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Cinéma Critique
Le Dernier Refuge

Le Dernier Refuge : un huis clos qui ne s'en sort pas

Notre note : 1,5/5

Un refuge qui prend l’eau.

Votre note pour Dernier Refuge (Le) :

Une famille scellée dans sa maison du jour au lendemain, sans explication : le pitch de l’été, numéro 1 sur Netflix en quarante-huit heures. Restait à en faire un film…

À Seattle, Jason (Wagner Moura), ingénieur au chômage, Ann (Greta Lee) et leurs deux enfants se retrouvent un matin bouclés dans leur maison : portes bloquées, vitres qui se ressoudent, téléphone muet. Pas de coupable, pas de mode d’emploi. The Last House en VO est devenu chez nous Le Dernier Refuge, un refuge verrouillé de l’extérieur, donc. Passons.

Les premières minutes tiennent la promesse : l’inexpliqué travaille, on tape aux murs avec eux… Puis le film s’installe, et il tient là sa seule vraie idée, plutôt émouvante : cette famille vit la fin du monde comme la version bobo du Covid. Les placards sont pleins, les étoiles sont jolies, le crédit immobilier n'a plus besoin d'être payé : presque des vacances. Des gens si biberonnés à la sécurité qu’il leur faut des mois, littéralement, pour admettre que personne ne viendra les aider. Puis la réalité les rattrape, et le film avec.

Le film passe d’ailleurs son temps à annoncer sa suite : la pluie qui inquiète, le voisin qui finit mal, la caméra qui traîne sur chaque flaque, les indices tombent à la pelle. Quand les créatures débarquent enfin, on a une bonne heure d’avance sur la famille : j’ai bâillé, très exactement, au premier monstre sorti de l’eau. Cinq ans d’ellipse plus tard, le grand frisson repose sur la morsure d’un furet. Un furet.

Il faut dire que les règles du jeu sont fixées au doigt mouillé. La force qui verrouille la maison (appelons-la l’eau magique, le film ne se mouillera pas davantage) a quand même ses tolérances. La famille retourne le plancher du salon pour en faire un potager ; dès qu’elle perce vers l’extérieur, en revanche, l’eau magique rebouche le trou. Sauf au niveau de la cheminée, seule brèche opportunément tolérée, trop étroite pour servir de sortie mais assez large pour piéger de quoi manger cinq ans durant.

L’entité est méchante, mais le courant reste branché des mois durant. Et quand le dernier acte a besoin d’une brèche, la maison se fissure toute seule, là où ça l’arrange, ce qui n'étonne personne car on nous l'a souligné longuement et plusieurs fois.

Le bestiaire lorgne si fort vers Lovecraft qu’on croirait les Grands Anciens en promotion : on s’est servi, sans trop savoir quoi en faire.

Attention : le paragraphe qui suit déballe la fin. Vu le film, c’est un service.

La maison se remplit d'eau, la famille grimpe d’étage en étage et, au dernier moment, tout le monde s’attendrit sur une créature piégée. Touchée par tant de gentillesse, la bête déverrouille la porte d’entrée et prie ses collègues de laisser ces braves gens tranquilles. Vous l’aviez deviné, n’est-ce pas ?

Heureusement, il y a les acteurs. Wagner Moura, l’ex-Escobar de Narcos, compose un père qui se délite avec une vraie justesse ; Greta Lee (Past Lives) porte la maison à bout de bras ; les enfants, eux, changent d’interprètes au moment du saut dans le temps. Deux Ruth, deux Graham, zéro personnage. 

Louis Leterrier, le Français du Transporteur et de Fast X, se rêvait sans doute en Shyamalan. Ce n’est pas encore ça.

Vous l’aurez compris : Le Dernier Refuge, c’est un pitch en béton armé, une belle idée abandonnée en route, une suite sans grande saveur et une fin tout bonnement nulle, là où 10 Cloverfield Lane tenait le même programme, il y a dix ans.

Le film des gens bouclés chez eux se regarde bouclé chez soi, c’est commode. Mais si vous cherchez un refuge pour ce soir, restez dehors : vous me remercierez.

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