8.5/10Le seigneur des anneaux - Les deux tours

/ Critique - écrit par Nicolas, le 11/12/2002
Notre verdict : 8.5/10 - Tours, prenez gardes ! (Ecrivez votre critique)

Tours, prenez gardes !

Et c'est reparti pour DEUX tours (jeu de mots astucieux visible dans moult magazines à gros tirages, que nous nous devions donc de reprendre) ! Un an après La Communauté de l'anneau et ses huit millions de spectateurs, Peter Jackson livre enfin son nouveau bébé, tout chaud, tout beau, et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit d'une certaine façon de l'épisode clé de la trilogie. Car si la Communauté de l'anneau faisait plutôt office d'introduction, Les Deux Tours rentrent dans le vif du sujet : l'extermination du monde des hommes est proche, la résistance doit s'organiser. Hardi compagnons, prenons les armes et sus à l'envahisseur !

Aragorn (Viggo Mortensen), Legolas (Orlando Bloom), et Gimli (John Rhys-Davies) suivent péniblement les traces des Uruk-haï et de leurs prisonniers, les deux hobbits Merry (Dominic Monaghan) et Pippin (Billy Boyd), sur les terres du Rohan. Les deux semi-hommes parviennent cependant à s'échapper des griffes des orques, juste avant que ceux-ci ne soient annihilés par la cavalerie du Rohan, menée par Eomer (Karl Urban) neveu du Roi Theoden (Bernard Hill). Affolés, Merry et Pippin n'ont d'autres choix que de s'engouffrer dans la forêt de Fangorn.

Pendant ce temps, Frodon (Elijah Wood) et Sam (Sean Astin) font route vers le Mordor à travers les montagnes. Une nuit, Gollum tente de leur pendre l'anneau par la force, mais la créature est vite contrainte d'abandonner. Frodon arrive alors
à conclure un pacte avec Gollum : il aura la vie sauve s'il les conduit en Mordor...

Le récit des Deux Tours monte d'un cran la difficulté d'adaptation ciné, sa structure étant précisément divisée en deux parties distinctes : d'un côté, le trio Aragorn - Legolas - Gimli continuent ses aventures dans le Rohan, contraint de prendre part au premier véritable affrontement entre les hommes et les hordes de Saroumane ; et de l'autre, Frodon et Sam se creusent la tête pour rentrer dans le Mordor, menés par Gollum, alors que l'anneau ronge de plus en plus son porteur. Impensable pour Peter Jackson de garder une histoire virtuellement coupée en deux, un film doit suivre un certain rythme. Il jongle alors avec les différentes histoires, tour à tour, en essayant de garder un fil conducteur crédible. Un initié du Seigneur des Anneaux suivra sans trop de peine, mais un profane pourrait avoir du mal à empiler les différentes infos, toujours plus nombreuses et plus précises. De plus, le caractère dramatique de certaines longues situations (j'y reviendrai plus tard) perd de son intensité en s'interrompant au profit d'une scène bien moins trépidante. Défaut visible, probablement germé de longues concessions sur le scénario, afin qu'il garde son intégrité. Et si Peter Jackson reste pieusement attaché au livre, il se voit obligé de survoler certains passages importants, difficile à mettre en scène, comme les pourparlers sur Grispoil seigneur des chevaux ; en contrepartie, il développe des passages obscurs, tel la victoire de Gandalf sur le Balrog et l'évolution de son pouvoir, insufflant un côté plus fantaisiste au récit.

Peter Jackson en confirme néanmoins son talent maintenant incontestable de grand réalisateur, disposant du pouvoir d'emballer d'un souffle épique la plus anodine des scènes. Souvenez-vous pour l'exemple de la bande-annonce, Aragorn en train d'ouvrir une lourde double-porte, geste de la vie quotidienne se transformant en effort démesurément majestueux.

La trilogie du Seigneur des Anneaux est de ces films réclamant un maximum d'effets spéciaux, même si elle est encore loin d'égaler le nombre de ceux des Star Wars. Notamment grâce aux paysages de la Nouvelle-Zélande, des hectares de terres et de forêts inviolées, montagnes arrogantes et autres marais puants, des cartes postales resplendissantes qui donneraient bien envie de prendre des vacances pour aller, nous aussi, gambader sur de vierges plaines (mais sans la musique d'Howard Shore, hélas). Et si les tours de Barad-Dûr et d'Orthanc sont numériques, le Fort Le Cor et la citadelle de Théoden sont bien réels, partiellement reconstruits pour l'occasion, en dehors de quelques peintures numériques lointaines de la plus belle esquisse. Vraiment, Le Seigneur des Anneaux se forme petit à petit en un souvenir impérissable de paysages divinement naturels.

