Difficile de croire que le baron de (ou von, ou sans particule) Münchhausen (ou Munchausen, ou Münchausen) a réellement existé un jour, tant les aventures qu'on lui prête relèvent d'une fantaisie digne d'un Jules Verne dopé au crack. Baron de Crac, c'est justement le surnom qui lui est associé en France, en raison des mensonges qui ont fait sa renommée. Le bonhomme, né en 1720 sous le nom complet de Karl Friedrich Hieronymus Freiherr (littéralement : "Homme libre", ça ne 
s'invente pas !) von Münchhausen, a su déchaîner l'imaginaire des écrivains, des illustrateurs et des cinéastes...
Dès 1785, alors que le baron est encore en vie, un livre en anglais lui est consacré par Rudolf Erich Raspe : Baron Münchhausen's Narrative of his Marvellous Travels and Campaigns in Russia ; un an plus tard, la traduction allemande de Gottfried August Bürger enrichit déjà le récit de nouvelles péripéties... Pour le lecteur, le baron de Münchausen est déjà un surhomme capable de chevaucher un boulet de canon et de se rendre sur la Lune à la manière d'un Cyrano de Bergerac (les deux hommes possèdent de nombreux points communs, jusqu'à leurs nez proéminents). La traduction française de Théophile Gautier Junior, illustrée par Gustave Doré, ajoutera une pierre supplémentaire à la légende du personnage. Une légende qui marquera si bien les esprits qu'elle donnera son nom à une maladie : le syndrome Münchausen, désigne, à partir des années 1950, une propension pathologique à mentir pour attirer l'attention sur soi.
« Mes bons hôtes, mes chers amis, modérez votre étonnement ; il n'y eut là rien que de très banal, repartit l'invité, les narines palpitantes, en clignant des yeux, qu'il avait de couleurs différentes. Écoutez plutôt ! Ledit aïeul était bien hélas le plus fieffé sac à mensonges qui fut oncques. Qui ne se souvient des douze canards qui s'enfilèrent sur sa couenne de lard ? Et du demi-cheval qui, en semblable état d'incomplétude, ne se préoccupait pas moins d'assurer sa postérité ? Et de la fourrure enragée ? Et des sons gelés dans le cor du postillon... et... et... oh !... oh ! »
Dès les années 10, le baron inspire un cinématographe pourtant débutant : Emile Cohl lui consacre un dessin animé en 1910 (Monsieur de Crac), Georges Méliès un court métrage en 1911 (Les hallucinations du baron de Munchhausen), et l'Italien Paolo Azzurri un autre en 1914 (Le avventure del Barone di Münchausen). Mais en toute logique, c'est d'Allemagne que vient la première 
1943grande adaptation des aventures rocambolesques de Munchie : en 1943, pour fêter les 25 ans de la société UFA, Goebbels décide de produire une fresque fantastique et colorée, richissime et enchanteresse. Alors oui, ce Münchhausen est un film commandité par le régime nazi. Il n'en est pas pour autant un véhicule idéologique comme pouvaient l'être les œuvres de Leni Riefenstahl ; le scénariste Erich Kästner était un auteur blacklisté, dont le nom n'apparaît finalement pas au générique, mais dont les dialogues expriment clairement un goût du libertinage et de la fantaisie qui dénonce l'air de rien les méfaits de la guerre, du pouvoir et de l'impérialisme. Quant à la vedette Hans Albers, il était connu pour avoir publiquement giflé Goebbels... Le film, sorti luxueusement en Allemagne et en France (sous le titre Les aventures fantastiques du baron Münchhausen), est une superproduction élégante et bourrée d'imagination, colorée, amusante, et souffrant simplement d'une baisse de rythme vers la fin, lors de la séquence sur la Lune. Au cœur de l'intrigue, pas de politique : il est question d'un homme à femmes, éternellement jeune et égoïste, qui finira par réaliser que son pouvoir d'immortalité a fait de lui « un demi-dieu, mais également la moitié d'un homme »... Plusieurs montages ont circulé au cours des années, le plus complet étant celui qui montre une séquence où le héros doit affronter des vêtements vivants, pistolet au poing.

