8/10La Vague

/ Critique - écrit par riffhifi, le 01/03/2009
Notre verdict : 8/10 - La vague de cerveau (Ecrivez votre critique)

Inspiré d'une histoire vraie et d'un livre américain, le film est allemand et s'emploie à démontrer comme il est facile de prendre goût au fascisme... Une petite sueur froide pertinente.

Parmi les critiques les plus vues de Krinein cinéma, on trouve depuis longtemps celle de Girls & sex, un obscur teen-movie allemand sans intérêt, ce qui en dit long sur les recherches que les internautes ont l'habitude de taper dans Google. La chose date de 2001, et nul ne s'attendait à voir son réalisateur ressurgir ailleurs que dans un énième ersatz d'American Pie 8. C'est pourtant bien le même Dennis Gansel, aujourd'hui âgé de 35 ans, qu'on retrouve aux commandes de La Vague après un film consacré au nazisme en 2004 (NaPolA, inédit en France). La jeunesse, le nazisme : les deux thèmes l'amènent naturellement à l'adaptation du livre de Todd Strasser The Wave, inspiré d'un fait réel survenu dans les années 60 aux USA.

Qu'il s'agisse du protagoniste impliqué dans l'histoire vraie (Ron Jones), de celui du livre (Ben Ross) ou de celui du film (Rainer Wenger, interprété par Jürgen Vogel), les évènements sont sensiblement les mêmes : chargé d'instruire une classe de lycéens sur le fonctionnement d'un régime autocratique, un professeur Sale Rouge !
Sale Rouge !
suggère aux élèves d'en faire eux-mêmes l'expérience. Il se positionne comme leader, leur donne les clés d'un sentiment communautaire rassurant, impose un uniforme... Et le fascisme se met à pousser sur un terrain qui se croyait à l'abri des mauvaises herbes depuis longtemps.

Si le livre s'était vu adapté dès sa sortie en 1981 sous forme d'un moyen métrage télévisé (avec Bruce Davison dans le rôle principal), la version 2008 de Gansel a l'immense mérite de transposer l'action de l'Amérique des années 60 à l'Allemagne des années 2000. L'effet n'en est que plus marquant : bassinés depuis toujours par le rappel de leur héritage nazi, les jeunes Allemands jurent bien volontiers qu'ils sont le peuple le moins susceptible de retomber dans les errances du totalitarisme. Une bonne piqûre de rappel semble nécessaire pour démontrer que nul pays n'est immunisé contre une dérive qui naît d'un mouvement sécurisant.

Agissant d'une manière comparable au personnage de Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus, le prof charismatique de La Vague joue un jeu bien plus dangereux en incitant délibérément ses élèves à se réfugier dans un système qu'il est le premier à condamner (au départ, il essaie même d'éviter la corvée d'enseigner cette matière dans son cours de politique). Inconscient des conséquences de ses actes, il oublie momentanément à quel point un lycéen peut être sensible à la dynamique de groupe, particulièrement quand il manque de repères. On notera tout de même au passage que sur le chemin qui mène à
"Est-ce que vous êtes blancs ce soir ?!
- OUIIIIIIIII !!!!!!"
l'autocratie, la première étape du changement ressemble... au système scolaire français ! Vouvoyer le professeur, l'appeler par son nom de famille, respecter une discipline scolaire stricte, tous ces paramètres que nous prenons pour acquis sont en réalité absents du système allemand, plus axé sur l'épanouissement individuel que sur l'uniformisation et la rigidité.

Porté par une mise en scène efficace qui suit sans discrimination une large palette de personnages, le film parvient à faire passer son propos sans lourdeur excessive, malgré les inévitables caricatures que constituent certains élèves (le paria, le blagueur, la princesse, le sportif...). Le final appartient clairement au domaine de la fiction, et même s'il aurait été possible de l'imaginer plus extrême, il permet de se laisser couler une bonne sueur froide le long de l'épine dorsale. Traité sur un mode suffisamment divertissant pour ne pas rendre austère son côté didactique, La Vague interroge le spectateur sur ses propres faiblesses : comment auriez-vous agi à leur âge ? comment agiriez-vous aujourd'hui ?...

La sortie du film en France s'accompagne de celle du livre de Todd Strasser (au bout de 28 ans, il était temps), ainsi que d'une bande dessinée.