7.5/10Le limier 1972 / 2007

/ Critique - écrit par riffhifi, le 17/02/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Version 1972 (Ecrivez votre critique)

Tags : film limier sleuth mankiewicz caine milo andrew

Comparatif du Limier de Joseph L. Mankiewicz et de son remake par Kenneth Branagh sorti confidentiellement cette semaine.

Premier mystère : pourquoi un film de Kenneth Branagh doté de deux têtes d'affiche comme Michael Caine et Jude Law, sorti dans la plupart des principaux pays d'exploitation entre octobre et novembre 2007, n'est-il diffusé en France qu'en février 2008, dans quatre malheureuses salles parisiennes (quatre, bon sang de bois !) ? Le film serait-il mauvais, irregardable ? Fallait-il faire plus de place aux chefs-d'œuvre comme Astérix ? On touche là au deuxième mystère (qui, chronologiquement, était d'ailleurs plutôt le premier) : quel intérêt y a-t-il à produire un remake du film de Joseph L. Mankiewicz (son dernier), qui opposait en 1972 Michael Caine à Laurence Olivier ? Faudra-t-il se contenter du plaisir purement intellectuel de voir Caine endosser le rôle du vieil écrivain 35 ans après avoir joué le jeune amoureux, ou la nouvelle version offrira-t-elle un angle d'approche véritablement innovant ?..

1972
1972
Milo Tindle (Michael Caine 1972 / Jude Law 2007) rend une visite de courtoisie au célèbre écrivain Andrew Wyke (Laurence Olivier 1972 / Michael Caine 2007), afin de le persuader d'accorder le divorce à sa femme Maggie. En effet, Milo vit avec Maggie depuis plusieurs mois et supporte mal de la savoir toujours mariée au vieux barbon planqué dans sa grande maison. Mais Wyke est joueur et possède un gros ego : Milo n'est pas au bout de ses peines.

A l'origine, Le limier (traduction nécessairement imparfaite de Sleuth, qui signifie à la fois "limier" et "faire le détective") est une pièce de Anthony Shaffer, qui signera lui-même le scénario de l'adaptation de 1972. Appartenant clairement à la catégorie des histoires dont il ne faut pas dévoiler le contenu aux spectateurs innocents, elle nous oblige à tracer dans cet article une ligne infranchissable au-delà de laquelle seuls les gens ayant vu la première version (ou la deuxième, d'ailleurs) sont autorisés à continuer leur chemin.

-Ligne infranchissable-

On note dès les premières images une différence fondamentale entre les deux films : la personnalité de Wyke. Le Wyke de Mankiewicz est un écrivain actif, espiègle, sadique et collectionneur d'automates vieillots ; celui de Branagh est un homme aigri, qui n'a pas l'air d'avoir écrit une ligne depuis des années, et vit dans 2007
2007
une baraque à la pointe du modernisme dans laquelle il semble voué à périr d'ennui entre deux gadgets électroniques. De fait, la motivation de ce deuxième Wyke ne repose pas tant sur l'ego que sur la peur de la solitude, et l'ensemble ressemble moins à un bras de fer intellectuel qu'à un jeu de séduction où chacun espère repartir en s'étant nourri des sentiments de l'autre. Ce changement de ton est particulièrement sensible dans le deuxième acte, où la partie "Milo déguisé" est considérablement réduite au profit d'un développement des relations plus qu'équivoques entre les deux hommes. Dommage, Jude Law étant complètement méconnaissable en inspecteur Eddie Black (appelé Doppler dans la version précédente, ce qui constituait un indice sur sa personnalité...) malgré une diction trop forcée pour ne pas attiser les soupçons du néophyte.

Effaçant la partie policière (les dialogues sur les clichés du polar disparaissent complètement), la version Branagh se concentre sur le rapport de force entre ces deux hommes hautement charismatiques, rentrant progressivement dans leur intimité par une mise en scène recherchée : des plans anonymes et symétriques des caméras de sécurité, on passe peu à peu aux gros plans invasifs qui permettent de compter les pores de la peau des acteurs. L'esthétisme du film peut même paraître maniéré, et se donne un peu trop de mal pour cacher l'origine théâtrale de l'histoire ; Kenneth Branagh étant un théâtreux avéré, il devrait l'assumer plus ouvertement, ce que Mankiewicz faisait en laissant simplement le champ libre à ses acteurs. De ce côté-là, difficile de faire un choix entre Caine-Olivier et Law-Caine. Les deux duos fonctionnent différemment, mais avec autant d'efficacité. Pour autant, la version 2007 est-elle plus qu'un exercice de style réussi ? Pas vraiment, mais c'est peut-être suffisant.