8/10Rencontre avec Joe Black

/ Critique - écrit par Filipe, le 31/05/2002
Notre verdict : 8/10 - L'hommage de la mort à la vie (Ecrivez votre critique)

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L'hommage de la mort à la vie

Dans un des nombreux cafés de la ville, Susan, étudiante accomplie en médecine, en mal d'amour, rencontre un jeune homme dont l'allure et les propos ne la laissent pas insensible. Tous deux deviennent bons amis et se quittent pour la journée.

Deux jours avant son anniversaire, William Parrish est réveillé par une voix, qui lui annonce sa mort prochaine. Pendant qu'il dîne avec ses deux filles et leurs fiancés, un jeune homme se présente à la porte de leur propriété: en privé, il convainc William de passer un maximum de temps avec lui. Et quand il rencontre à nouveau Susan, l'une des deux filles Parrish, celle-ci reconnaît le romantique du café. Mais Joe Black, comme il semble devoir l'appeler, semble l'avoir oublié.

Quitte à faire une confidence, autant vous dire simplement que ce mystérieux visiteur est la mort. Sous les traits d'un séduisant jeune homme. Son identité est de toute manière rapidement dévoilée.

Rencontre avec Joe Black traite donc de la mort. Mais sans aucune connotation religieuse. Il n'est pas question de tenter d'entrevoir ce qui se cache derrière l'ultime échéance de notre vie. Il n'est pas question de réincarnation, ni de paradis. Il est seulement question de l'instant de la mort.

Chose curieuse: Rencontre avec Joe Black est également le récit en parallèle d'une passionnante histoire d'amour. Susan s'éprend d'un inconnu et Joe Black, d'une femme. Leur relation est forte et l'émotion qui s'en dégage trouble au plus haut point.

Il y a donc le personnage de la mort. Joe Black n'a ni cape noire ni faucheuse. Seulement les smokings des croque-morts. La mort est brutale à souhait, franche, sans concession dans ses propos. Elle ne connaît ni le bien ni le mal mais son autorité est incontournable. Elle est omniprésente et marche en mettant consciencieusement un pied devant l'autre. Gare aux malheureux qui croiseraient son chemin par inadvertance.

Brad Pitt est impressionnant. Hallucinant même. Son jeu d'acteur sans bavure met en avant sa décontraction dans un rôle pourtant des plus originaux. Son visage angélique ne l'empêche pas de se faire respecter lors des moments délicats. Mais quand il s'agit d'explorer la vie, les facéties de son ignorance le rendent très amusant.

Il y a le personnage de la vie. Celui qui a vécu, qui a presque tout connu. C'est William Parrish, le PDG d'une importante multinationale. Il sent la mort rôder autour de lui, ce qui l'incite à profiter au maximum des derniers moments de son existence. Rigide et pragmatique dans ses affaires, il est le père adoré de deux charmantes jeunes femmes.

L'indestructible Anthony Hopkins compose un personnage sympathique, que tout le monde voudrait rencontrer. Il se sait condamné, ce qui créé d'emblée un sentiment affectif fort entre lui et son public.

Il y a les autres personnages qui sont en rapport avec la mort. De façon plus ou moins directe. Et tous l'accueillent de façon différente. Il y a ceux qui en ont peur, ceux qui lui demandent conseil, ceux qui l'affrontent la tête haute, ceux qui ne la craignent plus depuis longtemps, et même ceux qui l'ont reconnue derrière le visage pourtant innocent de Joe Black ! Là encore les performances d'acteurs de Claire Forlani dans le rôle de Susan, de Marcia Gay Harden, de Jake Weber, de Jeffrey Tambor, sont impressionnantes. Tous ces acteurs sont vraiment les poumons de ce film. Quant au récit, son originalité et sa complexité -j'entends le soin apporté aux détails- le rendent captivant. Les décors sont... toujours appropriés. Et les musiques de Thomas Newman sont... fabuleuses. Il n'y a vraiment pas d'autre mot: Rencontre avec Joe Black satisfait tous nos sens avec grâce et subtilité.

Reste que Rencontre avec Joe Black dure 3 heures : le film souffre indéniablement de certaines longueurs. Mais il faut savoir les apprécier, ces longueurs, parce que tous les plans contribuent de loin ou de près à décrire une ambiance pour la moins originale: celle qui met en scène la rencontre de l'homme avec la plus effrayante de ses craintes originelles: la mort, pour le coup personnifiée.