Veeze, non loin d'Amsterdam. Hans Van Harning se rend chez le sculpteur Whal, à l'occasion du centenaire d'un célèbre carillon, envoyé par son éditeur qui souhaite en relater l'histoire en monographie. Reclus dans un vieux moulin reconverti en macabre musée de cire, Whal vit avec le Dr Bolem et sa fille Elfie, jeune femme superbe atteinte d'une maladie inconnue. Un soir, Elfie fait des avances à Hans avant de s'effondrer, morte. Lorsque Hans la reverra peu de temps après en parfaite santé, il croit devenir fou. Ce n'est pas le dernier des secrets que cache ce mystérieux moulin...
Giorgio Ferroni fait partie de cette vague de réalisateurs qui dans les tourbillons de Cinecitta profitèrent des divers effets de mode pour se faire un nom. Responsable d'environ 37 films, il se distingue dans le Péplum et dans le Western où il fut d'ailleurs, tout comme Sergio Leone, l'un des précurseurs du western-spaghetti avec le Dollar Troué. Sorti en 1960, Le Moulin des Supplices, son premier véritable succès, profite bien sur du sillage du Masque du Démon de Mario Bava sorti la même année, qui lance l'Italie dans le fantastique gothique et permet à une poignée de cinéastes de s'y essayer, le temps de quelques classiques. Des artisans dont certains au final surpassèrent même Bava sur son propre terrain tout en restant dans l'ombre du Maître. On pensera ici à Antonio Margheriti et à sa sympathique trilogie (Danse Macabre, la Vierge de Nuremberg, la Sorcière Sanglante). Tout comme Margheriti, à la base technicien des effets spéciaux, Ferroni n'est pas un réalisateur pur souche. Au préalable "simple" documentaliste, bien que particulièrement réputé, il entre dans le cinéma autour des années 40 et au genre qui nous intéresses aujourd'hui, il n'aura apporté que deux contributions : le Moulin des Supplices donc, production franco-italienne originalement appelé le Moulin aux Femmes de Pierres, et la Nuit des Démons en 1972, pour beaucoup son chef d'oeuvre.
Le fantastique gothique, qu'il soit littéraire ou cinématographique, est un genre assez codifié où l'on retrouve facilement les mêmes éléments. Un petit village perdu dans la brume, où des autochtones au vin facile ont une frousse bleu du vieux château qui surplombe la colline. Château qui se doit d'abriter moult passages secrets, sans oublier quelques jeunes femmes à la beauté stupéfiante, qui, cloîtrées en ces lieux, sont exposées à d'indicibles menaces. Le tout entrecoupé de quelques malédictions ou vielles histoires ancestrales, que l'on aime à raconter dans une petite auberge où les anciens affichent un mutisme intrigant. Vous aurez tous reconnu le canevas du film de Dracula de base et c'est autant de points que l'on retrouve chez une flopée d'auteurs et de réalisateurs. Mais ce qu'il y a de magique avec ce genre, c'est que malgré son recyclage flagrant, la sauce prend et reprend à chaque fois, car chaque réalisateur y va de sa petite touche pour sortir du lot. Dans le Moulin des Supplices, la première originalité, et non des moindres, est de situer l'action dans...un vieux moulin. Mais c'est surtout un autre aspect qui lui donne son statut de petit classique, car il y a bien un domaine où dans ce film, Ferroni se distingue : l'ambiance et l'esthétisme. Disons le, Le Moulin des Supplice, malgré son histoire bien prévisible, est sans nuls doutes l'un des plus beau film gothique existant.
Giorgio Ferroni, profitant d'un budget confortable, s'autorise pour ce film la couleur et de là, ne cessera de rendre hommage aux productions Hammer. Du générique, en lettres rouges rappelant les films de Terence Fisher aux paysages embrumés en passant par les décors riches et fournis, la filiation avec la firme anglaise se fait évidente dès les premières bobines. Mais Ferroni va également plus loin que la firme anglaise, développant un univers visuel tantôt sobre, à la limite du délavé, tantôt au contraire d'une exubérance délicieuse, où l'on peut retrouver l'influence sourde d'un autre ponte du genre, Roger Corman, qui à la même époque s'occupe à adapter Poe, voir, soyons fous, certains traits qui feront la renommée du cinéma de Dario Argento. Dans des atmosphères rougeoyantes, des dames aux charmes interdits déambulent dans des robes safrans, le sang se fait rouge en coulant sur les joues pâles ou les tenues bleuâtres et lorsque le téton de Dany Carel, summum de l'érotisme pour l'époque, dépasse délicatement de son chemisier, ce diable de Ferroni trouve le moyen de filmer tout en plan large au milieu d'une scène clé et le pauvre spectateur ne sais plus où donner de la tête. Quand au moulin du titre, il apporte la touche qui fait entrer le film dans l'immortalité. Vielles pierres aux charmes inusables, rouages compliqués, petites trappes disséminées, l'architecture si particulière de l'édifice envoie n'importe quel donjon aux oubliettes. Un décor lourd, imposant, poussiéreux, qui suinte le mystère et la nostalgie. A la fin, comme de bien entendu, le moulin brûle, entraînant le musée de cire avec lui. Sous les flammes, les visages factices se décomposent. On a presque de la peine pour ce qui était devenu un personnage à part entière. Pendant ce temps, dans l'air résonne la musique obsédante du compositeur Carlo Innocenzi. Une musique de fête foraine, à la fois joyeuse et inquiétante qui donne un aspect magnifiquement macabre à la poésie de ce Moulin des Supplices.
Certes, le Moulin des Supplices est couru d'avance sur ses composantes et fait parfois terriblement son temps. Il prend ses marques, s'attache à ses personnages et lorsque l'on conte fleurette ou que l'on disserte sur ses sentiments, c'est dans la grande tradition du théâtre, à grand renfort de tirades aux mots soigneusement choisis. Mais il faut bien ça pour rencontrer à nouveau le grand Robert Boehm, rendu célèbre par son rôle du Docteur Mabuse. Croyez-le bien, le jeu en vaut la chandelle...
A noter que le DVD Collector proposé par l'éditeur Neo Publishing renferme outre la version intégrale du film, le très rare montage italien.
Lestat []

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