8.5/10Dans la peau de Jacques Chirac

/ Critique - écrit par iscarioth, le 02/06/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Plus c'est gros et mieux ça passe (Ecrivez votre critique)

Tags : chirac jacques zero karl dans film peau

« La France a besoin d'un homme de courage, de résolution ». C'était en 1981, pour la campagne présidentielle de Jacques Chirac. Une chanson écrite et chantée en son honneur, qui sonne aujourd'hui comme un monument du kitsch. Une chanson ressortie des vieux tiroirs pour faire le générique d'une fausse autobiographie de notre président, signée par Michel Royer et Karl Zéro. Dans la peau de Jacques Chirac, c'est un travail de montages d'images d'archives, des années soixante à aujourd'hui, de Pompidou à la crise du CPE. Le montage est commenté par Didier Gustin, imitant Jacques Chirac. « J'en ai fait des conneries ». Le film commence par la plus grosse, tout au moins aux yeux de Karl Zéro et des Guignols : la dissolution.


« Plize you stop naow... Bonjour ! »

Après quinze premières minutes un peu mollassonnes, le rythme du film s'accélère pour ne plus redescendre d'un cran. L'un des thèmes du film, c'est la façon dont Chirac gère son image. Le long métrage souligne ses multiples discours contradictoires, ses innombrables gaffes et hauts moments de ridicule. Dans la peau de Jacques Chirac souligne un parler et une conduite typiquement politicienne qui, incarnée par Chirac, grand débonnaire surexpressif, prête forcément à rire. Des interventions télévisées où l'on cherche l'oeil de la caméra un sourire charmeur aux lèvres, les petites phrases et slogans chocs, l'esquive de journalistes aux questions trop ardues... Bref, tout un tas de disciplines dans lesquelles Chirac excelle. Chirac, mis en image par Karl Zéro, n'est plus président, c'est un comique de haut vol, irrésistible. S'il y a bien une chose que les politiciens travaillent, c'est leur communication. Ainsi, voir et écouter certains politiciens parler peut être tout à fait risible. Ceux-ci décomposent leurs phrases et adaptent leur expression faciale en fonction de la légèreté ou de la dureté de leurs propos. En quelques secondes, on passe d'un bout de phrase à l'autre, d'une expression à l'autre, de façon quasi robotique. Loin de moi l'idée de transmettre un quelconque message politique, mais dans cet art de l'articulation et de la parade, Jacques Chirac est un véritable champion. Rajoutez à ce naturel débonnaire et gaffeur un texte écrit avec beaucoup de verve, d'humour et de pertinence par Michel Royer et Karl Zéro, et vous obtenez un film à fous rires.


Une bouffonnade qui a du fond

Même les propos les plus choquants de Jacques Chirac rapportés par le film (le fameux discours sur le bruit et l'odeur), commentés et mis en scène par Royer et Zéro, provoquent rire ou sourire. Dans la peau de Jacques Chirac n'est pas un film de dénonciation au sens strict du thème. Le but du long métrage n'est pas le discrédit construit (comme on a pu le voir avec Fahrenheit 9/11 de Moore) mais la bouffonnade. Une bouffonnade qui a tout de même un fond véritable. Par des formules ironiques ou assassines, Didier Gustin commente des images qui, avec le recul dont nous bénéficions, ont de quoi faire grincer des dents. Mais les choses s'arrêtent là, le film ne poursuit pas sur la route de l'analyse. Pendant une heure trente, de manière plutôt construite, nous nous remettons en tête et en images le parcours de Jacques Chirac. Pompidou, Valérie Giscard d'Estaing, l'opposition sous Mitterrand, l'élection de 1995, la dissolution, la réélection face à Le Pen et, finalement, les ères Raffarin, Sarkozy et Villepin. Les sujets politiques évoqués dans ce film ne prêtent pas, en eux-mêmes, à rire. Pourtant, l'hilarité est au rendez-vous. Souvenons-nous des Guignols appelant Jacques Chirac « Supermenteur », des manifestants souhaitant élire un « escroc plutôt qu'un facho » en 2002. La description qui est faite de Chirac, présenté comme un homme sans parole, dont la pensée virevolte au vent, ne sera une découverte pour personne, tant le président a déjà été mille fois moqué par le passé. Pourtant, on ne se lasse pas de revoir certaines images : les joueurs de l'équipe de France dont il ne connaît le nom, la coupe du monde qu'il confond avec celle de France, son anglais pittoresque, etc... Des images vues et revues qui, placées dans ce nouveau contexte, voient leur impact comique décuplé.


Dans la peau de Jacques Chirac est un film jubilatoire, loin de toute dénonciation politique rageuse mais pourvu d'un fond véritable, bien que peu développé. Un film fort appréciable, surtout en comparaison de l'habituelle production comique française, consensuelle, fade et sclérosée.