Vous êtes probablement comme moi : avant l'annonce du film, le nom d'Eragon et de Christopher Paolini ne vous disait sans doute pas grand-chose. Pourtant, mathématiquement parlant, difficile de passer à côté, puisque le livre a été publié dans plus de 38 pays et s'est vendu à un peu moins de trois millions d'exemplaires rien qu'en Amérique du Nord. Un conte de fées pour le jeune auteur, qui publia son premier roman Eragon à l'âge de dix neuf ans grâce au dévouement familial, et après quatre années d'écriture passionnée.
Au royaume D'alagaësia vivaient il y a quelques années encore les dragonniers, des magiciens chevaucheurs de dragons qui faisaient régner l'ordre et la justice à travers le monde. Trahis par l'un des leurs, le désormais Roi Galbatorix (John Malkovich), la caste des dragonniers est maintenant complètement anéantie. Jusqu'au jour où le jeune fermier Eragon (Ed Speleers) déniche en forêt une imposante pierre bleue, qui révèlera bientôt un petit dragon. Selon l'énigmatique Brom (Jeremy Irons), Eragon serait le dernier humain sur Alagaësia à pouvoir faire revivre l'ordre des dragonniers, et sauver le royaume du joug de Galbatorix...
Un jeune fermier orphelin blondinet élevé par son oncle devient le dernier représentant d'une lignée de justiciers ancestraux dont le seul souvenir réside désormais dans la mémoire d'un vieux membre de cette caste, aujourd'hui déchu. Si j'étais mauvaise langue, je jurerais avoir sous les yeux du Star Wars à la sauce fantasy, mais non, je ne suis pas mauvaise langue. Et puis, il y a un dragon, même qu'il a été réalisé conjointement par deux des plus fameux studios d'effets spéciaux au monde, à ma droite ILM (Star Wars), à ma gauche Weta Digital (Le Seigneur des Anneaux). Un rassemblement de types tellement compétents que lorsque le dragon nous apparaît devant les yeux pour la première fois, à l'état de bébé, on serait prêt à écrire une belle lettre au papa noël pour en avoir un sous le sapin à la fin du mois de décembre (avec, si possible, quelques rats pour le nourrir). Le problème est qu'à l'âge adulte, le bestiau atteint les neuf mètres de long, mais bon, il peut tout à fait voler et faire sa vie dans le jardin, non ? Eragon ne se prive pas d'ailleurs de mettre l'accent sur la formidable expérience du jeune chevaucheur de dragon, multipliant les scènes aériennes avec une efficacité numérique très crédible. Le dragon, considéré comme un personnage à part entière, a été peaufiné dans ses moindres détails et jusque dans ses expressions, bousculant le précédent exploit dragonnique de Coeur de Dragon grâce aux années d'expérience acquises par les animateurs.

Et c'est bien malheureusement le seul personnage qui pourra être considéré comme réellement réussi. Jeremy Irons, pourtant handicapé par sa composition du mage Profion (Donjons & Dragons, remember), tire à peu près son épingle du jeu, tout comme le pauvre Robert Carlyle coincé sous son atroce maquillage de Durza, le méchant sorcier à la dentition très approximative. Mais le choix d'Ed Speleers, acteur débutant, dans le rôle titre, a de quoi faire sursauter, tellement le jeune artiste (à peine 18 ans) ne parvient jamais à afficher une once de crédibilité dans ce monde de pointures. Quant à John Malkovitch, nous attendrons le prochain opus pour tirer des conclusions sur son interprétation du roi Galbatorix, l'essentiel de son rôle se résumant à deux ou trois phrases.
Prochain opus ? Eragon, à l'instar de beaucoup d'autres, surfe sur une mode cinématographique devenue assez rébarbative, qui consiste à tout raconter en trois épisodes. Précédé par une notoriété littéraire plus ou moins large, et par une campagne marketing assez imposante, le personnage imaginé par le jeune Christopher Paolini ne manquera donc pas de se pavaner une nouvelle fois sur grand écran, assuré d'un succès qui ne prend en compte ni ses qualités, ni ses défauts, et surtout pas la richesse de son histoire. 
L'univers semble tellement manichéen que l'on ne s'étonne même pas de voir le vilain du film s'entourer des plus hideux sous-fifres que le monde d'Alagaësia compte sur ses terres et se terrer dans une forteresse bâtie de sombres pierres. Quant aux scénarios, il plonge parfois son encre dans de célèbres histoires fantaisistes et s'inspire volontiers des succès du genre. Peu surprenant alors de voir débouler en fin de partie une immense armée galvanisée par le flamboyant discours du machiavélique Durza, prête à en découdre salement avec les hommes de la rébellion menée par Eragon et sa dragonne Saphira. Une bataille colossale qui impliquera d'importants moyens matériels et humains, voués à devenir un simple décor de fond pour un affrontement aérien pas trop mal fichu.
Et si Ed Speleers en est à sa première apparition sur écran, Stefan Fangmeier signe également sa première réalisation après avoir été longtemps cantonné aux départements des effets visuels. Quelques jolies scènes parviennent à sortir du lot, tandis que le gros de la mise en scène passe pour anecdotique. Même constat pour la musique, assez inexistante sur le terme.
Eragon se rapproche davantage de la petite construction d'édifice façon Narnia qu'au monstrueux chantier imaginé par Peter Jackson. L'histoire, peut-être davantage destinée aux plus jeunes, ne parvient presque jamais à se détacher de ses modèles même si le rythme et l'intérêt se montrent relativement présents. Merci aux géniaux animateurs de la dragonne Saphira, un amour de dragon remarquablement modélisé et animé, qui n'en finissent plus de repousser les limites de l'imaginaire.
Nicolas []

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