8/10Massacre à la tronçonneuse - 1974

/ Critique - écrit par Lestat, le 09/06/2003
Notre verdict : 8/10 - Et Tobe créa le slasher... (Ecrivez votre critique)

Tags : film tronconneuse massacre hooper tobe films horreur

Cinq amis traversent le Texas à bord de leur minibus sur fond de musique psychédélique.
C'est les années 70, les filles sont courtes-vêtues et la route leur tend les bras. Mais le voyage changera vite de ton quand ils croisent la route d'un étrange auto-stoppeur. Attardé mental et névrosé, le nouveau venu sera vite jeté dehors après avoir joué du rasoir et manqué de mettre le feu. Après cet évènement et à cours d'essence, nos voyageurs font halte non loin d'une étrange demeure...


Massacre à la tronçonneuse est une oeuvre devenue culte pour avoir ouvert la porte à un nouveau penchant du cinéma d'horreur américain : le slasher movie, nouveau concept s'inspirant des giallos italiens. Ce type de film aurait été inventé par Mario Bava, probablement inspiré par Hitchcock. Les scènes dites « de salle de bain », puisant dans la douche de « Psychose » sont en effet quasi-inévitables dans les giallos et ce n'est assurément pas un hasard si le premier giallo de Bava s'intitulait La Fille qui en savait trop, référence directe au maître du suspens... Transfigurés sous Dario Argento ou Lucio Fulci, les gialli (un giallo, des gialli) mettent en scène un tueur à l'arme blanche s'en prenant à quelques jeunes femmes au cours d'éprouvants jeux du chat et de la souris. Tobe Hooper comme d'autre adaptera le concept somme toute basique du tueur traquant sa proie à sa sauce en incluant un tueur masqué et une bande de jeunes insouciants, définissant ainsi une partie des codes du slasher-movie. Attention toutefois à ne pas faire de raccourcis, il serai grotesque de dire que Massacre à la Tronçonneuse est un digne et direct descendant du giallo, car l'approche d'Hooper est beaucoup plus brutale et sans rapports avec les dimensions oniriques, urbaines et érotiques du genre italien, qui se distingue également par son aspect esthétique. A dire vrai, le rapport le plus direct est peut être enfoui dans la poursuite finale, éprouvante, portée par les cris crispants d'une Mariln Burns ensanglantée. Finalement, le film d'Hooper trouverait davantage une filiation immédiate dans le climat pesant et quasi-documentaire de la Dernière Maison sur la Gauche, de deux ans son aîné, premier film de
Wes Craven. Détail amusant mais significatif, la Dernière Maison sur la Gauche est également reconnu comme le premier film à utiliser la tronçonneuse comme arme. Même si Hooper nous a fait une sorte d'hybride, autant premier slasher que dérivé du survival, il faut reconnaître que Massacre à la Tronçonneuse a imposé les grands clichés du genre, avec que ceux-ci n'explosent avec le fameux Halloween de John Carpenter. 30 ans après sa sortie, Massacre à la tronçonneuse soutient t-il la comparaison avec Halloween, Vendredi 13, Scream et autres Mortelle St Valentin ? et bien oui.


En effet, Massacre à la tronçonneuse réussit le tour de force d'être toujours original. Là où Myers tue au couteau de cuisine, Freddy avec ses griffes, Jason avec une machette et tout ce qui lui peut lui tomber sous la main, Leatherface, lui, utilise la tronçonneuse, qu'il manipule avec la dexterité d'un boucher devant un quartier de viande. Cette arme, pour le moins inhabituelle pour un serial-killer, place Massacre à la Tronçonneuse bien au delà des films qu'il inspira. Le seul tueur à utiliser une arme aussi incongrue serait peut être celui de My Bloody Valentine, armé d'une pioche (!). Contrairement à ses acolytes, Leatherface a une vie de famille, aussi frappadingue soit elle. Quand Myers et Jason privilégient les tueries silencieuses et discrètes, Leatherface, fin et délicat, se jette sur ses victimes en hurlant. Et surtout, il a un but pour le moins inédit : il ne tue pas par vengeance mais pour nourrir sa cannibale de famille qui par ailleurs participe allègrement à ces chasses macabres. Autant de point que le film hérite du genre survival, genre peuplé de redneks consanguins aux intentions peu claires.


Passons au film en lui même. Tout d'abord, Massacre à la Tronçonneuse n'est pas la bombe gore que peut laisser présager le titre. Fans de Braindead, passez votre chemin ! Tobe Hoper suggère plutôt qu'il ne montre, et cela avec la même efficacité, même si force est de constater que parfois, on voudrait en voir un peu plus. C'est un film à ambiance qui, sans être malsain permet quelques frissons. La bande son, avec ses montées de musiques brusques et ses bruits de tronçonneuse contribue à ce climat particulier somme toute assez lourd.
Le film à quand même quelques défauts. La première partie par exemple est assez répétitive : un jeune entre dans une maison et se fait charcuter, sa copine l'appelle, rentre à son tour, se fait charcuter, un troisième jeune appelle les deux autres, entre dans la maison, se fait charcuter.... Cette première partie comprend quand même de jolis effets de réalisation plutôt claustrophobiques et réussit à conserver un semblant de suspens au troisième mort...
Mais la deuxième partie joue davantage la carte de l'horreur psychologique et du climat, offrant un huis-clos assez glauque. Cette partie est d'ailleurs plus sanglante que l'autre et contraste très bien avec le début, tant du point de vue visuel que scénaristique. Elle nous offre en outre une belle poursuite finale avant un dénouement surprenant.


Au final, un film de qualité mettant un scène un serial killer des plus charismatiques, étonnamment peu violent visuellement avec de bons moments, tirant partie d'une belle photo et d'une bande son efficace et adaptée. Et puis, c'est le père des slashers...