Ce n'est plus une surprise, Gandalf revient prêter main forte aux rescapés de la Communauté de l'anneau, et s'il reste l'atout indéniable du monde des hommes, il demeure cependant dans un certain retrait scénaristique. Cela au profit d'Aragorn, Legolas, et Gimli, qui peuvent s'exprimer en tant que héros. Leur évolution passe donc par une phase transitoire, ou plutôt une période de démonstration de leurs véritables capacités, jusqu'à maintenant un peu sous-utilisées. Il n'y a guère
qu'Aragorn pour digérer sa longue séparation d'Arwen, et Gimli qui sera sujet à nombre de calembours sur sa petite taille.

Frodon et Sam, eux, doivent faire face à la véritable entrée en matière d'un personnage de taille : Gollum, ou Sméagol. Une créature presque humaine, difforme, l'âme rongée par l'anneau. Un être schizophrène, modélisé par la magie des effets spéciaux, qui devient l'excellente surprise du film par son aspect visuel, mais aussi par la théâtralité de ses interventions ambiguës, Peter Jackson parvenant à faire côtoyer les deux penchants de Sméagol - Gollum dans des scènes d'introspection d'une clarté éblouissante. Probablement l'un des plus gros points forts du film.

Elrond, Arwen, passent au second voire troisième plan, Merry et Pippin voient leur importance diminuer sèchement, et Saroumane ricane dans son coin. En contrepartie, le Rohan s'ouvre à nos héros, avec tout ce qu'il comporte en personnages hauts en couleur. Théoden, roi maudit par Saroumane et manipulé par son conseiller, face à une troupe d'Uruk-Haï venue exterminer son peuple ; Eomer, son neveu, leader de la cavalerie du Rohan banni par le bon roi abusé, et Eowyn, sa nièce, nouvelle prétendante au coeur d'Aragorn et fine guerrière ; Grima, le conseiller, d'une fourberie sans égale et désespérément faible face à la belle Eowyn. Un casting finement soigné, complétant la galerie des personnages déjà en place.

Autre personnage numérique, l'Ent Sylvebarbe, un arbre gigantesque doté du mouvement et de la parole. Petit retrait sur ce point-là, car si la forme générale des Ents est correcte (quoique parfois amusante), l'incrustation des personnages réels avec ces géants de bois et de feuilles laissent parfois quelques contours un peu trafiqués, pas franchement irréprochables. Un petit défaut visuel, que l'on peut négligemment ignorer au regard du reste.

Achèvement ultime, la bataille tant attendue de Fort Le cor, ou comment trois cents humains du Rohan vont devoir faire face à dix mille orques bavant et déterminés. Pas de détour astucieux, Peter Jackson filme la guerre comme il la voit. De la préparation d'une guerre complètement désespérée, aux centaines d'orques se heurtant aux murailles de la forteresse, pendant qu'une multitude de combattants perchés sur les remparts tentent de les repousser par tous les moyens. Un affrontement brut, sans complaisance, d'une puissance visuelle rarement atteinte dans une bataille de cette envergure, qui durera pas loin de quarante-cinq minutes. Petit problème, lié aux indispositions du scénario, alors que la bataille atteint des points culminants en terme de spectacle, elle transite pour revenir à des moments beaucoup plus calmes, ternissant d'un seul coup la tension du choc hommes - orques. Manipulations pas véritablement adéquates, jouant au yo-yo avec nos nerfs, même si on comprend qu'elles ont pour but de coordonner les évènements finaux.

Les fans du Seigneur des anneaux seront d'ailleurs surpris de voir que Les deux Tours ne prend pas fin véritablement de la même façon que dans le livre, laissant quelques chapitres en suspens pour Le Retour du Roi, voire une suppression pure et simple (ce qui m'étonnerait fortement, sinon gare).

Si une bonne moitié du film reste dans la continuité du premier, entassant un certain nombre de nouvelles informations très fantaisistes et attendues, Les Deux Tours corrige rapidement le tir et se remet sur les rails du spectacle escompté. Les personnages principaux, éparpillés ici et là, se développent au contact des nouvelles figures fortes, et se mettent en place comme des pièces sur un échiquier. Le récit originel, respecté, se confond un petit peu dans un tour à tour pas souvent très clair, et se voit obligé d'altérer quelques traits jugés pesants de l'histoire. Enfin, le film relève fièrement la tête avec une des scènes de bataille les plus frappantes de l'histoire du cinéma, un affrontement titanesque rendu possible par des effets spéciaux toujours plus impressionnants. Peter Jackson peut désormais se vanter d'être un des nouveaux seigneurs du cinéma, après ce deuxième épisode plus sombre et dramatique qui augure de très bonnes choses pour le troisième épisode...


Pour information, vous trouverez ci-dessous la preview initialement écrite pour les deux tours.
Attention, cette preview est susceptible de révéler certaines caractéristiques de l'intrigue aux spectateurs n'ayant pas eu l'occasion de lire les romans.

