« Bienvenue ici bas, mes chers frères et soeurs, bienvenue dans mon humble demeure. N'ayez crainte, vous êtes ici en sécurité, personne ne vous fera de mal... Gwaha hahahah... Veuillez m'excusez... Un moment d'égarement, je... Hum, voulez-vous que je vous raconte une histoire.. ? Bien, je vous la raconte quand même, c'est une petite histoire d'épouvante... Celle d'une cassette vidéo qui tue des gens... » (cette intro a été nominée au festival de l'intro fantastique de Gerardmer).
Véritable phénomène de société au Japon en 1998, Ringu ne connaîtra qu'une attention modeste lors de sa sortie en France en 2001. Réalisé par Hideo Nakata deux années auparavant, cet icône du film d'épouvante trouve son inspiration dans un best-seller également japonais, "Ringu" de Koji Suzuki, premier volet d'une trilogie à succès (« Rasen » en 1995, et « Loop » en 1998). Le deuxième épisode, "Rasen" donc, fut tourné puis renié pour laisser place à une suite censée plus fidèle à l'histoire originelle, Ring 2 (tournée en 1998). Enfin, mode oblige, une prequel expliquant le pourquoi du comment du quand, Ring 0 (2000), donnera aux spectateurs les quelques clés qui manquaient pour comprendre les sources de la malédiction.
2002, Gore Verbinski (Le Mexicain, La Machine à Explorer le Temps) réalise pour le compte de Dreamworks le remake occidental de Ringu, The Ring. L'utilité d'un tel remake, pas très évidente, trouve pourtant quelques avantages dans les aspects techniques de l'oeuvre, le scénario restant pieusement attaché au livre originel. Alors, Ringu, The Ring, même combat.. ?
Quelques jours après le décès de sa nièce, retrouvée dans des circonstances atroces, une jeune journaliste décide d'enquêter sur une mystérieuse cassette vidéo, qui tue implacablement sept jours après avoir été regardée. Poussée par la curiosité, elle ne peut s'empêcher de visionner la vidéo, qui lui révèle alors son étrange pouvoir. Aidée par son ex-mari, elle a maintenant sept jours pour enrayer la malédiction.
Si l'on excepte le fait que le premier met en scène des japonais(es), et que le deuxième se complait dans les blond(e)s aux yeux bleus, Ringu et The Ring creusent le fossé principalement dans leurs styles.
Ringu adopte nettement un détachement vis à vis de l'horreur visuelle, préfèrant la suggérer plutôt que la montrer. Pas de sang, pas de maquillage abominable. Des cadavres, il y en a certes, mais dégagent une terreur innommable seulement par l'expression terrifiée de leur visage. L'angoisse, Nakata la nourrit au moyen d'une lenteur presque palpable, cultivant les scènes peu actives, cherchant régulièrement le déséquilibre dans l'axe de sa caméra. Une simplicité qui se retrouve jusque dans les personnages, relativement superficiels et parfois bizarrement peu expressifs.
The Ring pose un regard plus "américain" sur l'oeuvre de Suzuki. Pour Verbinski, l'horreur passe par le contact visuel et la compréhension du sujet. Les simples cadavres horrifiés deviennent de monstrueux adolescents mutilés, les condamnés subissent d'étranges visions paranormales, et l'horrible petite fille aux cheveux longs se voit enfin doté d'un visage. En soit, l'idée est louable puisqu'elle apporte un certain rythme à l'histoire, et surtout dévoile quelques aspects nébuleux du film de Nakata et facilite donc la compréhension. Remake oblige, Verbinski emprunte volontiers certains plans et effets du Ringu originel, tout en l'habillant à sa convenance.
Pour l'histoire, les deux films se rejoignent dans le fond, mis à part quelques détails. Verbinski expédie plus volontiers des scènes que Nakata croit devoir développer et étirer. Inversement, Ringu s'attache constamment à l'histoire, alors que The Ring ne recherche parfois qu'un moyen de poster une effet visuel. Procédé qui transforme l'enfant en doublure du Haley Joel Osment de Sixième Sens, et qui entraîne la naissance de certaines scènes puissantes illuminant un peu les aspects sombres de l'intrigue. Les deux scénarios divergent également sur certains personnages, mais aussi et surtout sur la vidéo maudite, malgré certains plans très proches. De fait, l'enquête ne se déroulera pas exactement de la même façon, même si à l'aboutissement cela ne change pas grand chose au récit.
Ringu est plus effrayant, de par sa simplicité et sa stylisation, mais pêche d'un évident manque de rythme ; Et The Ring propose une version moins lente, plus visuelle et compréhensible, mais perd un perd un peu de l'intensité du récit de l'original. Alors, entre les deux, tout n'est que question de goût, dans les deux cas, le résultat est à la hauteur de ce qu'on peut en attendre.
Nicolas []

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