"Amusez-vous à essayer de comprendre ce que je veux dire". Voici ce que semble constamment nous dire David Lynch avec son dernier film, Inland Empire. Fou, son long métrage. Barré, dingue, malade aussi. Une oeuvre où le metteur en scène est au sommet de son art, aussi bien au niveau du scénario que de la réalisation.
Parler concrètement d'Inland Empire est presque impossible (le résumé promotionnel évoque « une histoire de mystère. Au coeur de ce mystère, une femme amoureuse et en pleine tourmente »). Par contre, dire pourquoi on adore est beaucoup plus facile.
Le Lynch le plus tordu

Inland Empire navigue dans les mêmes eaux que Sailor et Lula, Twin Peaks, Lost Highway et Mulholland Drive. A savoir : de l'étrange, des mystères, secrets, événements absurdes, rêves, dédoublements de personnalité, jeux spatio-temporels, jeux fiction-réalité, etc. La panoplie de bizarreries perturbantes étant comme d'habitude au rendez-vous, Lynch aurait pu s'en contenter. Loin de ça, le sexagénaire réalise le film le plus long et le plus complexe de sa filmographie. Alors qu'il commence en suivant le récit (déjà timbré), d'un tournage de long métrage, Inland Empire devient rapidement une série de scènes apparemment sans queue ni tête, sans enchaînement logique. Pourtant, au fur et à mesure de cette avancée difficile, douloureuse et torturée, parfois longue (forcément, sur presque 3h), les pièces du puzzle s'assemblent. Bien sûr, le réalisateur prend le soin de laisser des morceaux manquants. Ou encore de nous faire perdre notre concentration en nous proposant des scènes comiques insensées (la première scène de chorégraphie collective, par exemple). Ces vides que laisse Lynch, c'est à l'imagination du spectateur de les combler. Le public sera sûrement aussi aidé par le re-visionnage du film une bonne trentaine de fois... au moins.
Une réalisation en DV surprenante

Tourné en DV, Inland Empire surprend. Pourtant, alors que ce choix apparaît parfois peu concluant dans d'autres réalisations, Lynch en tire tous les avantages, sans jamais vraiment tomber dans ses défauts. En effet, comme il joue en permanence avec les lumières, les ombres, les flous, les apparitions, les disparitions, les souillures intentionnelles de l'image ou encore les filtres, il évite que le cerveau soit choqué par un flou non voulu ou une mise ou point aléatoire, tous deux liés au type de la caméra. A la perfection, le metteur en scène pioche dans les coins et recoins des plateaux de cinéma, bâtisses ou rues pour en filmer toutes les imperfections, zones incertaines et potentiels effrayants. Un talent que l'on retrouve dans sa manière de faire parler ses personnages, même lorsqu'ils se taisent. Ainsi, fréquemment, le film fait passer ses émotions par l'ambiance inquiétante qu'il dégage. Une ambiance extrêmement oppressante qui fascine sans limite. Car Inland Empire se distingue aussi par sa force de terreur. Pour peu que l'on accepte de pénétrer dans cette aventure hallucinante qui marque indéniablement, les frissons sont légion. Lynch nous laisse rarement quelques secondes de répit pour sortir de la tension grandissante qu'il filme. De plus, comme son oeuvre est complètement déstructurée, elle peut nous surprendre à chaque instant. Par une musique stressante, un bruit percussif ou encore une scène choquante. Mais les secousses proviennent aussi de la splendeur de certaines images, de la grandeur des acteurs (Laura Dern, belle et impressionnante, pour ne citer qu'elle) et de la globalité du projet qui atteint l'âme, tout bonnement.
Un nouveau degré dans son univers

Le fan de David Lynch n'aura pas manqué de remarquer qu'il a intégré dans Inland Empire de nombreuses scènes de sa série de courts métrages Rabbits, sortis en 2002. Preuve que le réalisateur s'apprécie encore davantage dans son ensemble. En effet, comment ne pas trouver des similitudes entre tous ses films ? Son attrait pour l'érotisme par exemple, sa passion pour les artifices énigmatiques (les rideaux, une scène de spectacle...), une musique vintage tendance années 60-70, Hollywood, etc. Avec Inland Empire, Lynch montre qu'il a atteint un nouveau degré dans son univers. Un degré si élevé que l'on se demande si ce film n'est pas le plus abouti dans ses névroses. Ou bien est-ce tout l'inverse : le retour au point de départ.
Vincent.L []

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