8.5/10Waitress

/ Critique - écrit par riffhifi, le 10/09/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Loin d’être tarte (Ecrivez votre critique)

Tags : waitress anglais serveuse restaurant francais photos collection

Loin d'être tarte

La scénariste / réalisatrice / actrice Adrienne Shelly a été tuée en novembre dernier au cours d'une bête engueulade avec un voisin au sang chaud. Elle était en train de monter Waitress, dont elle n'a jamais vu la sortie en salles ni la nomination au festival de Sundance. Elle avait quarante ans tout rond, un mari et une petite fille. Une mort d'autant plus triste que le film est loin de l'être...

Jenna (Keri Russell) est serveuse dans un diner perdu au fin fond de l'Amérique profonde. Sa spécialité : les tartes (pies) salées et sucrées qu'elle invente quotidiennement pour le plus grand bonheur des habitués. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, son monde bascule : elle qui envisageait de quitter son abruti de mari doit maintenant reconsidérer la question. La situation est d'autant plus difficile que son nouveau gynécologue est ultra-sexy et marié...

Pie ou pas pie ?
Pie ou pas pie ?
Sur le papier, pas de doute, c'est gnangnan. Objectivement, on peut même dire que le film est prévisible et qu'il met en scène une galerie de personnages ayant un fond étonnamment bon - même le mari, caricature (apparente) du crétin haïssable, semble être animé d'un amour sincère bien que désespérément mal exprimé. C'est à se demander comment une quelconque dramaturgie peut naître d'un tel vivier de gentillesse. C'est là que le scénario montre sa force : aussi bons que soient les gens, aussi accessible que puisse paraître le bonheur, il reste toujours à quelques encablures, rendu hors de portée par l'inextricable complexité des rapports humains. Comment trouve-t-on la force de quitter quelqu'un qu'on n'aime plus ? Faut-il un soutien extérieur pour le faire ? Et si ce soutien est lui-même perdu dans ses sentiments ?..

Interprété par une galerie d'acteurs parfaits, au premier rang desquels Keri Russell (vue dans la série Felicity il y a quelques années) insuffle une fraîcheur et une sincérité bouleversante, Waitress explore la totalité du spectre des émotions humaines sans déchaîner les feux de l'enfer d'une guerre sauvage, sans faire usage d'extraterrestre philosophe et sans même quitter les limites d'un Ploucville quelconque du Sud des Etats-Unis. On passe par tous les états : un rire ému et franc ici, une larme versée là, un serrement de cœur plus loin, le tout rythmé par les tartes de Jenna (la tarte « je ne veux pas ce bébé », la tarte « je hais mon mari »...).

De la même façon que les tartes sobres de l'héroïne ravissent les papilles de son entourage, rarement on aura vu un tel concentré d'émotions dans une œuvre aussi simple, rarement on aura autant ri et pleuré devant des scènes qui ne sont ni comiques ni dramatiques, mais tout simplement belles... Pour être honnête, l'auteur de ces lignes a pleuré comme un veau à la fin du film. Qu'il s'agisse ou pas d'une résurgence de problèmes personnels, Waitress est un bien beau catalyseur.