3/10La Passion du Christ

/ Critique - écrit par Nicolas, le 02/04/2004
Notre verdict : 3/10 - Calvaire (Ecrivez votre critique)

Calvaire

Je ne pense pas pouvoir me doter du droit d'apposer jugement ou critique sur une « histoire » aussi sacralisée que peut l'être celle du Christ, ni sur les hypothétiques aboutissements de tel ou tel comportement historique ou non. Et c'est pourquoi je ne parlerai ici de La Passion du Christ que de la façon qu'il convient au mieux de le citer ; C'est-à-dire comme un film. Car, entendons-nous bien, il ne s'agira aucunement de philosophie ou de spiritualité dans quelque forme que ce soit, mais bien de deux heures pleines et entières de tortures physiques et châtiments corporels dans leurs formes les plus éloquentes. Ce que Gibson a fait de William Wallace en un quart d'heure de la fin de Braveheart, il l'inflige à son messie en version longue et sans anesthésie. Ames sensibles, promenez votre regard ailleurs. Car violence et barbarie n'auront jamais été aussi mises en valeur qu'ici bas.
Mais l'éloge d'un tel déluge de souffrance n'en oublie-t-elle pas de se trouver un sens, une cause à défendre, un sentiment à exposer ? La Passion. La conviction du Christ en sa sainte ascendance, en son divin salut, en ses propres aspirations. Tel le mot « Liberté » hurlé du corps meurtri de Wallace sur la table de torture, Jésus endure maux et plaies sans jamais se détourner de la voie qu'il a lui-même tracée. Etait-ce donc à cela que
Mel Gibson voulait rendre hommage en s'emparant des douze dernières heures de la vie du Christ ? Ou voulait-il honorer les pieux sentiments que sont le sacrifice et le courage à travers le récit d'une souffrance sans réel fondement ?

On comprend alors aisément le vent de polémique qui précéda la sortie du film, et les nombreuses difficultés rencontrées pour y associer un distributeur. Et l'on se surprend d'autant plus des conséquences engendrées. La réactivité du public reste elle uniforme, bien qu'à plusieurs échelles. La Passion du Christ est un choc, comme pourrait l'être un massacre filmé et passé aux informations à une heure de grande écoute. Mais l'on se demande parfois si cela était sa seule vocation, ou si Gibson ne propagande pas à sa manière. Les scènes au ralenti occupent aussi une large portion du film, magnificiant le moindre trébuchement comme s'il était alourdi de tous les pêchés de la condition humaine. Et encore. Et encore.
La crucifixion, après de longues minutes d'acharnement sur un corps lacéré de toutes parts, finit de plonger la salle dans le désarroi le plus total. Des hoquets d'effroi résonnent de jeunes gorges venues trembler devant d'horrifiques scènes de violence très poussée, joyeux d'avoir les treize années nécessaires à l'obtention du ticket de cinéma ; des sanglots s'échappent des quatre coins de la salle ; d'autres se cachent les yeux pour échapper à l'image d'une douleur qu'ils sont pourtant venue voir. A peu de choses près, on se méprendrait à contempler une séance de film d'horreur qui aurait fait salle comble. Qu'auront-ils à raconter en sortant de la salle ? Le dégoût, qu'il soit positif ou négatif, qu'ils auront eu à regarder un homme endurer mille maux pour ses convictions ; la souffrance démesurée par des dizaines de millions de dollars, qui s'oublie entre les mains d'un réalisateur plus occupé à la mettre en valeur qu'à lui insuffler une quelconque étincelle d'intérêt.

Je ne considère pas avoir vu un film. Je n'ai vu que le massacre d'un être humain sur grand écran, et je n'y ai point décelé de message qui en valait la peine. Et donc pas d'intérêt. Je concède le 3/10 pour les acteurs et la caméra mielleuse de Mel Gibson, mais pour rien d'autre.