10/10Le nom de la rose

/ Critique - écrit par nazonfly, le 30/03/2010
Notre verdict : 10/10 - Eurosa (Ecrivez votre critique)

Une enquête prenante dans une atmosphère géniale avec un Sean Connery au top de sa forme. Un film magistral de bout en bout.

An de grâce 1327. Une abbaye bénédictine se découpe sur un ciel orageux, au milieu de vertes collines. Derrière ses lourds murs de pierre se cachent de terribles secrets : un meurtre vient d'être commis et, même si certains moines en appellent à l'Apocalypse, on a mandé Guillaume de Baskerville (Sean Connery), accompagné de son jeune disciple Adso de Melk (Christian Slater) pour résoudre ce mystère. L'histoire se complique d'autant plus qu'on attend la venue du légat du Pape venu débattre de la pauvreté du Christ. Dans cette ambiance de fin du monde, Le nom de la rose réussit à concilier différents niveaux de lecture : l'enquête policière se pare d'une réflexion sur la raison et la superstition religieuse, tout en dépeignant les travers de l'Eglise au Moyen Âge.

Horreur gothique et Cour des Miracles

Plus vraiment très Sean
Plus vraiment très Sean
Avec sa grandiose bâtisse, sur un éperon rocheux, ses ciels nocturnes, crépusculaires ou tempétueux, Le nom de la rose est une réussite visuelle rappelant les films d'horreurs gothiques. Comme un ancêtre mythique, l'abbaye écrase de son poids les moines et se révèle être le personnage principal, inquiétant, secret et mystique avec sa haute tour verrouillée à double tour, son inquiétant cimetière ou encore son fantasmagorique portail orné, même si ce dernier, dont la description est un des grands moments du livre original d'Umberto Eco, pâtit du passage à l'écran. Pour peupler le sombre et majestueux édifice, Jean-Jacques Annaud a fait appel à une véritable Cour des miracles, un défilé de tronches qui impriment leur faciès rebutant dans l'esprit du spectateur. Chaque personnage est un monument de laideur inoubliable : du bossu idiot à la gueule prognathe de Salvatore, joué par l'inimitable Ron Perlman au vénérable Jorge (Feodor Chaliapin Jr), vieil aveugle irascible au visage parcheminé, en passant par le bibliothécaire au profil de vautour et l'albinos adipeux qui se flagelle dans sa cellule. Autant d'injures à la Création et à la beauté qui sont contrebalancés par le visage buriné mais noble et franc de Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et la jeunesse insolente d'Adso (Christian Slater dans un de ses premiers rôles).

Huis clos et péchés capitaux

Plongée dans l'enquête
Plongée dans l'enquête
Dans cette atmosphère hostile, Guillaume de Baskerville, Sherlock Holmes franciscain, tente tant bien que mal de mener son enquête. Car il s'agit bien sûr d'une enquête sur un tueur en série sévissant dans l'abbaye, un tueur qui prend appui sur l'Apocalypse comme le tueur de Se7en utilisera, des années plus tard, les sept péchés capitaux. Chaque meurtre est, en effet, directement lié à une prophétie de l'Apocalypse : tué par la grêle ou noyé dans le sang. Le Diable habiterait-il l'abbaye ? La peur de la fin du monde semble pétrifier les moines qui, habitués du mystère et de la dissimulation, referment les portes, réelles ou non, qui auraient pu amener Guillaume de Baskerville à la vérité. L'abbaye est un huis clos physiquement mais aussi mentalement car rien ne doit filtrer en dehors de l'édifice. Et comme un certain nombre de moines semble cacher un passé ou un présent sulfureux, le spectateur en vient à soupçonner tout le monde. Et la recherche du meurtrier, et surtout de ses mobiles, n'en devient que plus intéressante.

Hérétisme chrétien et déviance morale

Le Diable est là !
Le Diable est là !
En parallèle de l'enquête policière, Le nom de la rose dépeint une Eglise médiévale en pleine tourmente. En opposition à une Eglise décadente et s'éloignant des préceptes du Christ, de nombreux courants se développent : les branches dissidentes vont rapidement se voir taxées d'hérétisme jusqu'à la création de l'Inquisition en 1199. Mais c'est en 1231 que le Pape Grégoire IX décide de la peine de mort pour les hérétiques les plus durs. Dans ce contexte troublé, Le nom de la rose oppose clairement une Eglise riche et hypocrite, celle de l'abbaye, à une Eglise se réclamant de la pauvreté. Comme un symbole de sa supériorité, l'abbaye est construite sur une masse rocheuse et surplombe un village miséreux : les ordures de l'abbaye sont des mets de choix pour ces derniers qui se battent pour obtenir les meilleurs morceaux. Cette richesse incongrue s'accompagne d'une déviance morale certaine, au moins du point de vue catholique. Tandis que les moines se montrent d'une piété certaine, l'attrait de la chair, envers le sexe opposé comme envers les jeunes moines prêts à tout pour obtenir quelques privilèges, ronge les fondations religieuses de l'abbaye comme de l'Eglise.


Grâce à un univers gothique remarquable, peuplé de personnages inquiétants aux gueules éprouvantes, Le nom de la rose stimule la partie sensible du spectateur, tout en descendant dans les tréfonds d'une Eglise catholique médiévale décante et obscurantiste. Cette Eglise-là préfère dissimuler et détruire plutôt que voir ses préceptes remis en question. Un film assurément magistral de la première à la dernière seconde.