans s'allument maintenant. Du plus bel effet dans la pénombre d'une salle. Encore mieux si le film est stressant. Ajoutons pour la forme le laser rouge projeté sur l'écran, gadget de la mort, ou encore la bataille d'emballage. Mais pourquoi ? Si le film n'est pas intéressant, si il est impossible de rester une heure et demi sans discuter d'autre chose et vouloir en faire profiter tout le monde, si l'on ne peut passer dix minutes sans envoyer un SMS, pourquoi ne pas sortir ? Ou tout simplement, pourquoi rentrer ? Arrivera un stade où à cause de ce type de casse-pieds de plus en plus présents, aller au cinéma ne sera plus un plaisir mais une corvée, et où le spectateur préférera investir dans le DVD plutôt que de payer une place à l'équivalent sonore d'une foire aux bestiaux, ce qui n'est dans l'intérêt de personne. Un ticket de cinéma est déjà cher payé. Autant que le droit d'avoir la paix soit compris dans le prix...
Voila, ça, c'est fait...
Dans les Carpates, une équipe de spéléologues entreprend l'exploration d'une cavité immergée, plus ou moins reliée à une légende locale. Ils découvriront rapidement que le sous-sol n'abrite pas que des micro-particules. Retranchés dans une grotte sèche et coupés de la surface, nos scientifiques n'ont plus d'autres choix que de progresser dans ce monde souterrain à la recherche d'une sortie. Et d'affronter ce que gardent les ténèbres...
Porté par une bande annonce sympathique, une affiche recopiant Alien sans le faire exprès et probablement le sillage de The Descent, La Crypte se présente à nous comme une petite série B mélangeant sans complexe Abyss et Pitch Black. Il n'est sûrement pas très utile de s'épancher sur le côté déjà vu de l'ensemble, faisant évoluer l'échantillon humain habituel (le dragueur-rebelle, le chef intraitable, le Noir musculeux, l'asiatique -échappé de Lost-, la blonde courte vêtue...) dans une intrigue piochant par-ci par-là. L'histoire est donc prévisible, les personnages mal-dégrossis, certaines scènes improbables et la dénouement arrive sans que l'on comprenne comment. Arrêtons là, car à côté de sa horde de points négatifs, la Crypte a une immense qualité : celle de partir au front rapidement, sans humour inutile, sans cynisme déplacé, sans autre volonté que de faire du fantastique référentiel. Une introduction plantant vaguement le décor, un saut dans le temps, quelques lignes de dialogues et hop, voila tout le monde à l'eau pour aller là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied. Pas de longs monologues techniques, pas d'interrogations spirituelles, pas même de plaisanteries vaseuses. Le film est bien représenté par son entrée en matière : direct, laissant la part belle à la principale force du film. En effet, si la Crypte est d'une écriture anecdotique, il bénéficie de décors et d'environnements de toute beauté : scènes sous-marines convaincantes et joliment bleutées, boyaux et cavernes tortueuses toutes en stalactites et autres fanfreluches rocheuses, précipice gelé...La Crypte est une succession de tableaux où les scientifiques ne finissent plus de grimper, courir ou chuter en des scènes certes pas toujours réussies, mais assez souvent efficaces pour faire illusion sur la durée. Les monstres, dévoilés dès la bande annonce, sont dans le ton : ni outrageusement réussies, ni désespérément ratées, ces créatures aux allures d'Aliens ailés tiennent la route, ne montrant leurs sales têtes qu'avec parcimonie. Derrière elles, Patrick Tatopoulos, qui entre autre chose, fut directeur artistique sur...Pitch Black. L'oeil est flatté et les intentions sont bonnes, mais tout ces rouages finissent par grincer à mesure que le film avance. Embarrassé par sa simplicité, la Crypte ne parvient pas toujours à captiver, à soulever de questions, ou à apporter des réponses. Un point dommageable, car l'intérêt finit par en prendre un coup.
Rappelant une ribambelle de films -Alien, Relic, le Règne du Feu, Abyss, l'Exorciste...-, pas forcément bien joué, ni même toujours filmé au mieux et pas gore pour une viscère, la Crypte est malgré tout un divertissement honnête qui fera sans doute le bonheur des vidéoclubs, support où le film gagnera en valeur. Reste l'ambiance des parties sous-marines, une humilité indéniable et la photogénie générale d'un film davantage bien fait que bien pensé. La Crypte ne révolutionne rien, ne fait avancer aucun schmilblick, ne se hisse que rarement à la hauteur de ses modèles. Mais son amour du genre palpable et le respect d'une certaine tradition que l'on retrouve jusque dans une conclusion délicieuse de noirceur font de la Crypte un film sans doute oubliable, mais d'une sympathie à toute épreuve. Ce qui méritait d'être signalé autant que ses défauts apparents.
Lestat []

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