6.5/10Blindness

/ Critique - écrit par riffhifi, le 11/10/2008
Notre verdict : 6.5/10 - Eliot Ness est aveugle ?! (Ecrivez votre critique)

Tags : film blindness cecite meirelles anglais fernando aveugle

D'une idée dingue (une épidémie de cécité fait rage dans une population qui cloître ses infectés dans une zone de quarantaine où ils forment une mini-société), Fernando Meirelles fait une expérience purement formelle au détriment du scénario.

Après La cité de Dieu en 2002 et The constant gardener en 2005, le réalisateur Fernando Meirelles se tourne vers un sujet étonnant, quasiment fantastique, avec un casting hétéroclite et un scénario de l'acteur-scénariste Don McKellar adapté d'un livre de l'écrivain portugais José Saramago. Le tout a été présenté en ouverture au dernier festival de Cannes.

Le grand blanc

Devenu subitement aveugle, un homme est amené par sa femme chez l'ophtalmo (Mark Ruffalo). Celui-ci ne trouve pas l'origine du mal, mais devient aveugle à son tour, ainsi que ses patients du jour (Danny Glover, Alice Braga). Devant cette épidémie fulgurante, le gouvernement décide d'improviser une quarantaine sauvage. La femme de l'ophtalmologiste (Julianne Moore) décide d'accompagner
"Tu crois que je t'ai pas vu, connard ?"
son mari bien qu'elle ne soit pas touchée par la cécité. Mais les bâtiments dédiés à la quarantaine vont bientôt devenir un lieu dangereusement surpeuplé...

Le sujet et son traitement sont résolument originaux : on pense aux Oiseaux d'Hitchcock pour l'aspect inexplicable du phénomène, et le choix de ne pas nommer les personnages ni les lieux donne quelque chose de kafkaïen au récit. Le surréalisme imposé visuellement par les éblouissantes (littéralement) images cramées trouve un écho dans les prémisses invraisemblables qui veulent que le gouvernement parque des civils dans un lieu totalement insalubre sans leur autoriser la moindre communication avec l'extérieur et (pire) sans chercher à soigner ce mal qui s'étend comme une traînée de poudre. L'argument du film est clairement un prétexte servant à démontrer avec quelle facilité la société peut s'effondrer et retourner à ses bases. Dans la prison pour aveugles, deux camps se forment : ceux qui pratiquent la solidarité et ceux qui prennent le pouvoir par la force brute. Si les salopards ont à leur tête un personnage charismatique campé par Gael García Bernal, on peut néanmoins trouver facile ce manichéisme arbitraire qui sépare en quelques semaines les gentils des méchants selon le numéro de leur dortoir.

Gael Garcia Bernal ne voit rien, mais il fait semblant
Gael García Bernal ne voit rien, mais il fait semblant
Mais surtout, au-delà de ces facilités de scénario, dont on admettra les grosses ficelles héritées du film de zombies à la 28 semaines plus tard, on se désespère un peu du traitement accordé au personnage de Julianne Moore : seule voyante au pays des aveugles, héroïne et référent du spectateur, on attend d'elle un minimum d'action et de choix qui ne semble jamais devoir venir. Il est inexplicable qu'au bout de plusieurs semaines, elle n'ait pas fait savoir à l'extérieur qu'elle était voyante, et que des tests sur elle pouvaient aider à trouver un remède ; il est invraisemblable surtout qu'elle n'agisse pas pour protéger ses semblables lorsqu'une partie des aveugles décident de victimiser les autres. Et on se surprend à penser que le film aurait pu être meilleur sans elle : la souffrance et les efforts des aveugles confrontés à un mode de vie infernal constituent finalement l'essentiel de l'intérêt, sur lequel Julianne Moore tombe comme un cheveu (blond, car elle n'est plus rousse) sur la soupe (dans laquelle il n'y a pas d'yeux).

Formellement réussi, doté d'une dernière partie aux visions saisissantes mais débouchant sur une fin expédiée et décevante, Blindness laisse au final un goût amer dans la bouche, comme si Meirelles était passé à côté d'un très grand film. Dommage.