Po est un panda "normal"... noir, blanc et feignant, et portant une culotte en sac de jutte. Il travaille avec son papa qui vend des lamen dans la vallée de la paix au milieu d'une Chine fantastique à la limite du médiéval. Tandis qu'il rêve de kung fu et de gloire, son père le voit reprendre l'affaire familiale et ainsi découvrir l'ingrédient secret de la soupe secrète, transmis de génération en génération. A la suite d'une maladresse supplémentaire, l'animal sacré se retrouve choisi par le grand maître Oogway pour devenir le guerrier dragon, le seul maître qui pourra défaire le traître et surpuissant Tai Lung.
Si Kung Fu Panda est un conte à base d'animaux personnifiés ou inversement, le décalage qui nous éclate en pleine figure des les premières images en fait un bijou d'humour et de spontanéité. Pour ceux qui le découvriront en VO, un Jack Black halluciné comme à son habitude mais cadré comme jamais se permet de transposer le problème que lui pose la fierté d'être feignant et enrobé dans la peau de cet animal tacheté et mignon qui fit les beaux jours du WWF. Il en ressort une alliance des plus efficace, et ce dernier aurait tout aussi bien pu se coller un déguisement de mangeur de bambou.
Toutefois on est bel et bien dans un film d'animation, et c'est d'ailleurs la partie qui sublime l'effort humoristique. Si les personnages étaient capables de faire les pitres devant une caméra, ils le sont d'autant plus en libérant leurs corps aussi bien que leur langue.
Mais parlons maintenant de l'animation à proprement parler. Celle-ci est très recherchée et fait preuve techniquement d'une exactitude assez imparable. Les personnages sont aussi fluides que le décor est mystique et embrumé. La perspective des horizons est d'une pureté inégalée et les efforts qui sont faits dans ce sens pour rejoindre les éléments d'estampe japonaise qui sont présents dans le découpage comme des illustrations à l'ancienne dans les livres pour enfants, sont un hommage à une référence asiatique d'une très grande finesse. L'intégration de ces moments ou l'on aperçoit le soleil se lever, immobile derrière une branche de cerisier japonais ou encore la brume recouvrant la montagne majestueuse au couché du soleil, apporte une beauté certaine au travail de recherche que représente cette œuvre dessinée. L'animation pure est quant à elle particulièrement soignée et admirable. On ne note aucune tache ni faute de goût au tableau. Les couleurs sont harmonieuses et font paraître les plus vifs rouges avec sobriété.
Le début du film met d'ailleurs parfaitement à l'aise dans cette ambiance mystérieuse et drôle, comme si l'on nous invitait à ne prendre au sérieux que les formes pleines et les traits d'ombres, tandis que les clartés et les mouvements furtifs soulignent la légèreté. On s'amuse alors comme dans toutes les productions du cinéma d'arts martiaux de Hong Kong de la grande époque dont l'inspiration est plus qu'avouée. Combats avec des baguettes, entraînements forcenés et grands passages guignolesques sont presque calqués sur des films de Jackie Chan tels que Les marins des Mers de Chine ou encore La Hyène intrépide. La similitude va même jusqu'à nous offrir les éléments classiques d'un scénario typique de cette période productive du cinéma chinois. Ainsi le Panda n'est autre que l'instrument d'un destin beaucoup trop grand pour sa personne, lui simple serveur fasciné d'arts martiaux jusqu'à la rencontre avec un maître qui changera sa vie. Couplé aux bases d'un scénario occidental, le mélange s'en retrouve un peu appauvri mais sympathique tout de même. La tigresse, la mante religieuse, le serpent, le singe et la grue perdent d'ailleurs de leur pouvoir intrinsèque de grandes figures du kung fu dans cette fresque un peu trop correcte pour développer ses forces.
C'est donc un alliage réussi avec sagesse entre tradition et classicisme bon enfant que nous livrent les studios responsables de Madagascar et Shrek. Dreamworks se paye un exploit fédérateur, les publics de tous bords pouvant y trouver leur compte avec un plaisir certain. Au final, le mix est même trop retenu et quelque peu inégal, penchant un peu trop vers l'occident pour vraiment laisser une place à un chef d'œuvre. On en ressort donc impressionné, un peu ému, bluffé et heureux. Il ne nous manque plus que ce dernier ingrédient secret qui rend la vie si merveilleuse et les nouilles si délicieuses, celui qui ne se découvre qu'après l'initiation et qui reste à développer, en suspens, comme une histoire inachevée... ou achevée sur la mauvaise note, celle de trop... comme un refrain de Kung Fu Fighting.
knackimax []

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