En d'autres temps, d'autres lieux...
Tout commence au tout début du siècle, dans les années 30. Quand Robert E. Howard se donne la mort en 1936, il laisse derrière lui deux héros qui retourneront à jamais la littérature Fantasy : Kull le conquérant et Conan le Barbare. Contemporain de Lovecraft, avec qui il entretint une correspondance régulière, on raconte que Robert Howard créa Conan dans une nuit de folie, où le Barbare musculeux lui apparut, son imposante hache luisant dans le clair de lune, et lui intima de raconter son histoire. Howard écrivit toute la nuit et le lendemain, Conan avait disparu. Mais les écrits restent...
Le culturiste qui attaqua Hollywood
Il est de bon ton pour certaines personnalités du sport ou du show business d'arpenter quelques festivals de cinéma. En 1970, un culturiste autrichien au nom 
imprononçable mais à l'accent en revanche très prononcé entre par la petite porte dans une carrière à laquelle il rêvait depuis toujours. Arnold Schwarzenegger, star du body-building sacrée Monsieur Univers à l'âge de 20 ans, se fait ainsi repérer, probablement sur les marches de Cannes. Talent encore vierge mais charisme certain, il se voit offrir le premier rôle d'un affreux nanar, Hercule à New York, grosse comédie fantastique ringarde au possible. Je l'ai vu et je ne conseille ce premier Schwarzy à personne tant le futur Terminator fait peine à voir. Des débuts particulièrement difficiles dont l'acteur a pleinement conscience : non content d'être doublé vocalement, accent autrichien oblige, le pauvre Arnold est contraint de prendre un pseudo (Strong). Qu'importe, il s'accroche et sa persévérance paye. Au début des années 80, le potentiel de l'ex-star des salles de sport n'échappe pas à un producteur, Edward Pressman, qui entend bien tailler un film entièrement à la gloire de sa plastique de roc. "Pourquoi pas Conan ?" lui suggère une petite voix...
Dès lors, le choix apparaît comme une évidence : quoi de mieux qu'une grande masse de muscles aux intonations étranges et à la mâchoire plus que carrée pour incarner un Barbare bestial des Temps reculés ?
Le projet Conan The Barbarian est né.
L'Odyssée de Conan
Tout commence pourtant bien. Le scénario échoue à Oliver Stone, tout auréolé de Platoon, qui s'empresse d'écrire une histoire en tout point conforme aux écrits d'Howard : sorcellerie, monstres, guerres... Dans l'esprit d'Oliver Stone, ce Conan n'est que le premier d'une longue saga, à la James Bond. Douze épisodes apocalyptiques dont celui-ci ne serait que le prologue.
Côté réalisation, les ennuis commencent. Alan Parker (The Wall) refuse. Ridley Scott, qui au vu de Gladiator paraissait pourtant rétrospectivement tout indiqué, décline également. Découragé, Edward Pressman et son acolyte Ed Summer profitent d'un séjour pour tout vendre au nabab Dino de Laurentiis et en finir avec cette casserole qu'est devenu Conan le Barbare. Dino de Laurentiis qui entend bien raccrocher tout les wagonnets, appelle à la rescousse John Milius, surtout connu comme scénariste de L'Inspecteur Harry. Milius accepte la réalisation et en profite pour retoucher le script d'Oliver Stone : envolés, les monstres, la magie, l'irréel... le tandem Milius / Stone accouche d'un scénario bien moins fantaisiste, renvoyant dans sa forme aux films d'action. Sur le papier, Conan le Barbare est violent et sans trop de surnaturel, de la Fantasy réaliste et dure qui tranche finalement avec la vision initiale certes d'Oliver Stone, mais aussi de Robert Howard pour qui l'univers était autant fantaisiste que son Conan cultivé. Pour Milius, Conan est un barbare au pur sens du terme : une brute qui réfléchit peu, aime les femmes et le bon vin et préfère taper avant de causer. A l'inverse, le Cimmérien du roman original est une sorte de mercenaire cultivé qui parle plusieurs langues.
