"- AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! "
Antiquité. Le roi des Perses envoie ses bataillons à la conquête de la Grèce. Face à lui, et malgré l'avis contraire du Conseil, le roi spartiate Leonidas, accompagné des 300 guerriers de sa garde personnelle, entend bien montrer à ces hordes d'envahisseurs que l'on ne s'approprie pas la terre de ses ancêtres aussi facilement.
Lorsqu'on ne peut pas écrire l'histoire, il faut écrire la légende, disait fort à propos John Ford. Frank Miller et Zack Snyder ne pouvant réécrire la bataille des Thermopyles -profitant d'un avantage géographique, Leonidas et ses 300 soldats ont tenu quelque jours avant de se faire massacrer jusqu'au dernier-, rien ne les empêchait en revanche de réécrire la légende -les Perses se sont pris 300 Spartiates furax sur le coin de la figure et l'ont bien senti passer-. Directement adapté du comic-book éponyme, 300 ne se pose donc non pas comme un Péplum réaliste sur ce haut fait d'arme, mais plutôt comme un film de fantasy peuplé de surhommes et de créatures, où l'on croise le fer torse nu en hurlant. On ne s'en plaindra pas. En revanche, l'idée de faire un grand film épique tourné en studio sur fond bleu n'était pas des plus enthousiasmantes. Et de fait, la conception complètement artificielle de 300 se montre vite problématique lorsqu'il s'agit de faire des vues un peu plus ambitieuses qu'un corps à corps, aussi sauvage soit-il. Les vues de Sparte, ou encore le plan des guerriers de Leonidas contemplant les bateaux Perses mis à mal par une tempête montrent bien les limites actuelles de l'image de synthèse, surtout lorsqu'elle est utilisée comme "claque visuelle" ou comme substitut plutôt que comme réel outil de contribution. C'est beau, indéniablement, et même cohérent avec l'atmosphère irréelle et mythologique du film, mais 300 manque également de la vie, de la profondeur de champ, voire de l'émotion que lui aurait apporté un décor palpable. Des carences dont souffraient déjà le Sin City de Robert Rodriguez.
"- AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! "
L'Armée des Morts nous avait déjà présenté Zack Snyder comme capable de développer un univers visuel intéressant, mais au détriment de l'épaisseur de ses personnages, littéralement inexistants. Avec 300, il ne revoit sa copie qu'à grand peine : si le film bénéficie du charisme monstrueux d'une poignée d'acteurs habités par leurs rôles -dont un Gerard Butler bestial que l'on avait plus vu aussi bon depuis Attila-, il ne s'en dégage pas moins l'impression douteuse que la Bataille des Thermopyles était une escarmouche à dix contre vingt. Si Leonidas, son capitaine et quelques guerriers bénéficient d'une iconisation de tous les instants, les 295 autres Spartiates semblent n'être là que pour remplir le décor ou sont tout bonnement invisibles. Un choix difficile à comprendre, l'essence même de l'histoire des Thermopyles étant celle d'hommes soudés par des liens fraternels, pris dans un combat désespéré où protéger son partenaire a autant d'importance que de sauver sa propre vie. Il ne s'agissait bien sur pas de créer un rôle d'envergure à chacun, mais un minimum d'effet de groupe aurait été appréciable. Finissons avec les défauts en évoquant le manichéisme de l'ensemble, nécessaire étant donné la nature du récit, mais exacerbé jusqu'au ridicule (les virils et forts Spartiates contre des Perses couards et... efféminés !), la voix-off parfois plombante, sans oublier l'ombre envahissante du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, identifiable très nettement dans le look très "Orcs" des prêtres corrompus de Sparte.
"- Spartiates ! Quel est votre métier ??
- AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! "
Véritable mine de points faibles, 300 donne néanmoins le change par une excellente introduction décrivant l'enfance et l'initiation de Leonidas, l'intéressante sous-intrigue mêlant la reine de Sparte à quelques troubles politiques et bien sur, la principale raison d'être du film : les combats. Et lorsque Leonidas et ses compagnons se décident à percer du Perse piercé, 300 devient un morceau de bravoure, où Snyder se dévoile comme un cinéaste d'action très efficace. Utilisant les ralentis pour souligner la puissance de chaque coup de glaive, Zack Snyder nous livre des batailles à la fois hargneuses et très stylisées, emplies d'un esprit trompe-la-mort jouissif. Les ennemis tombent par dizaines, démembrés, étripés par des guerriers que rien ne semble pouvoir arrêter dans leur rage de combattre. Les Spartiates de 300 les voici : des balaises élevés à la dure, rompus à tout, qui avancent sans relâche pour frapper et frapper encore, riant du danger, virevoltant entre leurs adversaires en sursis. 300 devient une ode au courage, à la liberté et sacralise dans un final magnifique ces Grecs pas comme les autres qui ont préféré mourir debout que vivre à genoux. Arrivé à ce stade, on pourra toujours discuter de l'aspect un peu "aryen" de la chose, de son sous-texte convenu, du problème d'exploitation générale du bestiaire ou de la fausse barbe des Perses (qui décidément n'ont pas chance), le spectacle a été assuré avec brutalité et panache.
Si son parti-pris visuel est moins envahissant qu'un Sin City et qu'il dépasse parfaitement le stade de démo technique, 300 n'est pas vraiment le grand film qu'il voulait (pouvait ?) être. La faute à une dimension humaine mal gérée. Mais à sa manière, il contribue à construire le mythe de la bataille des Thermopyles, quelle qu'en soit la part de vérité. Ainsi, que Leonidas se rassure : ses 300 Spartiates ne seront pas oubliés.
"- AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! AOURGH ! "
Lestat []

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