1994. Forrest Gump faisait l'unanimité aussi bien dans la critique que dans les salles, Tarantino redonnait à Travolta une image de marque, et l'exploit technique des dinosaures de Jurassic Park avait déjà été copieusement digéré. Dans ce contexte peu propice à l'excentricité, apparut un personnage maintenant familier du paysage hollywoodien : Jim Carrey, idole des enfants puis des parents (après une opération de diversification amorcée par The Truman Show), éternel clown au visage élastique méconnu alors en France bien que doté d'une certaine popularité outre-atlantique. Dans l'hexagone, sa rampe de lancement prendra la forme d'un masque verdâtre gavé de pouvoirs magiques magnifiquement porté par l'acteur aux mille visages, qui lui donnera un nom et une identité : The Mask.
2005, soit onze ans après. George Lucas s'apprête à finir définitivement (jusqu'à ce qu'il change d'avis) sa trilogie mythique portant le nom de Star Wars, Eastwood fait une razzia sur les oscars avec Million Dollar Baby, et le cinéma hurle à en perdre la voix le nom de Peter Jackson. Dans ce contexte propice à l'excentricité (car rappelons que « faire n'importe quoi » est devenu depuis le début des années 2000 une sorte de culture partagée par l'ensemble du septième art et de la télévision), fleurit un concept que nul n'espérait plus, germé de l'idée d'un cerveau embrumé dont l'intégrité mentale serait facilement remise en question dans une émission de Delarue : faire une suite, jusqu'ici tout va bien ou presque, mais en occultant volontairement ou non l'intégralité des points forts de son modèle. Culot, stupidité, ambition, démence, les mots se heurtent tels des chewing-gums coincés dans un grand distributeur...
Tim Avery (Jamie Kennedy) est un loser. Un type sympathique en apparence, un peu refoulé, coincé à longueur de journée dans un costume de tortue parfaitement hideux, et en constante dégradation professionnelle. Jusqu'au jour où il met la main sur un fabuleux masque le transformant pour un soir en dieu du dancefloor, drôle et imaginatif. Finies les inhibitions, Tim passe à l'offensive et offre à sa femme une nuit d'amour renversante, qui se traduira par la naissance neuf mois plus tard de Alvey, le rejeton. L'enfant, à moitié fils du masque et donc animé par la même folie magique, attire alors l'attention de Odin, père de Loki. Ce dernier doit à tout prix récupérer le masque, sous peine d'essuyer la colère de son paternel...
Un Mask sans Jim Carrey ? Facile à imaginer, prenez la première tête qui passe dans la rue, peignez-le en vert, coiffez-le d'une horrible moumoute plastifiée orange, et vous aurez déjà résolu le premier gros problème de VOTRE suite de The Mask. Manque de pot, pour les producteurs, pour l'acteur, pour le réalisateur, et surtout pour nous, ça tombe sur Jamie Kennedy, inénarrable second rôle des trois Scream, en aucun cas de la même pointure que Carrey. En "normal", on passe du hurlement primaire à la bataille de cheveux façon lendemain de fièvre du samedi soir ; en "vert", d'un regard complètement éteint d' "artiste" convaincu d'avoir atteint la fin de sa carrière au sourire figé d'un homme politique invité à feu Sept sur Sept. Heureusement (ou malheureusement, ou chaleureusement, ou ce que vous voulez), Tim Avery (notez la référence honteuse) n'est absolument pas le personnage principal du film. Jetez un coup d'oeil (rapide, je pense que la prolifération verdâtre peut amener un cancer des yeux) sur l'affiche, et vous constaterez que la place est largement vampirisée par le masque, normal, et un marmot un peu trop avenant. Le « fils du Mask », c'est lui, né de l'incroyable fusion entre un ovule tout ce qu'il y a de plus classique et un spermatozoïde affublé d'une tronche très flippante. Le résultat est le même que pour Obélix, les effets sont permanents. Pour faire suer le monde, et principalement son père qu'il déteste pour le fun, il va danser, il va chanter, il va se tortiller, il va tout casser, et il ne va surtout surtout surtout pas manquer de faire pipi et vomir partout (les « Golden Gags », ceux qui sont sûrs de faire mouche, diront les professionnels américains de l'humour et de l'enfance, voire de l'enfance de l'humour). Next to the kid, the dog. Même pelage que Milo, même attrait obsessionnel pour le masque, avec en sus une petite animosité pour le nouveau chouchou de la famille, juste de quoi pomper sur les récurrences des épisodes des Bip-Bip et son acolyte Coyote. En outre, seule connexion avec le film de 1994, le masque et une petite allusion au Cuban Pete de Carrey (le passage musical) exceptés. A se demander si le/les scénaristes (m'étonnerait pas qu'ils soient plusieurs, tellement le film part dans tous les sens) ont pensé à revoir ne serait-ce que la bande-annonce du premier film. La preuve en trois temps : le masque fonctionne maintenant le jour, il est une création directe de Loki, et il peut servir à diffuser une moralité. L'aspect cartoon est, lui, poussé à son maximum, parfois au delà des domaines réglementaires du bon goût, vautré dans les couleurs vives, les envolées de caméra, et les partitions anecdotiques.
Si cela ne tenait qu'à moi, je rajouterais un article à la convention de Genève pour éviter de donner de l'argent à des films sans aucune qualité, mais bien sûr, cela ne tient pas à moi. Alors contentons-nous de maudire les gens animés de bonnes intentions, enfin surtout d'intentions, qui n'hésite pas à braver le couperet sanglant de la critique au nom de l'argent, de la gloire, et d'autres aspirations moins identifiables. Le minimum, c'est à dire 1, que j'incrémente de 0.5 pour la gueule explosive du clébard et 10 secondes de voitures amusantes.
Nicolas []

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