9/10Lolita by Kubrick

/ Critique - écrit par nazonfly, le 09/04/2011
Notre verdict : 9/10 - Vent frais (Ecrivez votre critique)

Tags : lolita kubrick humbert film nabokov cinema stanley

Intrigante Lolita, envoûtante Lolita, attirante Lolita. Lolita nimbée d'une innocente effronterie, d'un charme évanescent et dévastateur. Lolita dont les pieds délicats ouvrent le film de Stanley Kubrick, dans un plan magnifique et intemporel.

Intrigante Lolita, envoûtante Lolita, attirante Lolita. Lolita nimbée d'une innocente effronterie, d'un charme évanescent et dévastateur. Lolita dont les pieds délicats ouvrent le film de Stanley Kubrick, dans un plan magnifique et intemporel. Lolita entraînant le brave Humbert Humbert dans une spirale infernale qui le mènera à commettre l'irréparable, le meurtre du fantasque et décadent Clare Quilty, là encore dans une scène mémorable de bout en bout. Lolita dont la beauté marque à jamais de son empreinte cette histoire terrible.

Double coup de foudre

Tiré du célèbre roman de Nabokov, scénarisé par le même Nabokov et Stanley Kubrick, Lolita est l'histoire de cet Anglais répondant à l'étrange nom de
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Humbert Humbert (James Mason). En attendant de prendre ses quartiers de professeur de littérature française, il décide de passer quelques jours au vert dans la petite ville de Ramsdale où on lui a conseillé une pension chez Charlotte Haze (Shelley Winters), veuve et mère de Dolorès surnommée Lolita. C'est ainsi que se forme un étrange triangle amoureux : Charlotte s'éprend rapidement de ce bel homme, aisé et raffiné, tandis que Humbert tombe tout aussi rapidement sous les charmes de Lolita. Un double coup de foudre qui ne peut avoir qu'une seule issue : la mort.

Le flegme devient passion

Le très mesuré et calme Humbert voit en effet sa vie transformée par l'apparition de Lolita. L'Anglais, qu'on imagine volontiers maître de ses sentiments, se laisse diriger par les événements sans parvenir une seule fois à stopper le cheval fou de l'amour. Certes au départ il se contente d'épier la jeune fille. Puis d'un geste, d'un regard, il tente de se rapprocher
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maladroitement d'elle. La passion cependant le prend rapidement : le flegme disparu, c'est la folie amoureuse la plus profonde qui anime ses actes. Dans une scène terrible de cruauté, on le voit tour à tour pleurer le départ de Lolita et rire de l'amour de Charlotte : Humbert a perdu son âme dans les yeux et le sourire de Lolita. C'est ainsi que le tranquille professeur devient l'amant passionné et l'halluciné tueur de la scène d'introduction.

Innocence et duperie

A l'opposé, Lolita éclabousse le film d'une jeunesse lumineuse. Dans le roman original, Lolita était âgée de 12 ans au début du livre à 14 ans à sa conclusion : on comprend alors le scandale à la sortie du livre. Dans le film, Kubrick est parvenu à trouver l'actrice idéale pour ce rôle de nymphette : bien qu'ayant elle-même 14 ans, Sue Lyon paraît avoir au moins 3 ans de plus, ce qui a sans doute permis à Kubrick d'éviter les foudres de la censure. Mais, malgré sa jeunesse, Lolita n'hésite pas à user de ses charmes et sème l'amour comme le vent sème les graines de pissenlit. Mais, malgré une liste d'amants étonnamment longue, l'amour véritable ne semble pas pousser dans le sillage de Lolita. Seuls vivotent les amoureux éconduits. Au final, loin d'être l'apparente innocente des premiers instants du film, Lolita est être une redoutable manipulatrice. Même le dénouement de l'histoire semble être l'ultime pied-de-nez, la dernière tricherie de la jeune fille. Son mensonge final ?

Avec Lolita, Stanley Kubrick livre un film qui a sans doute perdu de son côté dérangeant avec le temps mais qui, porté par la sensualité effrontée et étourdissante de Lolita, reste un grand film porté par de grands acteurs dont bien évidemment Peter Sellers, que nous n'avons pas encore mentionné mais qui excelle dans le rôle exubérant de Clare Quilty.