S'attaquer à la critique de Blade Runner, c'est s'exposer à une horde de fans totalement dévoués à leur cause, un peu comme pourrait l'être un adepte de Star Wars. Oui, Blade Runner, fait partie des films dits « cultes », même s'il n'en a pas toujours été ainsi.
COURT HISTORIQUE

Même, autant le préciser d'entrée, le film s'est vu infliger une vautre dès sa sortie en 1982, aussi bien par le public que par la critique. Un comble, lorsque l'on sait que la version sortie en salles résulte d'un nombre important de problèmes révélés lors des projections tests. Jugée obscure, la vision de Ridley Scott fut remaniée, expliquée par une voix-off encombrante, et ponctuée d'un happy end que nous pouvons vômir aujourd'hui sans complexe. Les raisons de tels changements appartiennent davantage à un contexte qu'à une réalité physique, quand on y repense. Personne ne s'attendait à un tel produit d'anticipation, personne ne souhaitait se « divertir » devant un prétendu film de science fiction aux idées pessimistes et davantage porté sur la réflexion que sur l'exposition. Car Blade Runner est une transposition, une projection dans le futur des maux qui touchent notre société actuellement, un reflet un peu anticipé de l'avenir tel qu'il pourrait se présenter - l'organe vital du film de Ridley Scott grignoté pour des raisons hautement commerciales.
Ce qui nous amène en 1992. Blade Runner, presque par accident, est ramené sur le devant de la scène et subit un buzz commercial auprès d'une minorité d'adeptes de plus en plus présente. La raison ? Une copie originelle de l'oeuvre, vierge des changements post-projections test (voix-off absente, édulcoration de la violence, happy end aux oubliettes, etc), qui captive un groupe d'étudiants californiens. L'effet boule de neige s'applique, et conduit la bobine dans un cinéma de Los Angeles qui comble sa salle chaque soir, grâce au Blade Runner. Une aubaine pour la Warner, déçue par les résultats de 1982 (perte sèche de cinq millions de dollars), qui entreprend de ressortir en salle le film dans sa version non remaniée. L'idée déplait à Ridley Scott, qui affirme que la bobine est loin d'être l'originale, et propose même de fournir un montage plus proche de sa vision. La Warner refuse, même si elle opérera quelques changements mineurs à la demande de Scott. La version de 1992, baptisée « director's cut », se présente donc comme le Blade Runner le plus proche du Blade Runner de son réalisateur, même si ce dernier affirme que le film qu'il a sous les yeux en est encore bien loin.
Fin de l'histoire ? Non, bien sûr, et le DVD que nous avons entre les mains n'est que le commencement. Celui-ci accueille la version de 1992 restaurée et remastérisée, en attendant le grand Final Cut prévu pour 2007, qui marquera l'aboutissement d'une réalisation qui aura duré presque 25 ans.
BLADE RUNNER

DR.Los Angeles, 2019. L'humanité a créée le répliquant, un androïde à l'image de l'homme réduit à l'état d'esclave pour les travaux dangereux. Quatre répliquants d'un modèle sophistiqué connu sous le nom Nexus s'échappent en assassinant l'équipage d'une navette spatiale et se retrouvent dans la nature, au beau milieu de la population grouillante de Los Angeles. Rick Deckard (Harrison Ford), ancien flic de la section des Blade Runner, est rappelé dans le service actif pour isoler la menace et la détruire...
La technologie peut faire des merveilles, nous ne cesserons de le dire. Grâce à elle, et au dévouement de quantités de petites mains très besogneuses, des films affichant plus de vingt ans au compteur peuvent retrouver une seconde jeunesse et se vanter d'une image complètement restaurée. Le travail fourni pour Blade Runner est du ressort d'une certaine catégorie de qualificatifs opportuns, parmi lesquels nous n'en choisirons qu'une seul : impeccable. Il faut dire, l'ancienne édition nous renvoyait aux balbutiements du DVD : image granuleuse, compression approximative, imperfections d'images, de menus problèmes aujourd'hui balayés par le ressortie de la director's cut. Une constat 100% positif d'autant plus dommage lorsque l'on constate que le son conserve son Dolby Surrond Stéréo originel, lui aussi pourtant remanié, qui semble vouloir combler l'absence d'un Dolby Digital 5.1 pourtant attendu.
Blade Runner pourrait très bien faire office d'exemple dans une discussion sur la différence entre récit de science fiction et d'anticipation. Le premier nous amène dans le futur, au beau milieu d'un univers irréel et lointain où tout semble abusif et parfois aseptisé, tandis que le second, outre nous projeter dans l'avenir comme son prédécesseur, « fait du neuf avec du vieux ». La vision de Ridley Scott n'a rien d'une fantaisie, s'ancre dans une réalité bien palpable, où la technologie n'a pas remplacé le passé mais s'en est accommodé. L'environnement semble contemporain, familier, accentue le sentiment d'identification qui nous lie à Deckard, pourrait très bien devenir notre futur tellement celui-ci semble s'inspirer du présent.

DR.L'histoire, elle, traite d'un sujet universel qui sera toujours d'actualité, même si celui-ci fut maintes fois abordé dans divers films de plus ou moins bonne qualité. Qu'est ce qui différencie l'homme de la création ? Est-ce les sentiments ? Et si les machines commençaient, elles aussi, à « ressentir » ? Vaudraient-elles mieux qu'un humain dépourvu de sentiments ? Chaque parcelle du scénario peut alors faire l'objet d'une analyse poussée sur les tenants et aboutissants, ce dont se ne se privent pas les fans de tout poil. Il est d'ailleurs intéressant de constater à quel point les modifications effectuées sur le montage originel (de 1982 donc) rendent l'oeuvre plus aboutie, plus profonde, simplement en conservant la part de mystère du script tel qu'il fut écrit. Deckard parait ainsi plus austère, sans attache. Impossible malheureusement de lister le nombre de pistes de réflexions offerte par la director's cut sans spoiler, mais la dissertation vaudrait le coup.
CONCLUSION

Si Blade Runner accuse un peu le poids des âges, il fait encore office de modèle dans son genre. Ridley Scott maîtrise son sujet à la perfection, dépeint un Los Angeles futuriste à la fois fascinant et repoussant, lumineux et lugubre, futuriste et arriéré, tout en réalisant l'une des meilleures - voire la meilleure - adaptations d'un roman de Philip K. Dick (« Les Androides Rêvent-ils de Moutons Electriques ? »). Harrison Ford parvient avec facilité à se détacher des deux célèbres rôles (Han Solo et Indiana Jones) qui auraient pu piéger sa carrière, délivrant une composition de flic désabusé très convenable, tandis que Rutger Hauer incarne avec inspiration le répliquant Batty. Le tout, accompagné par les effets de spéciaux de Douglas Trumbull et la musique si spéciale de Vangelis, constitue l'un des plus incontournables récits d'anticipation par la noirceur de ses idées et sa problématique.
Le DVD présent annonce implicitement la couleur : une édition collector va pointer le bout de son nez. En attendant, menus fixes, absence totale de bonus, et chapitrage peu précis (deux chapitres pour une vignette).
Nicolas []

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