Lenny est un biopic sur la vie de Leonard Alfred Schneider aka Lenny Bruce, jeune comédien irrévérencieux et réac, pionnier de la stand-up et mort de ne plus pouvoir rire vers la fin des 60's : ironique non ? Pour ceux qui ne l'ont pas connu, et ceux-ci sont nombreux chez les moins de quarante ans d'origine européenne, il s'agit d'une des légendes de la comédie américaine. C'est un peu le Coluche américain né légerement plus tôt. Ce jeune juif estampillé Brooklyn fut un des plus polémiques de tous les temps, essuyant arrestation publique sur arrestation publique pour utilisation de mots aussi moralement violents que "sex" ou "blow job". Il est également l'auteur de quelques livres tout autant polémiques tel que le célèbre How to talk dirty and influence people, une biographie parue dans un premier temps sous forme d'épisodes dans le magazine Playboy. Mais au delà de son histoire publique, qu'en est-il de l'homme ? C'est peut-être bien là l'intérêt de ce faux documentaire en noir et blanc, image d'un passé lointain et intemporel, de l'histoire d'une autre Amérique et d'un esprit libre qui y vécut et dont la voix a été entendue.
Et c'est un "grand" Dustin Hoffman qui tient dans cette fresque le rôle-titre, un drôle de personnage qu'il interprète avec une sensibilité toute aussi exceptionnelle que 
déconcertante à l'image du "grand" Leonard. Ceci étant, peut-être que l'un a déteint sur l'autre dans le processus de personnification et inversement, puisqu'on ne connaîtra jamais vraiment l'énigme derrière l'homme. Lenny commence par les débuts d'une enquête sur les tréfonds d'une personnalité méconnue de l'histoire de l'humour post-américanisme. Alors que ses proches sont interrogés sur les raisons de la fin tragique à laquelle il se mène à quarante ans, nous revenons pas à pas sur les événements qui marquèrent sa vie, difficile, touffue et joyeuse (pour la joie, voir au dessus).
Si tout commence par sa mère comme le veut la religion qui l'a nourri au sein, Lenny dépasse le stade du simple performer de bar féru de jazz qu'il fut. En effet, celui-ci ira assez loin pour se faire trop entendre, assez pour en devenir finalement bien malheureux. Et il s'agit d'un magnifique travail de reconstitution particulièrement efficace qui se déroule devant nos yeux fort intéressés par la tragédie humaine. Dustin, prend forme humaine et décompose toutes les émotions sur un visage souriant puis triste, désespéré puis fade et pourtant d'une constance incroyable. On comprend dans ses yeux émus ou absents l'état d'esprit de l'artiste maudit qui se cache dans les méandres de ce garçon prometteur puis dans ce père de famille démissionnaire et sous héroïne.
N'oublions pas de préciser qu'il s'agit d'un des rares films que Bob Fosse a réalisés. Il délaisse ici Liza Minelli après Cabaret et Liza with a « Z » pour se consacrer a un 
autre type de music hall. Pourtant plus connu en tant que chorégraphe de talent que pour ses nombreuses autres fonctions artistiques, il met en scène avec une certaine maîtrise cette vie remplie et brisée qui surfe sur les dernières vagues de la grande époque du jazz. On ressent bien évidemment la passion qui l'anime dans cette histoire, histoire découpée, recollée et mélange évident d'écriture classique, du scénario de la pièce de théâtre du même nom et des différents éléments récupérés dans les quelques biographies existantes sur Mr Bruce. Le sens du rythme n'est pourtant pas aussi efficace pendant les passages sur scène que lors des moments de comédie que ceux-ci soient tragiques ou drôles, un ensemble qui peut déconcerter sur la longueur.
Mais le sujet est peut être trop bavard pour l'exercice de style tant en ce qui concerne la vie d'un homme que les multiples sketchs repris dans le scénario et même si l'on aime, au sens large que laisse l'héritage de Lenny Bruce, et bien qu'appréciant le fait d'en apprendre plus sur ses multiples coups d'éclats et les savoureux moments d'indécence et d'anti-puritanisme non primaire qui l'ont fait devenir cette icône, il en ressort un message plus informatif que vital à travers les images qui s'impriment sur nos rétines. Si ce n'était pour la présence de Dustin Hoffman et de sa métamorphose perpétuelle au cours du film, les éclats de rires et les pleurs que déclenchent le fameux « That's obscene » de ce super-héros de l'humour désabusé et immortel deviendraient probablement bien moins tonitruants que l'original. Mais après tout il ne s'agit que d'une inspiration, celle d'une étoile à la vie longue, à l'esprit éternel, un élément important de la construction d'une Amérique post-traumatique. Elle est toutefois bien menée malgré le rythme légèrement lapidaire.
knackimax []

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