Dernière nuit d'existence pour le Central 13. Avec le peu de personnel en faction, soit une secrétaire et un collègue au bord de la retraite, le sergent Jake Roenik s'apprête à y fêter le Nouvel An, en sachant bien que le lendemain, ils seront tous transférés au Central 21. Jamais vraiment remis d'une opération qui huit mois plus tôt tourna au carnage, Jake est devenu un officier alcoolique, refusant toute prise de décision trop importante. Il va pourtant falloir qu'il se secoue : bloqué par la neige, un convoi de prisonniers s'arrête au Central 13. Parmi eux, Marion Bishop, un criminel tueur de flic, en instance d'être jugé. Lorsqu'une bande de policiers corrompus prend d'assaut le commissariat, bien décidés à faire justice eux-mêmes, Jake et les autres n'ont d'autres choix que d'allier leurs forces avec les détenus...
Les remakes ont le vent en poupe et le Français s'exporte bien. C'est donc moyennement surpris que l'on découvre notre Jean-François Richet national, pour son premier film chez l'Oncle Sam, à la barre d'un remake d'Assaut. Ce remake, Richet l'a pourtant dans ses poches depuis 1997 pour ne le voir aboutir qu'en 2004, le temps que la conjoncture soit bonne et que maître Carpenter donne son approbation. Certains diront qu'il fallait également faire oublier Nid de Guêpes. Richet, on le connaît pour Etat des Lieux, et surtout, pour Ma 6T va Crack-er. Si ce dernier film, inutilement polémique, ne sentait quand même pas la rose, il faut reconnaître que son réalisateur sait tenir une caméra, surtout quand à l'écran éclate la violence urbaine. A priori l'homme de la situation, pour un remake qui ne se justifiait pas.
Critiquer un remake, ce n'est finalement pas une chose facile : faut-il analyser la copie par rapport à son original ou écrire par rapport au film en lui même ? Pour ce qui est du respect par rapport au modèle, ça va aller très vite : Assaut sur le Central 13 se ramasse complètement, en devenant l'antithèse même du film de Carpenter. Bruyant quand l'autre était silencieux, bavard quand l'autre était muet, développé à outrance quand l'autre était mystérieux...la liste pourrait être longue. Richet nous a fait un Assaut shooté aux stéroïdes : plus de violence, plus d'explications, des flingues plus gros, des filles plus jolies, des minijupes plus courtes, des acteurs plus connus et un rap énervé à la fin. Wouhou ! L'ennui c'est que tout ce qui faisait l'essence du film de Carpenter passe à la trappe. Les personnages deviennent caricaturaux, certains plans rappellent les couvertures des SAS et le déroulement, délicieusement simple et donc incertain dans la version d'origine, se complique inutilement et surtout maladroitement, au point qu'il en devient prévisible jusqu'au générique. Et là, hormis une poignée de crânes éclatés, il n'y a guère que le rare Ethan Hawke, un Laurence Fishburne qui retrouve grand manteau et lunettes noires avec un certain bonheur ou la prestation sexy de Drea de Matteo en secrétaire nymphomane qui apportent un peu d'intérêt là dedans. Mais Assaut de Carpenter, c'était avant tout un film qui embrassait l'héritage d'Howard Hawks et là où le film de Richet se rapproche enfin de son modèle, c'est bien sur cette voie. Pas de Hawks ici, mais quelques scènes que l'on croirait tirées de Narc (un deal de drogue aux atmosphères jaunâtres), de 58 Minutes pour Vivre (une stalactite plantée dans un oeil), du cinéma d'action hong-kongais, lorsque les personnages se braquent mutuellement, ou tout simplement de Nid de Guêpes (le look Hi-Tech des assiégeants, le contexte de fête pétaradante). Richet, déjà pas aidé de son scénariste, joue de malchance avec son film qui, tout en retrouvant volontairement ou non un peu de l'esprit du Carpenter, n'en devient également que plus conventionnel. 1-0 pour John, et ce ne sont pas quelques clins d'oeil ("t'as pas un clope ?") ou l'inversion des rôles (Bishop devient le bandit) qui changeront les choses.
Maintenant qu'il est démontré que l'original est indéboulonnable, si tant est qu'il y avait besoin de le faire, il convient également de laisser une chance à Richet et prendre son film comme il vient. Petit dernier à traverser l'Atlantique après Jeunet ou Kassovitz, ce serait mentir que de dire que Jean-François Richet manquait d'un capital de sympathie. Hélas rien à faire, on aura beau retourner le film dans tous les sens, c'est à se demander si c'est bien le même réalisateur qui huit ans plus tôt filmait une émeute viscérale avec tout ce qu'il fallait de tension et de rage. Il y a bien des passages qui ne manquent pas d'aplomb, filmés caméra à l'épaule, ou encore cette belle traque finale, mais dans l'ensemble, Assaut sur le Central 13 est assez carré voire même parfois mou, quand la caméra ne prend pas littéralement la tremblote, rendant illisible tout ce qui se passe. Projet ressassé pendant huit ans par un réalisateur au style nerveux, il est dommage de constater que le résultat manque singulièrement de tripes. Richet, bridé ? Laissons lui le bénéfice du doute. Là encore, on se consolera avec certaines tueries particulièrement nihilistes, seuls instants où Richet se déchaîne en achevant soudain des protagonistes qui, à défaut d'être essentiels, avaient tout pour subsister dans un blockbuster lambda. Autant de petits pieds de nez revanchards qui font monter la sauce et amènent un peu de piment. Dommage que ce ne soit que pour mieux retomber dans le droit chemin.
Du reste, Assaut sur le Central 13 avait à peu près tout pour un spectacle bourrin ou fun, un bon petit B régressif à la Schwarzenegger qui aurait amplement suffi. Mais même avec la meilleure volonté du monde, il n'est ni l'un, ni l'autre. Le film est assez violent, le casting aligne des tronches qui font bien plaisir (Gabriel Byrne en vilain, John Leguizamo en drogué...c'est la fête !) et d'autres moins connues mais tout aussi sympathiques (Ja Rule en petite frappe, Maria Bello en psy séduisante...), et l'ensemble est assez noir sans se sacrifier aux blagues pas drôles, mais rien à faire, Assaut sur le Central 13 ne décolle jamais. Il manque quelque chose, comme une identité propre. Sans doute que Richet s'est perdu, dans sa volonté évidente de faire dans le classique simpliste. Au delà de la copie bancale d'un classique du cinéma d'action, aussi pur que ce film est inutilement alambiqué, Assaut sur le Central 13 aurait eu davantage le calibre d'un solide direct-to-video, support où il aurait implicitement gagné quelques galons. Tant pis pour Richet, tant pis pour nous. La prochaine fois, peut être...
Lestat []

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