Les amateurs de Vincent Price -mais il est constitutionnellement interdit de ne pas aimer Vincent Price- s'accorderont sans doute à dire que, de sa carrière des années 70, il est de bon ton de retenir le diptyque du Dr Phibes. Pourquoi pas. Dans le cadre de notre thématique emplie de coeurs qui se brisent et font boom, nous allons plutôt nous intéresser à un de ses amusants avatars, qu'il n'est d'ailleurs pas défendu de préférer aux exactions sadiques du praticien susnommé. Mesdames, messieurs, place à la vengeance d'Edward Lionheart, acteur maudit et cauchemar des scribouillards.

C'est un oiseau ? C'est un avion ?
Non, c'est Vincent Price !Acte 1 scène 1. Un quidam vaniteux s'en va déloger une horde de squatters. Un piège, forcément. Le tout se termine dans l'écarlate, sous le regard pétillant de Lionheart, maître de cérémonie de cette farce macabre bien huilée. Théâtre de Sang, d'un générique à l'autre, n'est qu'une gigantesque déclinaison de cette première scène. En froid avec une poignée de grattes-papiers lui ayant, entre autres, refusé l'accès à un prix prestigieux au profit d'un petit jeune, Lionheart emploie désormais son temps à liquider un par un tous ces aigris, dans des mises en scène soigneusement inspirées des seuls écrits trouvant grâce à ses yeux : ceux de Shakespeare. Tout ceci n'étant que l'occasion pour Vincent Price de laisser échapper toute la démesure qui pouvait le caractériser en cabotinant tranquillement dans une kyrielle de costumes, ne craignant pas de créer la tachycardie chez le spectateur en apparaissant soudain dans la peau d'un coiffeur affro adepte de bigoudis électriques ! Les meurtres sont à l'avenant, Théâtre de Sang nous gratifiant notamment d'une très pointilleuse décapitation, et le bon faiseur Douglas Hickox emballe le tout avec un sens du baroque et du hors-champ tout à fait pertinent dans le cadre de cet hommage flagrant à l'univers des planches et du Grand Guignol. Aux côtés de Vincent Price, Diana Rigg fait quant à elle un peu de figuration intelligente, apportant une fraîcheur supplémentaire tout en soulignant implicitement l'aspect quelque peu surréaliste de l'ensemble, les bottes de cuir d'Emma Peel ne la quittant jamais vraiment.

Argh !Un peu entaché par un dénouement à la moralité frileuse et une enquête policière dont tout le monde se moque (y compris Hickox, qui la joue soudain téléfilm tristounet), Théâtre de sang s'apprécie telle une suite de sketchs. Et à bien y regarder, le film n'est finalement pas autre chose, chaque scène "à intrigue" n'agissant que comme un remplissage en attendant le nouveau numéro de Lionheart et sa clique. A une époque où le cinéma gothique tombait petit à petit en désuétude, cinq ans après La nuit des morts vivants et un an avant Massacre à la tronçonneuse, Théâtre de sang oubliait ainsi tous les excès pour revenir à une tradition louchant gentiment vers les films, si ce n’est de William Castle, en tout cas les plus bariolés de Roger Corman, où Vincent Price promenait sa moustache (ou pas) avec le même brio. D'un humour noir délicieux et d'une réjouissante inventivité meurtrière (ah, ce tribunal qui tranche dans le vif... ah ces tourtes au lourd secret...), Théâtre de sang, à l'instar de l'Abominable Dr Phibes, se pose finalement comme un prologue spirituel à la vague des films de tortures façon Saw, dont le sinistre sérieux contraste cependant avec les ambiances foraines de ces savoureux titres. L'un comme l'autre compteront d'ailleurs parmi les derniers films estampillés Vincent Price, qui quittera peu à peu les têtes d'affiche avant de rejoindre les ténèbres dans un ultime geste de désespoir. Une fin tragique, qui, si elle rappelle que l'humain est ce qu'il est, ne laisse heureusement pas oublier que dans ses bons jours, Vincent Price n'était pas le dernier pour la déconne. Une dualité qui trouva un écrin parfait dans le personnage d'Edward Lionheart, cœur de lion qui explose avec bonne humeur vers la folie la plus complète.
Lestat []

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