6/10Bad Taste, les Feebles, Braindead - Splatter movies de Peter Jackson

/ Critique - écrit par Lestat, le 03/07/2003
Notre verdict : 6/10 - Bad taste (Ecrivez votre critique)

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Critique des "splatter movies" de Peter Jackson : Bad Taste, Les Feebles et Braindead

Nous sommes en 1961, quelque part en Nouvelle Zélande. En ce jour d'Halloween, le couple Jackson se préoccupe pourtant peu des friandises et des tours pendables : le petit Peter vient de naître.
Hasard ou coïncidence ? quoiqu'il en soit, cette date de naissance peu banale ne doit pas être étrangère à ce qui adviendra par la suite. En effet, quand à huit ans Peter essaie le Super 8 parental, ce sont d'inattendus vampires qui surgissent de la pellicule. Cette passion précoce pour le cinéma ne le quittera plus...

Après quelques courts métrages, Peter Jackson donne en 1983 les premiers tours de manivelles d'un projet plus ambitieux, filmé pour l'occasion en 16 mm. Tourné avec une bande de copains et un bon stock de viscères (provenant probablement du charcutier ou de l'abattoir local), Roast of the Day met en scène une délirante histoire d'invasion extraterrestre. Emporté par son élan, le petit court métrage se transforme peu à peu en long métrage. Et c'est ainsi que Roast of the Day devient... Bad Taste...
Une poignée de dollars en poche, Peter Jackson tourne dans des conditions précaires, parfois dangereuses. Homme orchestre, Jackson assurera réalisation, scénario, effets spéciaux, photo, production tout en s'octroyant un double rôle dans son film. Malgré cette débauche d'énergie, le projet manque de tomber à l'eau, faute de moyen et n'aurait surement jamais vu le jour sans un coup de pouce financier des plus inespérés : c'est en effet la New Zeland Film Company, pourtant très sérieuse, qui s'intéressera à cette histoire dégoulinante d'hémoglobine et de mauvais gout. Le film ne sera achevé qu'après quatres années de tournage. Présenté au marché du film à Cannes, l'accueil est triomphal et remportera en 88 le prix "spécial gore" au Festival Internationnal de Paris du Film Fantastique et de Science Fiction.

Bad Taste est un film jubilatoire qui ne se prend jamais au sérieux. L'histoire, complètement déjantée, n'est qu'un prétexte à l'étalage de scènes gores que nous livre Jackson avec une amusement évident. Entrailles, cervelle, démembrements, un peu de scatologie (miam, une bonne soupe au dégueulis...) parsèment cette oeuvre de mauvais goût. Et pourtant, cette farce outrancière révèle un suprenant parti pris. Pour cela, revenons sur l'histoire : Lord Klump, un extraterrestre, déboule sur Terre accompagné de ses sbires, afin de se ravitailler en viande humaine et ainsi alimenter sa chaine de Fast Food en matière première. Et oui, comme le souligna un jour l'excellent magazine Toxic, nous avons ici affaire à un alien capitaliste ! Quand on se souvient qu'auparavant, les films de science-fiction symbolisaient la menace communiste, il y a de quoi sourciller...

Malgré la bonne humeur qui se dégage de l'ensemble, Bad taste reste un film amateur et c'est là son principal défaut. On notera ainsi quelques cadrages aproximatifs et surtout un épouvantable manque de rythme. Les scènes d'actions sont plates et la fusillade principale en devient soporifique. On se consolera devant les images d'un Peter Jackson glabre retenant tant bien que mal son cerveau mis à nu par une mauvaise chute...

Bad taste sort en salle et fait un carton auprès des fans. Quand à Jackson, il ne s'arrête pas en si bon chemin et met en place un nouveau projet encore plus fou. Faute de moyen, il sera contraint de le mettre en stand by et avec sa femme, concocte à la va-vite un film de marionnettes absolument inclassable. En cette année de 1989, Meet the Feebles était né...

Meet the Feebles est un OVNI filmique. Très trash, parfois glauque, Peter Jackson nous livre une version complètement barrée du celèbre Muppet Show qui envoie valser les idéaux sur le monde du Show Biz. Les coulisses du spectacle apparaissent en effet plutot sombres. Drogue, picole, producteur vereux, coucheries... tout y passe et font des Feebles un film assez étrange, où lorsque l'on rit, c'est souvent jaune. Toujours très cru, Jackson n'hésite pas à réaliser des scènes pornos, qui dans cette univers animatroniques sont des plus surréalistes. Quasiment en roue libre, le réalisateur ne lésine pas non plus sur les effets de mauvais goûts: une mouche journaliste se nourrit d'excréments, un contorsionniste se coince la tête dans le postérieur, un lapin forniqueur se retrouve atteint d'une maladie monstrueuse et j'en passe des pires... Ni sur les effets géniaux : citons cette scène hallucinante où le personnage principal massacre tout le monde sur fond de chanson paillarde (un hymne à la sodomie!). Un passage qui n'est d'ailleurs pas sans faire penser au coupage d'oreille dans Reservoir Dogs, rythmé par le guilleret Stuck in the middle with you.
Filmé avec un budget confortable, Meet the Feebles est maîtrisé de bout en bout. Oubliée, la caméra parkinsonienne de Bad Taste, l'ensemble ne souffre d'aucune fausse note. Mais le tournage est un cauchemar pour le pauvre Jackson, qui doit redoubler d'ingéniosité pour filmer ses marionnettes sans que le technicien soit dans le champ. Pour cela, il travaille d'arrache pied sur la technique : cadrages au plus près, focales courtes, cadrages obliques... et mine de rien, de fil en aiguille, il développe les principales caractéristiques de son cinéma à venir. A mon sens, un de ses meilleurs films.

Meet the Feebles remportera à Paris le Prix "Très Spécial". Impressionnée, la New Zeland Film Company débloque à nouveau quelques fonds et Peter Jackson peut enfin se consacrer au projet laissé vacant par Meet the Feebles. Et c'est dix ans après Sam Raimi que Peter Jackson, en 1992, lache un nouveau pavé dans la mare d'hémoglobine du cinéma gore. Dead Alive : Braindead voyait le jour et désormais plus rien ne sera comme avant. Considéré encore aujourd'hui comme le meilleur film gore de tout les temps, Braindead donna lieu à toute une génération de fans, qui découvrirent le genre avec les tribulations hilarantes de Lionel face à des hordes de Zombies, dont un bébé et sa propre mère. Ne reculant devant rien, Jackson s'en donne comme toujours à coeur joie et nous offre un bordel organisé comme on en fait plus. Poumons qui marchent, curé karateka et libidineux, tonneaux de barbaques, citernes d'hémoglobines, Braindead est un spectacle absolument jouissif dont on ne sort qu'avec les abdos douloureux. Et l'on ne présente plus la scène devenue culte de la tondeuse à gazon...
Plus maîtrisé que Bad taste, mais tout aussi jubilatoire, ce troisième film fait entrer Jackson au Panthéon, et obtiendra en 93 le grand prix du Festival d'Avoriaz.

En un tryptique déjanté, Peter Jackson imposa son style pour devenir une figure emblématique du cinéma de genre. Tout comme Sam Raimi, avec qui il entretient de nombreux points communs, Jackson sut sortir de l'horreur, toujours avec le même succès. Les récompenses parlent d'elles-même : Lion d'Argent à Venise pour Créatures Célestes, prix de la mise en scène pour Forgotten Silver, plusieurs nominations aux Oscars pour son adaptation du Seigneur des Anneaux...