Je dédie cette critique à mes deux tympans, perdus dans la salle 8 du Colisée de Colmar...
A la base roman de Gaston Leroux, les aventures du Fantôme de l'Opéra amoureux de la belle Christine auront connu diverses adaptations, de la version de 1925 avec le grand Lon Chaney au ratage de Dario Argento (!) en 1998, en passant par quelques dérivés que sont Phantom of Paradise de Brian De Palma ou Darkman de Sam Raimi. 2005 restera comme la date d'une des plus audacieuses des versions : la comédie musicale sur grand écran, inspirée directement d'un spectacle d'Andrew Lloyd Webber. Choix à priori étrange, mais cohérent compte tenu du sujet, profondément ancré dans l'univers de la musique et de la danse. A la caméra, Joël Schumacher qui paradoxalement aura montré avec Batman et Robin son goût pour les univers kitch et clinquants, exécrables dans le monde du Justicier de la Nuit, mais par définition parfaitement adaptés au genre traité ici. Autant dire que l'on était en droit d'attendre quelque chose de plutôt correct, d'autant que Schumacher, quand il le veut bien, peut s'avérer loin d'être mauvais faiseur (8 mm, Chute Libre pour ne citer qu'eux).
Comme dans le roman, l'intrigue nous envoie au XIXème siècle où Christine Daae, une danseuse propulsée soprano triomphe sur scène, aidée en coulisse par un mystérieux homme masqué. Hélas, les choses se gâtent lorsque Raoul, le soupirant de Christine, formera le troisième angle de ce qui deviendra un triangle amoureux. Vous l'aurez compris, en soi même, l'histoire du Fantôme de l'Opéra aura toujours été moins un film d'épouvante qu'un profond drame humain et la vision de Webber/Schumacher n'entend pas changer la donne tout en s'imposant tel un spectacle un peu vieillot mais différant sensiblement du Box office actuel et des versions antérieures, à quelques clins d'oeils prêts (le masque du Fantôme notamment, qui ici reprend en partie celui de la version Universal de 43, avec Claude Rains). Seulement, alléchant sur le papier, le film se montre malheureusement victime de son ambition.
Il faut dire ce qui est, autant d'un point de vue visuel que technique, le Fantôme de l'Opéra est à ce jour l'un des meilleurs films de Joël Schumacher. Sans atteindre le niveau du Baz Luhrmann de Moulin Rouge, Schumacher gère fort bien l'aspect démesuré de son sujet, promenant sa caméra dans des décors superbes, se faufilant entre des costumes somptueux et installant une ambiance parfois très grandiloquente, souvent très gothique dans tous les cas parfaitement adaptées et réussies. Le Fantôme de l'Opéra est un personnage à l'aura quasi-unique, rares sont les réalisateurs à ne pas savoir su la capter. Le voir débouler ici, dans son grand manteau, soutenu par quelques notes soudaines d'un orgue infernal est un spectacle d'une puissance inattendue qui l'espace d'un instant fait oublier toutes perceptions de la réalité. Seulement voila, une comédie musicale ça chante et ça chante beaucoup même, c'est d'ailleurs, soyons fous, son principal intérêt. Indubitablement, le film de Schumacher était attendu au tournant sur ce point précis : trouvera-t-il l'alchimie parfaite entre narration traditionnelle et envolée lyrique ? Non, mille fois non. Musicalement, le Fantôme de l'Opéra est une vraie catastrophe, une cacophonie insupportable qui n'en finit plus de plomber dialogues et scènes. Ces chants, intégralement doublés en français (ceci explique-t-il cela ?), alignent des rimes plus pauvres les unes que les autres, des paroles bêtes à manger du foin et des vocalises qui agressent les oreilles plus qu'elles ne les flattent. De mémoire de spectateur, j'ai rarement entendu plus niais. En outre, les mélodies sont d'un simplisme affligeant, répétitives et peu soignées. Assez mal intégrés, ces passages chantés -90% du film- déboulent sans crier gare, à des moments qui appelaient pourtant plus de calme. Jamais la musique ne vient réellement soutenir les images, interagir avec celles-ci et la conséquence directe, en plus d'être un grand tort, est un résultat finalement davantage proche du Video Clip braillard que de la comédie musicale endiablée. Triste, et décevant. Et comme si Schumacher s'appliquait à se mettre des bâtons dans les roues, il fait pousser la chansonnette à un casting majoritairement insipide. Que ce soit Christine, dont les expressions faciales rappellent la tarte au flan, ou Raoul, d'une transparence rarement vue, aucuns ou presque ne parviennent à faire décoller quoi ce que soit. Dans le rôle titre, Gerard Butler, qui était le plus gros point noir de la distribution depuis sa prestation de Dracula dans Dracula 2001, est la surprise de ce film, bien que décidément sans grand charisme. Certes, il est dur de succéder à Lon Chaney, même sous un masque. Et une fois encore, merci à la VF de ne pas nous faire profiter des prouesses vocales de ce beau monde, qui à en croire le générique final, en VO, apparaissent en revanche plus que potables.
Joel Schumacher est visiblement passé à côté de son chef d'oeuvre, et une poignée de scènes à la force exemplaire nous prouve que nous aussi, nous ne sommes pas passés loin d'un film aussi original qu'envoûtant. Au final, le Fantôme de l'Opéra, c'est un peu comme Assurancetourix : quand il ne chante pas, c'est un film très plaisant. On retiendra un pendu qui tombe au milieu d'un ballet, scène cruelle mais délicieuse, un très beau duel dans un cimetière enneigé, des décors magnifiques et ce thème à l'orgue qui ne manque pas de donner le frisson. Et malgré tout, l'audace d'un metteur en scène qui n'a pas su transfigurer ses partis pris. Tant pis pour lui, tant pis pour nous. Et l'un dans l'autre, tant mieux pour Warner qui n'aura en revanche aucun mal à sortir cette BO si facile à retenir et à chanter sur CD...
Lestat []

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