4.5/10Qui perd gagne !

/ Critique - écrit par Kassad, le 24/06/2004
Notre verdict : 4.5/10 - Faites vos jeux, rien ne va plus (Ecrivez votre critique)

Tags : perd gagne citations citation chess francais proverbes

Un scénario accrocheur
Comme le proclamait une célèbre campagne de pub des années 90 : Elle a tout d'une grande ! Effectivement l'histoire qui sert de cadre à Qui perd gagne ! possède toutes les caractéristiques d'un bon blockbuster à suspens made in hollywood. Elle est simple : un professeur de mathématiques de collège prétend avoir trouvé la formule magique pour deviner les chiffres du loto. D'ailleurs pour démontrer sa théorie il gagne deux fois de suite le gros lot... Tout le petit monde du jeu de hasard, qui rappelons le est un domaine réservé de l'état, est sur la brèche. Angèle, inspecteur aux renseignements généraux n'a d'autres recours que de s'adjoindre les services de Jacques un ex-joueur professionnel doté d'une mémoire infaillible, son amant au demeurant. On le voit la trame est accrocheuse et on se prend immédiatement au jeu en se demandant : "où est le truc?". Nul doute que ce scénario franchira l'atlantique comme nombre de prédécesseurs (True Lies, Volte Face ou encore Trois hommes et un couffin) et sera adapté sauce hollywood (avec ce qu'il faut de scène d'actions et de poursuites automobiles).

Made in France
Mais pour l'instant il faut se rendre à l'évidence c'est bien un film français auquel nous avons à faire. La différence avec une production outre atlantique apparaît dès les premières scènes. Ne serait-ce que celle où l'on fait connaissance avec les deux héros. Ils sont tous les deux au lit en train de faire l'amour. Pas de pudibonderie anglo-saxonne cette fois-ci : vous savez cette fâcheuse habitude qu'on les draps de remonter sous les bras des femmes dénudées pour éviter qu'on voit leurs seins, draps qu'elles porteront enroulés autour d'elles avec une grâce et une constance défiant tout sens commun. De plus ces deux là fument, et je ne sais pas si vous avez remarqué mais ces derniers temps fumer équivaut dans le cinéma US à signer un pacte avec le diable. Bref, ça fume, ça baise et je dois dire que ça fait un bien fou de sortir de ce carcan moral d'acier que nous impose ces productions américaines bien pensantes à défaut d'être bien pensées.

L'efficacité en moins
Seulement dans ce genre de productions les américains ont un savoir faire redoutable, le don pour que le spectateur reste scotché à son siège. C'est là que subitement la comparaison devient douloureuse. Si Elsa Zylberstein en fait un peu trop, elle reste tout de même crédible dans son personnage de femme forte "qui en a". Par contre, et je ne sais pas si c'est lié à ses précédents rôles,
Thierry Lhermitte est décidément trop cabotin et donc pas crédible pour un sou pour incarner un géni du jeu forcément machiavélique. De plus ce film oscille entre plusieurs genres : le policier retors, le film humoristique et la comédie sentimentale. Cela finit par lui confèrer un manque d'homogénéité certain, et en tant que spectateur il est difficile de savoir sur quel pied danser. Ainsi le fidèle lieutenant d'Angèle aurait plus sa place dans Taxi par son aspect caricatural et involontairement humoristique. D'un autre côté les répliques chocs de Jacques auraient plus leur place dans un polar "sérieux". Le dénouement final est quant à lui un peu gaché et sent l'expédié.

Rien ne va plus
C'est donc un sentiment de gâchis qui vous reste en travers du gosier à la sortie de ce film. Le scénario pourrait servir de colonne vertébrale au polar de l'année et on se retrouve avec un film, certes plaisant à voir, qui aurait plus sa place le mercredi soir sur M6. Tout le monde n'a pas le talent de Brian Singer et c'est bien dommage. En conclusion je pense que vous pouvez avantageusement attendre la sortie en DVD pour occuper une morne soirée d'automne. Profitez donc du soleil de l'été plutôt que de vous enfermer dans une salle noire pour ça. A moins que la canicule ne vous pousse à chercher un endroit climatisé...