8.5/1028 jours plus tard

/ Critique - écrit par Kassad, le 01/09/2003
Notre verdict : 8.5/10 - La rage est en vous (Ecrivez votre critique)

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En sortant du cinéma je me retourne à chaque coin de rue pour voir si un enragé ne se dirige pas vers moi, titubant en cherchant à me charcuter. Je dois dire que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film qui m'inflige un tel choc. 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, le metteur en scène des célèbres Petits meurtres entre amis, Trainspotting ou encore La plage, est une nouvelle variation sur les thèmes des zombies et de la fin du monde.

Le canevas de l'histoire est simple : en voulant libérer des singes, des "amis de la nature" donnent en fait la clef des champs à une maladie qui vous rend enragé et vous donne envie de tuer tous ceux qui ne sont pas contaminés. Un coursier se réveille d'un coma de 28 jours au fond d'un hôpital déserté. Il commence par errer dans un Londres abandonné de ses habitants où tout a changé. Les rares non contaminés se terrent et vivent au jour le jour. Une petite équipe de survivants se forme pour rejoindre un camp de l'armée où se trouverait la solution...

On l'aura compris ce n'est pas l'originalité du scénario qui fait l'intérêt du film. Dans la même veine scénaristique de fin du monde on peut citer : Ghosts of Mars, Le règne du feu , L'antre de la folie, Le village des damnés et si je cite trois films de Carpenter ce n'est pas un hasard. L'ambiance de ce film y est très proche. Notamment par le fait que les deux thèmes suivants :
- la fin du monde
- la fin de l'humanité
sont bien distingués et traités avec finesse. La fin du monde est une « simple » destruction des choses telles qu'on les connaît. Un exemple est particulièrement frappant : le héros au début du film, quand il n'est encore au courant de rien, se met à ramasser des billets de banque éparpillés (à noter que Boyle fait se dérouler cette scène sur les marches de la bourse de Londres : un petit clin d'oeil à la mort du capitalisme). Ce geste n'a bien sur plus aucun sens, ces billets lui sont à peu près aussi utiles qu'ils pourraient l'être à Robinson sur son île. Par cette scène c'est la fin du monde qui nous est décrite. La fin de l'humanité est, je trouve, beaucoup plus poignante, car beaucoup plus proche de nous. Il s'agit du fait que pour pouvoir survivre il faut oublier tout ce qui fait de nous des êtres humains civilisés. Par exemple, une non contaminée, Séléna, n'hésite pas à couper la tête de son compagnon parce qu'il est peut être contaminé. Le pire est qu'en tant que spectateur, on pense qu'elle a raison : la vie ne vaut plus un clou même pour les non contaminés. C'est la fin de l'humanité : quoiqu'il arrive même s'il reste des survivants, est-ce que ce seront toujours des hommes ? C'est ce point précis qui est particulièrement bien rendu dans ce film où pour survivre l'homme doit renoncer à ce qui fait de lui un être humain. Une très belle scène dans le film illustre ce propos à merveille. Le héros, dans un accès de fureur, se met à tuer tout le monde et un gros plan sur ses yeux bleus nous montre que ce ne sont pas seulement les infectés (symbolisés par des yeux rouges) qui sont perdus.
La rage est au fond de chacun de nous.

Une particularité à signaler : la photo de ce film tourné en numérique est assez étrange et ajoute au malaise ambiant.

C'est un film dont on ne ressort pas indemne : ce qui fait le plus peur n'est pas vraiment la maladie mais plutôt ce qu'elle révèle, et contre cela il n'y a pas de remède en vue.