« Le destin du monde sera bientôt fixé. L'empire du mal ne cesse de grandir. Les deux tours sont désormais unies. Barad-dûr, forteresse de Sauron, seigneur des ténèbres, et Orthanc, place forte de Saroumane le magicien. Le porteur de l'anneau est en péril... Un danger invisible approche. Car il en est un autre qui cherche l'anneau. [...] »

Sur ces doux mots, la caméra voluptueuse de Peter Jackson lèche les alentours du Fort Le Cor, s'attardant sur un plan large de Eowyn, la princesse guerrière, dressée sur le perron de la forteresse. S'empilent ensuite images de combat, de folie destructrice, de soldats serrés les uns contre les autres prêts à la bataille, des nouveaux faciès... Aragorn ouvre alors une lourde porte avec toute la majesté qui lui sied, avec toute la puissance visuelle que Jackson sait influer à de simples tableaux...

La bande-annonce des Deux Tours en met plein la vue, inonde d'impatience le spectateur pourtant refroidi par l'année d'attente entre les deux opus. Et sept jours. Sept petits jours à compter fébrilement, avant de découvrir ce que le nouveau dieu du cinéma Jackson a bien pu faire de la bataille de Fort Le Cor, de la chevauchée des cavaliers du Rohan, de la marche des Ents sur l'Isengard, en bref, du deuxième volet d'une des plus grandes trilogies littéraires du siècle dernier.

Revenons là où nous avons tous été laissés, il y a un an jour pour jour à une date près. La communauté de l'anneau est dissoute : Boromir succombe dans le combat face aux guerriers Uruk-Haï de Saroumane, ces mêmes guerriers qui capturent les hobbits Pippin et Merry ; Gandalf gît en compagnie du Balrog des mines de la Moria ; Frodon et Samsagace sont partis en duo vers le Mordor ; et Aragorn, Legolas, et Gimli, se lancent à la poursuite des ravisseurs des hobbits.

Après cet épisode assez introductif, lent et posé, Les Deux Tours se veut plus dramatique, mais surtout plus vaste. Le groupe principal étant dissout, chacun va vivre son aventure, ses épreuves, va rencontrer de nouveaux alliés/ennemis. Principalement, Gollum prendra sa pleine importance scénaristique, en cherchant à s'emparer de l'anneau de Frodon ; mais les autres ne seront pas en reste ! La bande-annonce révèle à ce propos deux éléments importants : premièrement, Gandalf n'est pas mort (je ne m'étendrai pas plus sur le sujet pour ne pas fusiller complètement l'intrigue) ; et deuxièmement, les Deux Tours vont faire l'objet d'une bataille titanesque comme personne n'en a vu jusqu'à présent (d'une durée annoncée de 45 minutes), à laquelle prendront part les pauvres Aragorn, Legolas, et Gimli. A l'inverse de Star Wars, et de sa guerre façon jeu vidéo onéreux, le deuxième épisode du Seigneur des Anneaux cherche l'affrontement brut, les milliers d'hommes heurtés aux milliers d'orques, sur les remparts de la forteresse au gouffre de Helm. Scène - clé du film, probablement.

Les Deux Tours fera également l'objet de l'entrée de nouveaux personnages importants pour la trilogie, comme le Roi Théoden de la Marche et son vil conseiller Langue De Serpent, sa fille-soeur (tel que c'est écrit) Eowyn, ou encore le leader de la cavalerie du Rohan Eomer Le Maréchal, sans parler des Ents (les profanes du Seigneur Des Anneaux devront attendre pour savoir de quoi je parle). M'étendre encore risquerait de commettre l'irréparable en lâchant quelques mots de trop...

Et comme d'habitude, la bande originale précède légèrement le film, histoire de pouvoir se faire une idée anticipée de l'ambiance du film. Howard Shore s'attelle à reprendre les principaux thèmes du précédent volet, pour ensuite les peindre dans une autre teinte. Peut-être plus sombres, plus désespérés, pour ne pas dire oppressants. Deux plages sortent notamment du lot, par leur musicalité renforcée par l'utilisation des choeurs, Foundations Of Stone et Helm's Deep, ainsi qu'une autre par le caractère indépendant vis à vis du reste de l'album : The Gollum's Song, seul thème à être véritablement chanté.

Quoiqu'il en soit, la Bande-Originale des Deux Tours se révèle du même niveau de qualité que celle de La Communauté de l'Anneau, peut-être même davantage meilleure par la puissance de certains thèmes. Nul doute que si vous avez aimé le travail de Shore sur le premier film, le second ne pourra pas vous décevoir.

Comme cela semble être le cas pour les fameux "numéro deux" des grande séries à succès, Les deux Tours s'annonce plus dramatique, plus sombre, mais aussi plus approfondi et surtout plus palpitant. Certains songes, certaines sensations reviennent à moi, en me souvenant de certains passages grandioses du livre, et en imaginant ce que la magistrale théâtralité dont a fait preuve Peter Jackson dans le premier épisode pourrait en faire. C'en était trop pour mon petit cerveau fatigué...