Une suite n'est pratiquement jamais bien vue, mais a au moins le don de surexciter les fans les plus pressants. L'annonce d'une série sur le thème se montre encore plus effrayant, après le semi-désastre de MatriX. Et pourtant, envers et contre tout, c'est ce qui est en train de tomber sèchement sur la caboche toute verte de Shrek, ce bon vieil ogre oscarisé qui nous avait tant fait rire il y a presque trois ans de cela. Quelle mouche a donc piqué Andrew Adamson, génial géniteur de la créature, pour qu'il se livre aux "malversations" hollywoodiennes les plus classiques ? Pourquoi risquer de tacher de boue un titre si plaisant en l'affublant d'une suite pas forcément nécessaire ? La réponse lui vient simplement : doubler le plaisir, objectif qui n'a pas toujours été observé dans la grande histoire des numéros 2. Car, si jusqu'à présent les "sequels" vous donnaient la chair de poule, celle de Shrek a de quoi vous faire revoir votre opinion à la hausse.
De retour de leur lune de miel, Shrek et Fiona reçoivent avec un plaisir respectif plutôt inégal une invitation chez les parents de la princesse, au royaume Fort Fort Lointain, pour la présentation au Roi du bienheureux époux. A contre-coeur, Shrek accompagne Fiona (et l'âne) au château du roi Harold et de la reine Lillian, tout deux fort intrigués par le côté très... vert... de leur gendre. Si la reine prend la nouvelle du bon pied, le roi ne semble pas l'entendre de cette oreille, contraint par la Bonne Fée de faire disparaître le monstre au profit du Prince Charmant...
Vous pensiez que tous les contes s'achevaient sur un happy end et un mariage ? Alors, peut-être que Shrek n'était pas vraiment un conte. Et ça se passe comment à partir de là ? Présentation des parents ? Nice idea, bonne occasion de remettre le couvert, mais attention à ne pas déraper. Pour se faire, une seule solution : garder la recette qui marche, tout en l'améliorant. Pas si simple, assurément, mais à en voir le résultat, on se demande comment tellement de suites peuvent se vautrer.
Premier point : les personnages. Important de garder les principaux, tout en y greffant un certain nombre de nouveaux visages capables de leur tenir tête. Shrek et Fiona de retour, évidemment, jouant nettement plus sur le côté sentimental que par le passé (l'aspect dégoûtant de l'ogre étant, lui, nettement plus négligé) ; l'âne dans le "rôle de l'animal parlant qui horripile", un peu moins "horripilant" justement mais toujours aussi fendard ; les petits secondaires : Pinocchio, les trois petits cochons, le grand méchant loup, etc. De côté des nouveaux : le Chat Potté, hilarant petit chaton mignon tout plein, ersatz miniature du Zorro de Banderas (qui y colle d'ailleurs sa voix en VO) ; la Marraine Bonne Fée, magicienne manipulatrice à la voix de velours, et son fils le Prince Charmant, beau gosse un peu pubère mal embouché ; et un nouveau lot de secondaires, incluant les parents, l'affreuse belle-soeur, etc. Au diapason, l'équipe joue un jeu plutôt agressif et cumule les bons mots et les situations cocasses, sans jamais tomber dans la redite, un véritable exploit qui souffre tout de même de longueurs, principalement dans le centre du récit (le sentimentalisme des tourtereaux un peu trop mis en avant).
Deuxième point : L'univers. Ou le dépaysement sans trop dépayser. Nouvel environnement, le royaume de Fort Fort Lointain, sorte de Los Angeles pour VIP des contes de fées. Avec, bien sûr, les festivités de série : Mariage à la cannoise, superbes propriétés (cendrillon et Blanche Neige dans de luxueux pavillons hollywoodiens, la classe), et multiples clins d'oeils cinématographiques de rigueur. Insolence et satire sont les maîtres mots ici, critiquant acidulement le paraître, prônant la tolérance, et tout ça sans jamais avoir l'air de prêcher, roulant le message dans une gourmandise stylistique délicieuse qui aurait très bien pu faire l'affaire, seule. Tout de moins, pour les petits.
Troisième point : la musique, argument de poids dans le succès du premier Shrek. Peut-être moins présente, la BO du 2 rayonne tout de même à deux reprises, pour une ré-interprétation de Holding Out For A Hero par la Bonne fée (la grande scène d'action du film superbement rythmée), et un final explosif sur Livin' La Vida Loca. Dans l'ensemble, que du bon.
Shrek 2 concilie satire, émerveillement, parodie, technique, et humour désopilant, une recette pourtant simple mais trop souvent ignorée. Peut-être que le génie de Adamson y est pour quelque chose... Quoiqu'il en soit, les fans de la première heure ne seront pas déçus, et les nouveaux curieux devraient rapidement accrocher à Shrek et sa clique, pliés en deux par leurs nouvelles aventures encore plus trépidantes. Les préférences iront peut-être au premier, pour l'effet de surprise et son côté peut-être plus pêchu... Ou bien ce sera le second, pour ses ressorts d'inventivité et ses nouveaux personnages... Oh et puis zut, Shrek 1 et Shrek 2, deux totales réussites à voir et à revoir, en attendant le troisième et le quatrième déjà en chantier (prions pour que la magie de la Bonne Fée soit toujours valide !).
Nicolas []

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