1961En 1958, c'est à nouveau en Allemagne qu'émerge (fugacement) la comédie musicale Münchhausen in Afrika, mettant en scène un descendant du baron, mais le deuxième film majeur sur le sujet est tchèque : Le baron de Crac (titré Baron Prásil dans son pays) de Karel Zeman sort en 1961. Filmée dans un curieux noir et blanc colorisé, cette version aux effets spéciaux décalés s'impose comme un trésor d'inventivité et de poésie. Une œuvre qui descend directement de la Lune, comme en atteste la première séquence où un astronaute rencontre Cyrano et le baron.
En 1966, l'Allemagne tente encore une fois de se réapproprier le personnage, mais le téléfilm produit (sobrement titré Münchhausen comme en 1943) ne 
1979marque pas les esprits. En revanche, 1979 sera l'année d'un dessin animé français de Jean Image, Les fabuleuses aventures du légendaire baron de Munchausen, qui s'inspire en bonne partie des livres de Pierre-Henri Cami consacrés au baron de Crac. Le téléfilm russe sorti la même année (Tot samyy Myunkhgauzen) rejoint en revanche le rang des adaptations vite oubliées.
Une décennie plus tard, nous arrivons dans la filmographie de Terry Gilliam. Tout juste sorti d'un cauchemar appelé Brazil (et non "Prasil", mais notons la paronymie), il s'embarque en 1987 dans la réalisation des Aventures du Baron de Munchausen, qui devient un des plus gros gouffres à fric de l'histoire du cinéma. Accumulant les problèmes, Gilliam ne faillit pas pour autant à la tâche : les visuels sont somptueux, même lorsqu'ils sont bricolés à la dernière minute comme le décor de la Lune ; les acteurs sont parfaits, de John Neville dans le rôle-titre à l'ex-Monty Python Eric Idle en coureur hyperrapide, en passant par la toute jeune Uma Thurman en Vénus, Oliver Reed en Vulcain, Jonathan Pryce en fonctionnaire fourbe et Robin Williams en Roi de la Lune, remplaçant au pied levé un Sean Connery démissionnaire ; et le scénario, au-delà de son affection morbide pour le thème de la décapitation (symbolisant la séparation du corps et de l'esprit), clôt 
1988habilement la trilogie commencée par Bandits bandits et continuée par Brazil : les rêves ont été successivement victorieux des contraintes de l'enfance, de l'oppression de la société et de la Mort elle-même. La distribution du film en 1988 est sabordée par Columbia Pictures pour des raisons de politique interne, mais quatre Oscars viennent récompenser les efforts techniques : Meilleure direction artistique (Dante Ferretti), Meilleurs costumes, Meilleurs maquillages et Meilleurs effets visuels. On peut cependant reprocher au film, malgré sa patte clairement gilliamesque, d'être essentiellement une synthèse des précédentes versions : on retrouve les péripéties de celles de 1943 et 1961, les personnages secondaires du dessin animé de Jean Image, et l'imagerie est scrupuleusement reprise des dessins de Gustave Doré.
Près de 100 ans après les efforts de Cohl et Méliès, près de 30 ans après Jean Image, la France s'attaque à nouveau au mythe en 2006 : d'une part au théâtre, via la pièce de Hacid Bouabaya Les aventures extraordinaires du baron de Münchhausen (reprise en 2009) ; d'autre part en bande dessinée, avec le premier tome des extrapolations inventées par Olivier Supiot sous le titre Les aventures oubliées du baron de Münchhausen : Les Orientales. Deux autres tomes parurent en 2007 et 2008 (Les Amériques et Chinoiseries), toujours chez Vents d'ouest. Quoi qu'il arrive, poussé par les vents d'ouest, de l'est ou du nord, le baron continuera longtemps à chevaucher des boulets de canon...

Vu par Gustave Doré / vu par Terry Gilliam

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