Cinq. La note est laconique. Antichrist de Lars Von Trier serait-il un film tout juste moyen ? Pas vraiment. Ce cinq représente en réalité le doute d'un spectateur qui ne sait pas s'il faut considérer ce film comme un chef d'oeuvre ou une bouse risible 
Sliver v2.0gonflée d'un symbolisme de façade. Il est certain qu'Antichrist n'est pas un film mou et complaisant : il marque profondément et durablement. Il est l'un de ces films qui plongent le spectateur dans un état second afin de pouvoir digérer la beauté et l'intensité du film. La première scène, intitulée Prologue, est d'ailleurs inoubliable, empreinte d'une beauté et d'un lyrisme divin : un couple partage un instant charnel et passioné dont le public ne rate rien, tandis que leur enfant bouscule trois figurines ornées des mots Pain, Grief, Despair (Douleur, Deuil, Désespoir) avant de chuter dans le vide. Cette mort va bien sûr bouleverser le couple et, en quatre chapitres aux noms de Pain, Grief, Despair et Three Beggars (Trois Mendiants), plus un épilogue, l'homme, un thérapeute joué par Willem Dafoe, va tenter de comprendre les peurs de sa femme, jouée par Charlotte Gainsbourg. Une histoire semble-t-il assez simple, portée par une photo superbe et à la signification incertaine. En vérité, on ressort d'Antichrist comme on peut ressortir d'Inland Empire de David Lynch, ou de n'importe quel Lynch d'ailleurs : complètement perdu. Comme la sensation d'avoir assisté soit à quelque chose de plus grand que le spectateur, soit à l'âme même du réalisateur.
Demandons la route au réalisateur

Promenons-nous dans les bois...Le réflexe à l'issue d'un tel film est de se ruer sur Internet pour tenter de comprendre. Lars Von Trier ne donne pas de clés pour comprendre son film : « Les images étaient composées en dehors de toute logique ou de toute réflexion dramatique. », « Le film ne contient aucun code moral particulier et possède seulement ce que d'aucuns appelleraient "le strict minimum" en termes d'intrigue », « Le scénario a été achevé et filmé sans grand enthousiasme, fait comme il l'avait été, c'est-à-dire en utilisant environ la moitié de mes capacités physiques et intellectuelles. » Autant de sentiments qui ne l'empêchent pas de voir Antichrist comme « le film le plus important de [sa] carrière ». On tente alors de comprendre le symbolisme du film : qui sont les Trois Mendiants ? D'où viennent-ils ? C'est peine perdue : ils proviennent directement des rêves et cauchemars de Von Trier. Qui est ce renard qui surgit au milieu du film pour lancer un étonnant : « Chaos reigns » ? Autant de questions qui n'auront sans doute jamais de réponse.
Même les critiques sont perdus

Une ambiance digne de Ed Wood !C'est alors que l'on se penche vers les critiques cinéma, vers les commentaires des spectateurs. Certains y voient la révélation de la misogynie de Lars Von Trier : dans Antichrist, la femme est loin d'avoir le beau rôle, la preuve est que le dernier « t » du titre a la forme du miroir de Vénus symbolisant la féminité. Pourtant, même s'il est évident que cet aspect transpire au long du film, la scène finale permet de douter de cette conclusion sans concessions. La plupart des critiques reviennent surtout sur les aspects gore et érotique de ce film interdit aux moins de 16 ans. Certains ont même parlé de torture. S'il est vrai qu'on craint à un moment qu'Antichrist prenne le même chemin final que Martyrs avec une moindre légitimité, on peut difficilement qualifier le film de gore. On peut s'étonner qu'un tel film puisse choquer autant, même si certaines scènes, sexuellement explicités ou sanglantes, ne sont pas à mettre devant tous les yeux.
Incompréhensible

La légende du cavalier sans fessesAu final, qu'en est-il d'Antichrist ? C'est un film personnel qu'il est véritablement difficile d'analyser et dont l'explication semble se cacher dans les tréfonds de l'esprit de Von Trier. Tellement personnel que la mythologie et le symbolisme q'il accompagne peuvent laisser le spectateur dubitatif, voire franchement moqueur. Et c'est là qu'est tout le drame de Antichrist : certaines scènes peuvent franchement prêter à rire (ce fameux renard qui parle ou les chutes de gland), d'autres semblent choquer pour choquer (Charlotte Gainsbourg qui se masturbe en forêt) et d'autres encore perdent le spectateur en route (la scène des Trois Mendiants).
Pour ces différentes raisons, Antichrist peut autant enthousiasmer le spectateur que l'exclure, en le prenant de haut ou en le choquant. Antichrist est en tout cas un film qui ne laisse pas indifférent, ne serait-ce que par la beauté particulière qui se dégage des images.
nazonfly []

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