8/10Hancock

/ Critique - écrit par riffhifi, le 11/07/2008
Notre verdict : 8/10 - God blesse America (Ecrivez votre critique)

Tags : hancock film herbie jazz heros action gouvernement

Will Smith en super-héros dépressif et blasé ? Le personnage est intéressant, mais l'intérêt de Hancock réside au-delà. Une vraie surprise, mélange de naïveté et d'intelligence, qui renonce à être un gros film d'action pour se contenter d'être un très bon film.

L'été 2008 est celui des super-héros, généralement adaptés de comics à succès. Hancock pourrait n'être qu'une pièce de plus dans la galerie, rivalisant de prouesses techniques et tâchant de faire bonne figure auprès des œuvres d'un Christopher Nolan ou d'un Guillermo del Toro. Mais regardez de plus près : Hancock n'est pas adapté d'une bande dessinée ; et contrairement aux apparences, il ne s'agit pas même vraiment d'une histoire de super-héros...

Hancock (Will Smith) est un clodo alcoolique que personne n'aime. Pourtant, il peut voler, soulever des voitures et se faire arroser à la Kalachnikov sans sourciller, et il emploie ses pouvoirs à la capture des criminels. Mais il le fait sans se soucier des dommages collatéraux, qui s'avèrent souvent colossaux et vont jusqu'à mettre en péril ses concitoyens. Ray (Jason Bateman), fort de son métier de RP, va tâcher de redorer l'image de Hancock et de lui apprendre à être un vrai héros. Une mission ardue, non seulement parce que le gars est un je-m'en-foutiste immature, mais aussi parce que Mary (Charlize Theron), la femme de Ray, considère sa présence comme une menace permanente.

Première constatation : le scénario malin et le jeu d'acteurs impeccable éclipsent l'aspect "film d'action", qui peut même paraître mal maîtrisé. En vérité, il est vraisemblable que le réalisateur ne s'intéressait pas réellement aux bastons, ni au développement d'un ennemi charismatique à qui le héros pourrait coller des marrons durant deux heures. A n'en pas douter, le film présente surtout de Hancock au vin
Hancock au vin
nombreuses similitudes avec Incassable de M. Night Shyamalan : avec son approche pseudo-réaliste de la mythologie du super-héros, sa quête d'apprentissage d'un personnage déjà quadragénaire et sa capacité à ancrer l'élément fantastique dans un faisceau de références identifiables, Hancock joue sur le même terrain et va jusqu'à titiller clairement à plusieurs reprises la fibre geek de l'amateur de super-héroïsme, notamment lorsque la musique de John Powell se met en tête de reprendre les premières notes du thème de Superman composé par John Williams. Comme dans Incassable, les personnages principaux sont richement développés et possèdent une fragilité muette qui les rend aussi émouvants qu'ils sont puissants. Will Smith parvient à susciter une réelle émotion avec une économie de moyens à laquelle il ne nous a pas habitués dans ce genre de productions (merci de nous avoir épargné le cortège de vannes nonchalantes, Will).

Pourtant, ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher le thème du film, mais plutôt dans son titre : Hancock. John Hancock, né le 12 janvier 1737, est devenu une expression courante aux Etats-Unis : « Put your John Hancock » signifie « Apposez votre signature » ; le bonhomme est entré dans la légende en devenant le premier signataire de la Déclaration d'Indépendance le 4 juillet 1776. Autant dire que son Hancock-a-doodle-doo
Hancock-a-doodle-doo
nom est, symboliquement, étroitement associé à l'Amérique et à son identité. Dès lors : pourquoi ne pas voir le film comme un discours sur les Etats-Unis ? Le Hancock du début serait l'Amérique de Bush : un super-héros alcoolo qui casse tout sur son passage... Le reste est plus délicat à expliquer sans dévoiler l'intrigue, mais il est à la fois question de la base du système américain (le respect de la séparation des pouvoirs), et de la nécessité de prendre conscience des conséquences de ses actes, quel que soit le passé (trouble) que l'on puisse avoir, sans se reposer sur la simple naïveté (sincère) de ses sentiments. Il y a une vraie puissance dans cette auto-réflexion d'une Amérique qui espère pouvoir être à la hauteur de sa puissance et de sa volonté de faire le bien, qui ne sont pas forcément suffisants pour faire d'elle un pays super-héroïque. Un tel désenchantement peut être rapproché du cynique Iron Man sorti récemment, ce qui rappelle qu'un film est capable d'être le reflet de l'esprit de son temps quel que soit l'âge de son scénario : les années 60 pour la BD de Stan Lee, et 1996 pour le scénario original de Hancock, qui s'est longtemps baladé à Hollywood sans trouver de production. Repris par le réalisateur Peter Berg, et retravaillé par Vince Gilligan (ancien scénariste de X-files), celui-ci semble dire désormais à ses spectateurs américains par la bouche du héros : « Le monde ne nous aime pas, mais c'est de notre faute, et on peut s'améliorer. Allez voter, et n'hésitez pas élire un président noir, ce n'est pas sale. »