Au final, Conan le Barbare est un pur film de producteur entièrement dédié à sa tête d'affiche. Le résultat aurait pu être innommable. Sauf que John Milius met les petits plats dans les grands : il confie la musique au grand Basil Poledouris et surtout, le design à l'artiste Ron Cobb. Dès lors ce sont d'impressionnants décors, des armures, des armes, des architectures sorties de l'atmosphère orientale ou scandinave qui viennent compléter l'univers de Conan, au point que désormais, Conan le Barbare a deux images immédiates : d'une part ses célèbres représentations du peintre Franz Frazzeta et d'autre part, l'esthétique du film de Milius.
Lors de son avant-première, Conan le Barbare fait salle comble. La légende est en marche.
Et le film, dans tout ça ?

Sorti en 1982, Conan le Barbare est toujours considéré comme l'un des meilleurs films d'Heroic Fantasy existant. Une réputation qui n'est pas usurpée : le film de John Milius a beau s'écarter sur la forme des écrits originaux, il n'en trouve pas moins un vaste souffle d'aventure et de dépaysement.
Conan le Barbare, c'est près de deux heures de violence, d'amitié virile, de courses éperdues à travers les steppes et d'images magnifiques. Combats, aventures, passions s'enchaînent, de l'introduction virulente, massacre entier d'un petit village à la renaissance d'un Conan esclave devenu adulte, Conan le Barbare se construit telle une dualité entre des séquences de combat brutes avec des instants bien plus intimistes qui s'enchaînent impeccablement. Un règlement de compte dans une orgie tourne à la boucherie totale, où Conan et ses compagnons démembrent et décapitent à n'en plus finir, machines à tuer impitoyables à la recherche de la vengeance. Puis le rythme s'apaise : Conan s'entraîne face à la mer, en harmonie avec les éléments, moment superbe soutenu par les accords de Poledouris. Une musique d'ailleurs quasi omniprésente : dans Conan le Barbare, les dialogues sont rares et le film prend parfois des airs d'opéra brutal et sanglant. Ce qui est rare n'est que plus précieux : Robert Howard a créé un univers mais aussi toute une mythologie où surnage le dieu du peuple de Conan, le Dieu de la Terre Crom, permettant de belles incursions métaphysiques. Il y a ainsi un passage très beau où notre Barbare converse avec son compagnon Subotai des différences entre leurs divinités respectives. Le temps et le monde n'existent plus, cette scène où Conan et Subotai discutent au coin du feu achève de transporter le spectateur dans une contrée inhospitalière mais tellement fascinante. Fascinante car totalement imprévisible, grâce à son ambiance si particulière. Si le film est loin des bastons homériques contre d'improbables mutants, version initiale d'Oliver Stone, Conan le Barbare se dote pourtant d'un bestiaire léger, assez fourni pour exister et assez peu pour parvenir à fouetter l'imaginaire, qui restera toujours le pouvoir le plus puissant. Sorcière-louve, serpent géant, quelques démons... Un univers où le fantastique surgit sans crier gare pour mieux disparaître, où finalement tout peut arriver.
