6.5/10Wanted : choisis ton destin

/ Critique - écrit par riffhifi, le 19/07/2008
Notre verdict : 6.5/10 - Montagnes russes (Ecrivez votre critique)

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Timur Bekmambetov est un nom difficile à retenir. Essayons pourtant de le faire, car transformer un tel étron en divertissement jubilatoire est un tour de force qui lui ouvrira sans doute les portes du succès.

Evacuons immédiatement la question de la fidélité au comic book d'origine : les deux personnages principaux ont le même nom, et le point de départ de l'histoire présente une ressemblance. Point barre. N'espérez retrouver ni l'intrigue cynique, ni la débauche de sexe et de provocation, ni le racisme latent du héros, ni le côté scatologique, ni l'hommage à la mythologie des super-héros... S'il fallait évaluer le film sur son respect de l'œuvre d'origine, on lui mettrait un bon gros zéro et on lui demanderait de le faire signer par ses parents. Ayons donc la simplicité de le regarder pour ce qu'il est : un gros shoot ‘em up sans substance, consensuel et hollywoodien, qui donne l'occasion à un réalisateur russe de faire ses preuves chez les ricains...

Wesley Gibson (James McAvoy) est comptable dans une grosse société, où sa patronne obèse lui mène la vie dure. Il fait des crises d'anxiété et son meilleur ami saut sa copine. Jusqu'au jour où Fox (Angelina Jolie), bombasse tatouée armée de flingues démesurées, vient lui apprendre qu'il est le fils d'un assassin exceptionnel, que ce dernier vient de mourir et qu'il va falloir le remplacer. Jusqu'ici, les lecteurs
"C'est comme ça qu'on tient un flingue ?"
de la bande dessinée sont en terrain connu. Au-delà, c'est plus délicat : la Fraternité, guilde millénaire à laquelle appartiennent Fox et feu le père de Gibson, reçoit ses ordres d'assassinat d'une tapisserie, qui lui donne les noms des gens à abattre pour faire du monde un endroit meilleur. La Guilde est dirigée par Sloan (Morgan Freeman), et ses membres sont de joyeux lurons qui ont chacun leur spécialité : le couteau, la souris explosive... Tout ceci n'est évidemment qu'un prétexte à un feu d'artifice de scènes d'action.

Affligé d'un scénario crétin et prévisible jusque dans ses rebondissements les plus "audacieux", d'un casting de bons acteurs venus payer leurs impôts, et d'une bande originale qui confirme que Danny Elfman ne fait plus que s'empâter depuis quelques années, le réalisateur Timur Bekmambetov était en bien mauvaise posture pour faire des étincelles. Le fait que le film soit finalement si divertissant est donc une belle victoire à porter au crédit de ce talentueux artisan de 46 ans, remarqué par les producteurs américains avec ses films de vampires Night Watch et Day Watch. Transformant en atout la simplicité du produit qu'on lui demandait, il a pris le parti de développer avec énergie les gimmicks les plus ébouriffants, comme la balle dans laquelle les tireurs « mettent de l'effet », ou les cascades automobiles les plus insensées : Matrix et les films de super-héros sont suffisamment entrés
"Non, comme ça, avec l'air constipé."
dans les mœurs pour que le spectateur ne s'émeuve pas d'un spectacle aussi extrême, franchissant régulièrement la frontière qui sépare la vraisemblance du ridicule. Le résultat est un tour de grand huit esthétisant et soigneusement rythmé, aux scènes d'action parfaitement lisibles (Dieu sait, s'il existe et qu'il va au cinéma, que ce n'est pas toujours le cas) et au scénario idiot mais mis en scène avec sérieux (on aurait pu se manger une collection de vannes déprimantes qui pourrissent le premier degré du film).

Apprécions à sa juste valeur cette couillonnade sans épine dorsale, qui ne sert que de formulaire d'entrée à un réalisateur investi du feu sacré. Ce dernier, tel Wesley Gibson débarquant parmi les assassins, parvient à se fondre dans le moule et même à rendre le film assez furieux par moments ; désormais, il n'attend manifestement qu'une chose : se lancer dans un nouveau long métrage plus ambitieux. Espérons juste qu'il ne s'agira pas de Wanted 2, actuellement en cours d'écriture...