Le jour d'après n'était qu'un échauffement, voici le film catastrophe qui hantait les rêves de Roland Emmerich depuis bien longtemps. Ici, nous ne parlons ni plus ni moins que de la fin du monde telle que l'ont prédite les civilisations Mayas il y a des milliers d'années, l'apocalypse prévu pour la fin de l'année 2012. D'où le titre.

Devant, t'es bien.Roland Emmerich est un cinéaste qui se répète, qui semble vouloir atteindre un but. Peut-être celui de réaliser le film catastrophe / bourrin parfait, celui qui va faire pleurer la ménagère, émerveiller l'adolescent, faire réfléchir l'adulte bien pensant ? Les connaisseurs reconnaîtront la patte lourde du réalisateur derrière le scénario, son indéfectible besoin de sauver les animaux, son habileté contestable à dresser un portrait de famille un peu décousu et peut-être un peu atypique, et surtout son inconcevable sens du spectacle. Spectacle, voilà un mot qui pourrait convenablement définir 2012 et la plupart de la filmographie du réalisateur allemand. Car si le film dure effectivement plus de 150 minutes, longueur plus ou moins facile à appréhender pour le spectateur, la constance de Emmerich à vouloir tout faire sauter en ne lésinant pas sur les moyens scotche tout le monde au siège sur toute la durée. Il y a toujours quelque chose à voir : un homme en train de faire une chute vertigineuse, un avion en train d'exploser, une ville s'engouffrant dans les entrailles de la Terre, un état entier en train de se morceller, un tsunami gigantesque avalant tout sur son chemin, un porte-avion se gauffrant sur la maison blanche, etc. 2012 est un blockbuster de luxe, une énorme pompe à fric qui en donne pour son argent, qui semble toujours vouloir aller de plus en plus loin et faire de son sujet une expérience mémorable, inoubliable visuellement. Pari gagné, on en prend plein la tronche, partagé entre l'incrédulité et la fascination face à une telle œuvre de destruction massive, survolant la réalité et atteignant les cieux de l'imaginaire.

Derrière, t'es mal.L'atterrissage est plus lourd. Car qui dit spectacle friqué dit presque automatiquement "anémie de neurones". 2012, en dehors de sa vocation de blockbuster sévèrement pourvu, ne sert en fin de compte à rien. Il ne délivre pas de message, pas de leçon, n'apporte rien au genre humain et ne cherche pas à critiquer quoi que ce soit. Le film poste pourtant quelques bases de réflexion, entrevues dans Deep Impact (qui pour sa part avait une approche plus humaine de la catastrophe naturelle à grande échelle), comme le rôle de l'argent et la problématique "qui doit être sauvé" ? Ce n'est pas rien, mais l'on reste dans les balises du genre, où l'aspect rationnel semble toujours avoir tort, au profit de l'approche humaniste. Les stérétotypes humains sont également de la partie : le crétin de politicien, le courageux président des Etats-Unis (Danny Glover et son discours), le père de famille divorcé, l'égocentrique russe milliardaire... On bouffe un peu à tous les rateliers, et personne ne nous abuse : deviner qui s'en sortira et qui ne s'en sortira pas est un jeu accessible à tous, et il est parfois étonnant de constater à quel point Emmerich n'est pas complaisant avec ses personnages secondaires, choisissant parfois la solution de facilité pour se débarasser d'une tronche un peu gênante.
Au final, hé bien, on ne s'ennuie pas. Les effets spéciaux affichent une certaine qualité, les acteurs se la jouent tranquille (bien que parfois un peu à la sur-homme), et Emmerich impose un rythme très agréable, peut-être un peu long sur le début mais qui trouve rapidement sa vitesse de destruction massive. La grandeur du spectacle visuel est à la hauteur de la crétinité du scénario et de certaines péripéties, mais au moins, nous avons vu ce que nous voulions voir : un blockbuster démesurément couteux qui sait s'offrir toutes les excentricités techniques pour capter l'attention. Emmerich a ça pour lui : la constance d'un réalisateur qui a un état d'esprit et une patte, même si les deux paraissent en fin de compte très contestable.
Nicolas []

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