3.5/10Cradle of fear

/ Critique - écrit par Lestat, le 21/06/2003
Notre verdict : 3.5/10 - Golden age of Grotesque (Ecrivez votre critique)

Tags : cradle fear filth film dani films chandon

L'Angleterre. Réputée pour ses tasses de thé, ses flegmatiques autochtones, ses comédies romantiques. Et ses maîtres de la peur : Clive Barker, Hitchcock...
Depuis quelques années, un certain Alex Chandon tente de repeindre son pays en rouge, avec notamment trois métrages plus ou moins longs, Pervirella, Drillbitt et Bad Karma. Au hasard d'une rencontre, Chandon attira l'attention du groupe de death metal
Cradle of Filth, et de fil en aiguille, devint leurs principal clippeur.

En 2001, Chandon repassa derrière la caméra pour un projet personnel plus ambitieux, sous forme de long métrage. Le résultat sort aujourd'hui en DVD : il s'apelle Cradle of Fear...

Cradle of Fear est une histoire à sketch comme on en voit trop rarement, comme celle que le grand Romero a si bien mis en image : Creepshow. Mais n'est pas Romero qui veut. Et par le biais de ces quatre petites histoires regroupées sous un vague thriller fantastique, c'est un ignoble navet que nous livre Alex Chandon.

Dès le prologue, Cradle of Fear montre tout ce qu'il ne faut pas faire en matière de gore. Et c'est avec le plus grand sérieux, dans une atmosphère qui se voudrait glauque et qui se retrouve embrumée, que nous rencontrons The Man, mystérieux personnage campé par Dani Filth en personne, arrachant la gorge d'un petit truand avant de fracasser le crâne de son acolyte dans un geyser de caoutchouc et de sang factice. Cette scène consternante est bien représentative de ce qui suivra.

Le premier sketch, le plus court, ne fait rien pour nous rassurer. Après une nuit avec The Man, la jolie Emily Bouffante se retrouve avec un parasite qu'elle expulsera à la façon "Alien". Cette scène, réputée comme épouvantable, ne dérangera finalement pas grand monde, l'interprétation et les effets spéciaux n'aidant d'ailleurs pas. On notera ainsi une main mutilée ressemblant furieusement à un gant Mapa... Sans parler d'une scène dont l'intérêt m'échappe encore : l'inspecteur Neilson, héros du thrilleur central, retrouvera le corps et ne pourra s'empêcher de vérifier si elle est bien morte, malgré les viscères qui jonchent le dessus de lit. Drôle de flic...

Passons sans plus tarder au deuxième sketch, une histoire de Zombies éculée, tout aussi mal jouée que son prédécesseur, prévisible et mal filmée, dont les rares tentatives de frissons ne sont pas sans rappeler celles de papy Evil Dead ...

La troisième petite histoire met en scène un handicapé voulant par tous les moyens remplacer sa jambe perdue. Désespéré, il en viendra à tuer une de ses connaissances, dont le membre une fois greffé cherchera à se venger (!) Aux dires de Chandon, ce sketch se voulait plus ambitieux, notamment par la mise en scène d'un véritable amputé et d'une séquence à l'horizontale riche en gros plans de moignon. Hélas, il se rétame complètement : ni véritablement drôle ni franchement malsain, on ne manifestera qu'un ennui poli devant les tribulations du pauvre Nick et de sa jambe folle. Seul moment agréable : le médecin traitant de Nick est un certain Dr. H. West, clin d'oeil qui n'aura pas échappé au fan de Lovecraft...

Après un intermède sanglant assuré par The Man, arrive le sketch final qui apporte enfin une bouffée d'air frais. Malgré la trame rabâchée du site Internet, cette dernière histoire est dérangeante à souhait et nous plonge dans l'univers morbide des snuff movies. Bien réalisé, bien interprété et surtout cohérent (chose rare dans Cradle of Fear), sickroom.com laisse présager le meilleur pour le dénouement imminent, aboutissement de l'histoire centrale.

Celui-ci commence d'ailleurs plutôt bien. Mais que cela ne tienne, Alex Chandon reviendra avec ses gros sabots et nous incruste de façon peu subtile une scène de massacre grotesque, où Dani Filth étripe une bonne partie du casting avec une épée en carton pâte...

Que retenir de ce film ? Qu'il est particulièrement mal filmé. Que l'esthétisme général rappelle les pires films porno. Que les scènes gores sont ridicules et gratuites. Que le sang a tendance à gicler à gros bouillons deux bonnes secondes après le coup porté. Et surtout une chose plus grave : l'incroyable sérieux de l'ensemble. Même avec la meilleure volonté du monde, ou la pire mauvaise foi, Chandon n'a pas pu ignorer les défauts de son film, alors pourquoi ne pas les avoirs exploités ? Pourquoi conserver cette tonalité glauque et sans humour, alors que dans certains sketchs, un second degré apparent aurait sûrement permis à Cradle of Fear de ressembler à autre chose qu'à un navet de débutant...

Parlons rapidement de l'interprétation de Dani Filth, dont c'est ici la première apparition à l'écran (hormis les clips). Dani interprète The Man, personnage flou et désaxé, servant de fil conducteur et de narrateur muet entre les quatre sketchs, cela au profit de quelques petites scènes en guise d'introduction ou de conclusion, avant de tomber le masque pour le final. Conscient de la profondeur de son rôle, le chanteur se surpasse : les trois expressions faciales qu'il développe dans le film (impassibilité, rictus de colère, rictus de joie) sont en effet fort bien jouées...
On regrettera amèrement qu'il ne retrouve pas le charisme dont il fait preuve avec son groupe.

Mais ne soyons pas mesquins, il y a du bon : le charme d'Emily Bouffante, la musique assurée, entre autres, par Dark Poetry et Cradle of Filth (encore eux), quelques références sympathiques, le sketch final qui parviendrait presque à réconcilier le spectateur et l'absence de happy-end. C'est hélas peu.

Après avoir vu Cradle of Fear, je me suis demandé quelle mouche avait piqué les tenants du death metal d'embaucher cet individu comme clippeur attitré. Pris de doute, je me suis procuré trois des quatre clips que Chandon réalisa pour Cradle of Filth. Le constat est sans appel : entre le grand guignolesque From the Cradle to the Enslave, le malsain Born in the Burial grown ou le féerique Her ghost in the fog, Chandon fait preuve d'une maestria certaine et varie les styles sans accroc. Ce qui ne fait qu'accroitre l'incompréhension.
Qu'est-il arrivé à Alex Chandon ? le mystère reste entier...