Braveheart, le film qui résonne comme la première réalisation de Mel Gibson. Eh bien non ! Introduisons cette critique par le démenti de cette fausse vérité. Mel Gibson n'a pas commencé sa carrière de « film-maker » par Braveheart mais par The man without a face, film qui a d'ailleurs fait un bide. Cet échec n'a pas discrédité Gibson pour autant puisque l'acteur est parvenu à réaliser un second projet, nécessitant un budget plutôt considérable (la facture s'élèvera à 53 millions).
Braveheart, un blockbuster aux milliers de figurants, une machine à spectacle hollywoodienne ? Oui et non. En tout cas, pas seulement. Indéniablement, Mel Gibson s'inspire de la désormais longue histoire hollywoodienne, dont il est issu et avec laquelle il a grandit. Braveheart rappelle de grandes fresques américaines épiques et historiques, comme Spartacus de Stanley Krubrick, par exemple. Il faut se le mettre en tête une bonne fois pour toute : Braveheart est à appréhender comme un film épique, genre qui a les défauts de ses qualités. Au centre de tout, un héros, William Wallace, interprété par Mel Gibson himself. Un héros tout ce qui a de plus héroïque : grand, beau, les yeux bleus, brave, courageux... Bref, 
charismatique. William Wallace est à l'image du discours qu'il prononce devant son armée lors de la première bataille, discours qui a marqué tant il se retrouve sous diverses formes dans d'incalculables parodies. Un discours fort, libertaire, qui exhorte l'homme à trouver en lui la fierté d'exister. Mel Gibson l'a dit, sa volonté pour ce film a été de créer un héros grâce auquel les gens se sentiraient "émus et inspirés". Connaissant ce postulat de départ, inutile de partir à la recherche d'une quelconque véracité historique. Non, William Wallace n'avait certainement pas un aussi beau sourire, non, il n'était certainement pas un tendre humaniste avant l'heure, non, il n'était certainement pas un gentleman horrifié par la rapine, le viol et le meurtre.
La grandiloquence, l'émotion, l'exaltation du sentiment de liberté : toutes les composantes du film épique, qu'il faut saisir et apprécier. Braveheart excelle à l'exercice. On peut crier au secours à la vue du message véhiculé par Braveheart. On a pu lire l'extrême gauche saluer la réalisation comme un éloge du peuple en marche pour l'émancipation, contre la domination coloniale.... Comme on a vu l'extrême droite se féliciter du haut degré de patriotisme du film et de son message de lutte nationale. Une nouvelle preuve de l'étendue des perceptions humaines pour un même objet. Une chose est certaine : le message de Braveheart s'éloigne clairement de celui de The patriot qui, comme son nom l'indique, est bêtement patriotique. Avec ce film, malgré la multiplicité des sentiments abordés, c'est l'élan libertaire, largement teinté de romantisme, qui l'emporte. Un esprit marqué donc, qu'on peut associer à un sens du spectacle renouvelé, pour tenter d'expliquer le succès, tant public que critique, de Braveheart. Les scènes de bataille ont toujours marqué l'histoire du cinéma. Souvenez vous d'Alexandre Nevsky d'Einsenstein ou, plus récemment, d'Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Le champ de bataille, c'est non seulement le théâtre des émotions les plus insoutenables, mais aussi un véritable argument de spectacle, pour les films à gros budget.

On s'est habitué à voir défiler les films ne lésinant pas sur les costumes et les figurants. Là où Braveheart étonne et renouvelle complètement le genre, c'est dans la réalisation des scènes comme dans la nature des événements rapportés. La B.O. de James Horner est un véritable bijou. Très présente, la musique agit comme un métronome. Cornemuse, flûte et instruments à corde soutiennent brillamment les moments calmes et mélancoliques, les percussions massives interviennent ensuite pour tambouriner les passages d'action et de suspense. On se rappellera, à ce propos, la scène de charge de la cavalerie lourde anglaise, et ce fameux jeu de champ/contre-champ. Dans les scènes de bataille se déchaîne tout le génie créatif de Mel Gibson, aussi bon réalisateur que le personnage qu'il interprète était stratège. Les scènes de bataille sont chorégraphiées au millimètre, sans pour autant donner une quelconque impression d'esthétisme irréel. Décapités, démembrés, écrasés, éventrés, transpercés de toute part, les hommes tombent dans un énorme bain de sang, la caméra s'en retrouvant parfois même éclaboussée. Cette dureté est renforcée par le maquillage, les costumes et les décors naturels du film. Braveheart a été tourné en Irlande, dans des régions fort pluvieuses et brumeuses. Chaque acteur a été maquillé à la boue et à la crasse, et dans un souci de réalisme les dialogues ont été fortement teintés d'un accent nous plongeant dans l'écosse du 14ème siècle, un aspect qui passe forcément totalement à la trappe lorsque l'on visionne le film en VF.
Braveheart est un film mémorable, couronné de cinq Oscars dont ceux de la meilleure réalisation et du meilleur film. Un film impressionnant dont on se souvient pour son message, comme pour son esthétique et sa réalisation. On osera l'appeler, à nos risques et périls puisque la carrière du réalisateur semble loin d'être achevée, le chef d'oeuvre de Mel Gibson.
iscarioth []

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