LE FILM
Si le passé filmographique de Johnnie To reste assez souterrain pour nous autres Français, un adepte de cinéma chinois vous rétorquera pourtant que le réalisateur s'incarne comme une figure marquante du cinéma asiatique par sa virtuosité et par le léger décalage que prennent généralement ses films. Décalage, le mot se veut juste, puisque c'est par l'intermédiaire d'un polar légèrement dérangé (The Mission) que Johnnie To s'est offert un premier contact avec le public français. Aussi, personne ne pourra être montré du doigt s'il avoue ne pas connaître les visages de Wai Ka Fai (co-fondateur de la maison de production de To, et co-réalisateur dans plusieurs projets) ou de Andy Lau (chanteur, acteur, réalisateur, producteur), tous impliqués d'une manière profonde dans Fulltime Killer.
O est un tueur à gage. Aucune objection, c'est le meilleur dans sa catégorie, le plus professionnel, le plus efficace. Le plus insaisissable aussi. Tok aimerait, lui, être le numéro un. Mais son style ne plaît pas à tout le monde. Grande gueule, dispersé, démonstratif, son objectif est maintenant de montrer aux grands pontes qui, des deux assassins, est véritablement le plus efficient. C'est peut-être l'occasion pour l'inspecteur Lee, Interpol, de coincer enfin ces deux fantômes...
Imbriquer Fulltime Killer avec la catégorie polar serait une lourde responsabilité (toute proportion gardée). Car, tout comme cela a pu l'être pour The Mission, Johnny To ne souhaite pas apporter du véritable neuf ni même livrer un produit ultra-typé comme beaucoup se contentent de le faire. Fulltime Killer serait plutôt une sorte d'hommage, un grand fourre-tout ultra-référencé sur les principales figures internationales du film d'action / policier, un large rassemblement de clins d'oeil plus ou moins visibles des images marquantes de telle ou telle icône du polar. John Woo bien évidemment, largement impliqué par The Killer, mais aussi Jean-Pierre Melville, Michael Mann, Christopher Gans, Brian De Palma, j'en passe et j'en passe ! La majeure partie du temps, même pas besoin de se creuser la tête pour les identifier, le personnage de Tok viendra de lui-même vous les énoncer. « Tu me fais penser à l'actrice qui jouait dans Crying Freeman », dit-il avec tout ce qu'il faut d'assurance et de romantisme ; juste avant de se re-masquer d'un visage de Bill Clinton (Point Break) pour aller descendre quelques têtes de contrats bien juteux. Sans tout cela, avouons que le film ne serait pas un modèle d'originalité, Tok n'ayant pour seul objectif que de démonter O.
Mais, autre point jouissif, Johnnie To nage dans le polar comme Némo dans son bocal : à l'aise, Blaise (me frappez pas). Même si rien ne restera de marquant, le réalisateur enveloppe son oeuvre avec savoir-faire et maîtrise. Parfois même à outrance. Travellings ambitieux, ralentis-fusillades, quelques cadres très larges (la scène d'intro dans la gare), donnant un certain esthétisme au film, qui laissent parfois un peu perplexe. Comme l'alternance de couleurs (rouge et bleu) lorsque les deux tueurs se retrouvent devant leurs ordinateurs, et les contrastes de lumière. Une manière d'identifier les personnages par des astuces cinématographiques, malheureusement pas toujours très claires dans leur sens interne. Les distinctions s'explicitent plus nettement par le jeu des deux acteurs principaux, si proches et pourtant si opposés. Froid et méthodique pour Sorimachi (impeccable), exalté et dérangé pour Andy Lau (parfois dans l'excès, mais foncièrement juste). Au milieu de ce duel de brutes, Kelly Lin apporte la touche féminine indispensable à ce genre de film, et peut-être du même un enjeu inavoué de la lutte que se vouent O et Tok. Un personnage charnière, un peu en déphasage de ce qui se fait habituellement, tout comme le flic borné qui se voit offrir une fin étrange et assez inattendue.
Un bon polar à deux vitesses, parfois mélodique, parfois démonstratif, qui a le mérite de sortir des sentiers battus en s'appuyant pourtant sur un nombre important de références du cinéma d'action. Malgré un certain nombre de qualités, Fulltime Killer n'atteint pas les limites transcendantales du genre et peine parfois à retenir l'attention (le dénouement a quelque chose d'énigmatique, il faut reconnaître), même si l'on est forcé de lui reconnaître un savoir-faire technique des plus aboutis.
LE DVD
En image comme en son, le plaisir sera présent. Commençons par vanter le Master qui s'avère net, lumineux, et très confortablement installé sur le DVD (puisque les bonus se retrouvent rangés sur un autre disque). Le Dolby Digital et le DTS profitent également outre mesure du support, généreux sur les basses, et un peu moins sur les déflagrations quand gunfight il y a. L'ensemble reste pourtant très correct est bien utilisé lorsqu'il s'agit de retranscrire un environnement sonore et vivant.
Petit bémol, cependant, certains sous-titres ont apparemment disparu des réglages, et se retrouvent donc absents en plein milieu de phases d'acting, accompagnés d'un petit sursaut d'étonnement puis d'énervement, le cantonais ne figurant pas sur mon CV (obligé alors de repasser en VF pour saisir le pourquoi du comment).
On notera aussi un doublage français parfois en net décalage avec le sens étalé dans les sous-titres, plus simpliste dans sa manière d'aborder les choses.
LES BONUS
- Making-of (25 mn environ)
Un montage promotionnel, survolant par quelques interviews et prises hors-champ les aspects plus subtils du film, tel que le lien et la difficulté d'adaptation du roman, ou encore l'ambiguïté de certaines relations des personnages. Sympathique, mais pas indispensable.
- Tournages (23 mn environ)
Un « petit » pot-pourri de scènes prises hors champ, ratés en tout genre, difficultés d'adaptation à la langue pour certains acteurs, et autres détails assez frappants (l'acteur Andy Lau qui accepte véritablement de se faire frôler les narines par un train), tout cela sans artifice ni montage esthétique. Seulement les scènes mises bout à bout. Certaines sont véritablement intéressantes, d'autres beaucoup moins (car très longues).
- Interviews (40 mn environ)
Deux interviews de Johnny To, et une de Andy Lau, s'attardant sur tel ou tel point du film ou exposant leurs points de vue sur certains de leur choix. Ca passe par la sélection des acteurs, les démarches d'Andy Lau pour faire signer Johnny To, les relations du réalisateur avec Wai Ka Fai (et notamment un éclaircissement sur les rôles de chacun), et encore un sacré paquet de sujets. L'aspect assez dépouillé de l'ensemble peut être un peu rebutant, mais conserve un intérêt informatif pas négligeable.
CONCLUSION
Un film intéressant dans son principe, excellemment bien mené, mais de temps en temps un peu trop assoupi.
Un DVD resplendissant, aussi bien au niveau de l'image que du son, malgré un léger problème de sous-titres.
Des bonus pas dénués d'intérêt, en quantité relativement restreinte, et parfois insuffisamment mis en valeur.
Nicolas []

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