Alvy Singer, le personnage principal de Annie Hall interprété par Woody Allen, se plaint plusieurs fois de la manie du show-business à décerner des prix, et devient malade à l'idée d'aller en remettre un. Annie Hall, aux Oscars 1978, récolte la statuette du meilleur rôle féminin (Diane Keaton dans le rôle-titre), celle du meilleur scénario (signé de Allen et de Marshall Brickman avec qui il écrira également Manhattan en 1979 et Meurtre mystérieux à Manhattan en 1993), celle de la meilleure réalisation (Woody Allen à nouveau, qui entre décidément avec ce film dans le ‘Hall of fame', pardonnez le jeu de mots), et surtout celle du meilleur film. Woody est également nominé pour le prix du meilleur acteur (qu'il ne remporte pas et ne remportera jamais, du coup), et le film est également récompensé et/ou nominé aux BAFTA Awards, aux Bodil Awards, aux Cinéma Writers Circle en Espagne, aux Césars en France, aux Guild Film Awards en Allemagne, aux Golden Globes, aux prix de la Director's Guild, aux prix de la Writer's Guild, à la National Society of Film Critics Awards, aux Kansas City Film Critics Circle, aux Los Angeles Film Critics Association, et aux New York Film Critics Circle. Si les personnages pouvaient 
Très contrarié d'avoir choisi ce papier peintréagir aux récompenses qu'on remet à leur film, Alvy Singer aurait probablement passé plusieurs mois à vomir, et plusieurs années supplémentaires chez le psy (pour peu qu'on puisse rallonger une peine de perpétuité). En même temps, peut-être son auteur-interprète a-t-il subi une épreuve comparable : sur la quarantaine de rôles interprétés par Woody Allen depuis les années 60, tous sont des déclinaisons de sa propre nature de Juif New-Yorkais binoclard, tourmenté et dépressif, et il est probable qu'aucun ne lui a autant ressemblé que celui qu'il joue dans Annie Hall.
« Je crois que c'est Groucho Marx qui disait : je ne voudrais pas appartenir à un club qui accepterait comme membre quelqu'un dans mon genre. »
Alvy est un "stand-up comedian", un métier apparenté au one-man-show mais peu connu en tant que tel en France (du moins jusqu'à l'apparition récente de la Jamel Comedy Club, qui s'inspire surtout des Chris Rock et autre Chris Tucker des années 90), et que Woody Allen connaît bien pour l'avoir exercé durant plusieurs années. En quelques mots, le stand-up consiste à être debout (« to stand up », voilà, tout est dit) derrière un micro, et à raconter des anecdotes hilarantes pour un public qui, une fois sur deux, n'est pas là pour écouter le comique mais pour boire, discuter, etc. Gagner l'attention et le rire des gens est donc particulièrement délicat. Mais le plus délicat pour Alvy, ce serait plutôt la gestion de sa vie sentimentale. Annie vient de le quitter, et il va vous expliquer à quoi sa vie avec elle ressemblait. Ainsi que la vie, tout court. Le récit ne sera pas linéaire, et Alvy vous prendra à partie régulièrement lorsque les évènements le dépasseront ; si vous ne lui répondez pas, il se tournera vers les premiers passants qu'il croisera dans la rue.
« Dans la vie, tout peut être classé en deux catégories : ce qui est horrible et ce qui est triste. Etre en phase terminale ou devenir aveugle, par exemple, c'est horrible. Tout le reste est triste. On doit s'estimer heureux d'être triste. »
Sixième long métrage de Woody Allen, Annie Hall est la quintessence de son cinéma. Ne pas aimer ce film est vraisemblablement le signe qu'on n'aimera 
quasiment rien du reste de sa filmographie, à l'exception peut-être des récents et atypiques Match Point et Le rêve de Cassandre. Comédie dont le personnage principal est obsédé par la mort, film new-yorkais jusqu'au bout des ongles... pourtant, Annie Hall est la seule histoire d'amour tournée par un auteur qui a toujours préféré se concentrer sur les questions plus prosaïques du sexe et du couple. Ici, il est bien question des deux, et le film tout entier tourne autour d'une rupture ; mais il n'en reste pas moins une vibrante déclaration d'amour à Diane Keaton, sa compagne de l'époque (dont le véritable nom est... Diane Hall !), et à l'amour lui-même, malgré la dose non négligeable de mélancolie et de désespoir qu'il suscite. Ephémère, insaisissable, l'amour décrit par Woody Allen n'est ni le tableau rose bonbon auquel le cinéma romantique aimerait faire croire, ni la déprimante vallée de larmes décrite par les tragédies classiques. Il est simplement l'œuf dont on aime avoir besoin ; comprenne qui pourra.
Le film regorge d'inventions formelles, de guest-stars rétroactives (Christopher Walken, Sigourney Weaver ou Jeff Goldblum avant la célébrité) ou pas (Paul Simon de Simon & Garfunkel, Truman Capote dans le rôle d'un sosie de Truman Capote), et de dialogues finement écrits (bien que, soyons honnêtes, certains soient de purs placements de gags gratuits), et reste à la fois un des films les plus drôles, les plus personnels et les plus émouvants de Woody Allen. Indispensable, sauf en cas d'allergie confirmée par un mot du médecin.
riffhifi []

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