6/10Battleship : il touche, il coule

/ Critique - écrit par Nicolas, le 12/04/2012
Notre verdict : 6/10 - Ship et chocs (Ecrivez votre critique)

Tags : touche coule battleship nintendo jeux bataille film

J’ai eu le choix entre deux types d’intro différentes, je n’ai pas pu choisir. Alors vous vous taperez les deux.


A la base, il y avait ça.
D’abord, rigolons ensemble de l’idiotie humaine : Battleship est l’adaptation cinématographique de… (je retiens mon souffle)… de Touché-Coulé. Du jeu de plateau Touché-Coulé. Je ne crois même pas ce que j’écris. Et encore, ce n’est pas tant le fait qu’un scénario de film s’appuie d’un jeu de plateau de concept simpliste qui m’horripile, non, c’est surtout que l’équipe du film le revendique et le clame haut et fort ! Et si le film fonctionne, qui va lui emboiter le pas ? La bonne paye (« Préparez-vous à payer la facture ») ? Les dominos (« Découvrez ce qui se trouve en bout de chaîne ») ? Le Mikado (« Sous un tas de bois, personne ne vous entendra crier ») ? Le pire est que les scénaristes, visiblement très inspirés, ont réussi à y coller de la roubignole à tous les étages et des extraterrestres pas très diplomates. Je sais que ça ne se voit pas, mais je souffre là. Profondément. J’avais jamais rien lu d’aussi con. Enfin si, mais la minimisation n’est pas mon fort, faut croire. Je les imaginais déjà hurler « TOUCHÉ COULÉ ! » devant leur écran quadrillé, dans leurs navires de guerres, en défonçant des bateaux à coups de missiles. Et vous me croyez ou pas, on n’est pas le 1er avril, mais ils l’ont fait ! Faudra que j’y revienne d’ailleurs. On verra plus tard dans l’article, car j’ai une deuxième introduction à écrire.

Battleship : il touche, il coule
Là, on rigole moins.Et la voici : regardez cette affiche. Il y a le héros, beau, svelte, roubignolesque au possible, et Rihanna au second plan. Je ne vais pas m’attarder sur Taylor Kitsch, on se fiche un peu de savoir qui va aller botter des culs cosmiques, mais je vais me concentrer sur la présence de Rihanna dans le film. Alors déjà, sur l’affiche, elle a un gros flingue et elle ne montre pas son cul : bon point, les féministes apprécieront qu’elle tienne une pose militaire avec ses petits bras (non) musclés. Peut-être le film saura-t-il se doter d’un embryon de réflexion sur la condition féminine dans la marine et mettre en avant leur héroïsme plutôt que leurs paires de fesses / nichons ? Vous y croyez, vous ? Non ? Vous faites bien. Cela pourrait être un mec, un adolescent, un homme-chat, un putain de robot articulé, ce serait pareil : le personnage de Rihanna est un soldat, peu importe s’il en a dans le slibard ou pas. On trouvera un peu plus loin un autre rôle féminin, celui de la blondasse aux gros seins complètement anecdotique. Attention, c’est la nana qui est anecdotique, pas ses seins, c’est la première chose qu’elle montre à l’écran.

Battleship : il touche, il coule
DR.
Voilà, je pense qu’on est tous chauffés pour la suite. Tenez, je vais vous rappeler le scénario. Alors nous avons un héros, appelons-le « roubignole » tellement le surnom lui va bien : il fait n’importe quoi en mettant ses attributs sur toutes les tables qui traînent. Il est marin, un peu gradé, amoureux de la fille de l’amiral (la blonde aux grosses seins), et son frère commande un gros bateau avec des missiles, des canons et des grosses turbines qui tirent plein de trucs qui pètent dont j’ai oublié le nom. Roubignole est sur le point d’être viré à cause de sa testostérone débordante, mais il part pour un dernier exercice. En pleine sauterie, les aliens débarquent avec quelques vaisseaux armés jusqu’aux yeux et une saleté de plan d’invasion derrière la tête. En quelques évènements plus ou moins majeurs, Roubignole et son équipage  se retrouvent isolés du reste de la flotte, du mauvais côté de la mer (celui où les aliens pique-niquent).

Battleship : il touche, il coule
DR.
Peter Berg, en bon faiseur, sait pertinemment ce qu’il a entre les mains : de la merde. Et un gros chèque. Alors il prend parti : ok, ce sera de la merde, mais vous allez prendre plein la gueule. Si la première demi-heure est à somnoler en rêvant d’un épisode de Plus belle la vie, une fois le vilain petit homme vert sur Terre, la donne change complètement. Peter Berg va mettre un point d’honneur à faire exploser des trucs et des machins toutes les deux minutes, émaillant chaque scène de répliques chics et chocs :
« On va tous mourir un jour… MAIS PAS AUJOURD’HUI ! HA HA HA ! PRENEZ-CA LES CONNARDS D’ALIENS !! » pourra-t-on plus ou moins entendre, avec une certaine circonspection (il n’est pas impossible que ma mémoire hésitante ait rajouté quelques mots à cette phrase du héros). C’est… déconcertant. Dans le sens « Michael Bay » du mot. On atteint des extrémités tellement primaires, tellement pubères, que l’on se demande à chaque instant si l’on ne se fout pas effrontément de notre tronche. Battleship : il touche, il coule
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J’entends par là, Peter Berg a un savoir-faire indéniable et nous ferait avaler n’importe quoi, sur le coup. Oui, même des hippopotames. Mais avec le recul, c’est le retour de flamme, le boomerang qui revient dans la gueule, le rappel des impôts, c’est du gros n’importe quoi visiblement assumé. Comme je le précisais en introduction, ils ont réussi, avec une ingéniosité démoniaque, à nous coller en plein milieu du film une séquence de Touché Coulé, avec les répliques (françaises) qui vont bien. Avec ça, tout est dit, il y a un refus total de cohérence et d’apport scénaristique, juste une volonté très manifeste de créer un spectacle moderne, plein d‘effets spéciaux et de pyrotechnie. Sans parler du traitement infligé aux personnages, qui n’ont pour la plupart qu’un trait de caractère unique (le rigolo, la nana, l’handicapé, le vieux, les gros seins, etc.).

Le point le plus important : arriver à prendre le train en marche. Car il y a un évident second degré, quasiment nanardesque, qui englobe le film. Si l’on rentre dans le jeu de Battleship, c’est une croisière maritime qui s’offre à nous : Rythmée, bruyante, pétaradante, sur fond de AC/DC. C'est-à-dire à la fois grand public par la simplicité générale des intentions, mais également plus intimiste dans ce qu’il véhicule : un gros tas de clichés qui font de Battleship un plaisir trop coupable et trop con, qui dispense de la testicule de masse à quasiment chaque plan.

Battleship : il touche, il coule
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