Conan c'est aussi le personnage de Thulsa Doom, version Âges Sombres de Dark Vador. Un sorcier d'une race éteinte, probable descendant des Atlantes, qui avec sa secte tente de convertir tout le pays. C'est lui qui massacra la famille de Conan, il y a bien longtemps. Conan et Thulsa Doom sont ennemis et pourtant liés : comme le sorcier le laissera entendre, Conan n'aurait pu devenir Conan sans lui. C'est Thulsa Doom qui forgea Conan, lui donnant la rage de se battre, l'envoyant en esclavage où il connu les Arènes puis découvrit le monde. Le parallèle entre Star Wars et Conan le Barbare peut paraître échevelé, pourtant on trouve dans les deux oeuvres une sorte de dimension oedipienne. Anakin et Luke, liés par le sang, condamné à se battre. Thulsa Doom et Conan, l'un devenu père spirituel de l'autre. Qu'adviendra-t-il de Conan lorsque celui-ci accomplira sa vengeance ? Un chemin qui ne sera hélas que partiellement emprunté, ce qui permet de consoler en spéculations. La fin de Conan le Barbare est un moment superbe, calme et quasi muet. Rien que la musique et la beauté des images, où Conan apparaît comme enfin apaisé. Il détruit le temple de Thulsa Doom, comme pour effacer toute trace de ce faux géniteur. Rien n'est dit, mais dans l'air plane un sentiment : celui d'une nouvelle ère qui commence...
Il y aurait beaucoup à dire sur Conan le Barbare, à commencer par son casting étrange : des culturistes danois, un culturiste autrichien, un surfeur... Mais aucune fausse note. Arnold Schwarzenegger, minéral, mutique et sauvage EST Conan. Rarement une telle harmonie avec un personnage n'aura été atteinte. L'ancien body-builder trouvait enfin un rôle qui lui ouvrirait toute les portes. Nous connaissons la suite.
Conan le Barbare est incontournable pour qui aime la Fantasy au cinéma. Un film violent mais enivrant, n'oubliant pas l'humour mais pas non plus le drame. Pensé comme une trilogie, il n'y a à ce jour que deux volets : celui-ci et Conan le Destructeur, bien moins réussi mais paradoxalement plus conforme à la vision de Robert Howard dans son aspect kitsch et ses monstres grotesques. A chacun de faire son choix.
- Pourquoi pleures-tu ?
- C'est Conan, un Cimmérien. Il ne pleurera pas, alors je pleure pour lui.
Le DVD
Finissons sur les galettes numériques. Les éditions de DVD commençant à se compter, arrêtons nous sur le petit collector vendu actuellement en promotion. Pas trop la joie, hélas. Ce qui est appelé pompeusement le making off est en fait un documentaire -passionnant certes- sur la genèse de Conan le Barbare. Les 
scènes coupées ne sont pas transcendantes, à l'exception d'une, superbe, où le vieux roi Osric, est trahi et assassiné. Le "making of" nous apprendra que cette scène pourtant importante a été complètement supprimée tant elle fut ratée, les poches à hémoglobine se montrant défectueuses. Dommage, car au final, force est de constater qu'on aura vu pire. Le commentaires audio a le mérite d'exister mais n'est pas indispensable. Quelques anecdotes intéressantes et l'occasion de constater que Schwarzy perd parfois de bonnes occasions de se taire. L'onglet "Effets spéciaux" est un peu l'arnaque de ce DVD, puisque consistant seulement à nous passer en parallèle, soit avec et sans trucages, la scène où des démons tentent d'emporter Conan ! Pas un mot sur les incrustations, le design des bestioles, les techniques employés ou le nom du stagiaire technicien... Cette coulisse détient la palme du bonus le plus inutile de l'histoire du DVD. En outre, il aurait été tellement plus intéressant de décortiquer la transformation de Thulsa Doom ou le serpent géant. Triste.
"Les archives de Conan" rétablissent en revanche fort bien la balance, en nous bombardant de peintures, dessins, simples croquis et photos de tournages. Le tout bien monté en diaporama et sur fond de Poledouris : très agréable et surtout, très beau.
Le son est bon (pour qui comme moi n'y connait pas grand chose), mais l'image granule un peu, sans que ce soit gênant pour autant. Mettons ça sur le compte du "c'est pour faire comme à l'époque". Reste le prix, tout à fait honnête compte tenu de la qualité du film. En somme une édition pas totalement bénie des dieux, mais convenable pour les bourses de tout les mortels. Et l'appel de Conan résonne : difficile d'y résister...
Par Crom.
Lestat []

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