Il y a des films qui sont maudits dès leur premiers tours de manivelles, et l'Exorciste : Au Commencement en est un. Soumis à des problèmes de productions abracadabrantesques, à des évictions douteuses, à un casting incongru et à des récritures forcenées, ce qui était pensé comme une préquelle de l'Exorciste ne pouvait être au final qu'un projet mort-né. Nous avons ainsi échappé de justesse à la présence de Billy Crawford en gamin possédé pendant que Paul Shrader, scénariste fétiche de Scorcese (excusez du peu...) se fait envoyer sur les roses. Suite à un lot de magouilles qu'il serait fastidieux de résumer ici, l'Exorciste : Au Commencement aura ironiquement marqué une première dans l'histoire du cinéma. En effet, au bout du compte, du fait de cette production insensée, ce n'est pas un, mais DEUX films qui ont été tournés, chacun ayant coûté la bagatelle de 35 millions de Dollars. L'un des films est la version originale de Paul Shrader, que l'on ne verra pas en salle mais probablement sur les futures éditions DVD (c'est le cas des futures éditions US). L'autre est la version voulue par les producteurs, tournée par une vielle connaissance, Renny Harlin, que l'on connaît plutôt au générique de film d'action tels que 58 Minutes pour Vivre ou encore Driven avec Sylvester Stallone. L'Exorciste : Au Commencement avait donc théoriquement tout pour se casser la figure et ce n'est pas les critiques toutes plus désastreuses les une que les autre qui laissaient présager du contraire. Après visionnage, il s'avère que ce film malade est moins mauvais qu'on aurait pu le penser et s'avère hautement regardable.
Certes, il ne s'agit pas de le comparer avec le film original de William Friedkin, il ne tient en aucun cas la comparaison avec celui-ci. J'ai souvent exprimé ce que je pensait de ce film, mais force est de constater que son ambiance poisseuse est incomparable, preuve en est le tétanisant prologue en Irak. Et c'est à ce prologue, justement, que cette préquelle s'intéresse. Dans l'Exorciste, de Friedkin, ainsi que dans le livre de William Peter Blatty, nous rencontrons un archéologue vieillissant, le Père Merrin, doutant de ses propres croyances, confronté au démon Pazuzu. Le prologue, précisément, nous laisse entendre que les deux n'en sont pas à leur première rencontre, preuve en est ce superbe plan où Merrin est face à une statue grimaçante de Pazuzu, le regard déterminé, sous le soleil déclinant. L'Exorciste : Au Commencement s'intéresse donc à cette première rencontre et nous emmène en Afrique, en 1949. Le Père Merrin, de part son lourd passé révélé par de subtils flashbacks, n'est déjà plus un homme de foi, préférant désormais se consacrer à ce qui est palpable. C'est envoyé sur un chantier de fouilles, où se trouverait une Eglise datant de 1500 ans avant le Christianisme, qu'il va se voir confronté à ce qu'il est commun d'appeler le Mal...
Ce résumé, les analogies de noms et les représentations du démon Pazuzu sont finalement les seuls traits d'unions entre cette préquelle et les trois films originaux. De Pazuzu il ne sera d'ailleurs jamais prononcé ni écrit le nom. En fait de préquelle à l'Exorciste, cet Exorciste : Au Commencement ressemble davantage à un Le Tombeau Vs Stigmata qu'à ce qu'on a bien voulu en faire. Un point qui symboliquement le rapproche de l'Exorciste 3 qui à la base était l'adaptation du roman Légion, de William Peter Blatty, par Blatty lui même. Blatty contraint de rajouter une scène d'exorcisme et un cureton par les vilains producteurs, afin de créer un troisième volet après l'Exorciste 2 de John Boorman. L'Exorciste : Au Commencement renvoie la même impression, celle d'un petit film d'aventure/horreur flanqué de clins d'oeil et de scènes visant à en faire un épisode de franchise. Et au final, nous voici avec une série B bien fichue, aux scènes gores bien sales, mais qui tente hélas de s'incruster dans une place qui n'est pas la sienne.
Encore une fois cinéaste davantage porté vers l'action, Renny Harlin, par définition peut être peu à l'aise dans la terreur psychologique, compense cet handicap par une ambiance poussiéreuse et surtout, une violence graphique qui ne recule devant rien. Un enfant est dévoré par des hyènes sans ellipses, une Africaine accouche d'un bébé mort couvert d'asticots, un alcoolique se fait déchiqueter, les corbeaux dévorent les cadavres, le démon provoque de belles fractures ouvertes...Des infanticides en pagaille, des jets de sang, du pus, des vers, des mouches, des sangsues, l'Exorciste : Au Commencement est un film assez répugnant, qui baigne dans un climat aride où évoluent prêtre défroqué, autochtones aux croyances ancestrales, médecin rescapée des Camps de la Mort...Encore une fois, ce n'est pas Friedkin, ce n'est pas Blatty, mais il y a un je-ne-sais-quoi qui rend tout ceci nauséabond et apporte un peu de force à ce film d'horreur en lui même assez basique. Autre point, la réalisation de Renny Harlin est énergique et s'il a tendance à être timide dans les scènes intimistes, il déploie tout son savoir faire dans l'un ou l'autre passage plus dynamique. Ainsi cette bataille très méchante qui opposera la tribu africaine en place avec des militaires anglais. Une scène de nuit, parcourue par une tempête de sable, où les mitrailleuses crachotent, les corps tombent, les crânes éclatent sous les armes de poing...un des meilleurs moments du film. Le Prologue également ne manque pas de charme, bien que pourvu d'effets trop appuyés. Jusqu'ici, l'Exorciste : Au Commencement tient assez bien la route, mais reste la fin et là, c'est un peu le drame.
En effet, c'est à la fin que l'Exorciste : Au Commencement justifie son titre et là, le film tombe quelque peu dans le ridicule, en tentant de répéter les gimmicks de ses prédécesseurs. Le Père Merrin récupère sa foi en deux minutes, balance de l'eau bénite et un sermon au visage de la belle doctoresse, possedée on ne sait trop comment, qui pour sa part lui balance des insanités trop croustillantes pour être prises au sérieux et hop, un quart d'heure plus tard, l'exorcisme est expédié. Reste que l'on évite la happy-end, ce qui est assez surprenant pour être souligné. Dommage, il y avait tant à faire et à innover. D'autant plus qu'au rayon trouille, le film est assez pauvre pour ne pas dire rachitique et ce final était l'occasion de faire monter la sauce de ce côté là. C'est également très facheux que cet exorcisme relève plus de la grosse bouffonnerie qu'autre chose. Indéniablement cette fin parfois grotesque est la plus grosse tare du film.
Voila donc pour l'Exorciste : Au Commencement, qui est contre toute attente plutôt intéressant bien que dispensable au sein même de la franchise concernée. Reste à voir la version de Shrader pour ne pas mourir idiot. En attendant, celle-ci divertit à peu de frais, on ne s'ennuie pas et pour peu que l'on ne soit pas un fan hardcore du film de Friedkin, rassasiera tout les spectateurs à la recherche d'un petit film d'horreur efficace et crado. Pas mal quand on ne partait qu'avec des inconvénients...
Lestat []

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