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titre: "Je regarde les films français avec des sous-titres"
description: "Il y a ce moment un peu gênant où l'on va chercher la télécommande pour sous-titrer un film français en français. J'ai longtemps cru que le problème..."
rubrique: "Cinéma"
type: "Billet d'humeur"
auteurs: ["Guillaume"]
date_publication: 2026-09-19
url: https://cinema.krinein.com/je-regarde-les-films-francais-avec-des-sous-titres/
editeur: Krinein (https://www.krinein.com)
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# Je regarde les films français avec des sous-titres

Il y a ce moment un peu gênant où l'on va chercher la télécommande pour sous-titrer un film français en français. J'ai longtemps cru que le problème venait de mes oreilles…

![Illustration d’un salon où un film français est affiché avec des sous-titres](https://www.krinein.com/img_articles/big/26295-sous-titres-film-francais-tele-diction-1.jpg) *Illustration générée par intelligence artificielle.*

Un film français, un soir, la télé du salon. À un moment je reprends la télécommande, je descends dans le menu audio et je coche la ligne "Français (sourds et malentendants)". Sur un film français. Dans ma langue. Il n'y avait personne pour me voir faire, et j'ai quand même eu un peu honte.

L'explication qui vient en premier est la moins flatteuse, et je me la suis servie pendant des mois. Je vieillis. Mes oreilles ont sans doute encaissé quelques concerts sans bouchons, et je garde le volume un peu trop bas parce que la maison dort (ce qui ne m'empêche pas d'entendre le moindre craquement dans le couloir, mais passons). Sauf qu'avant les sous-titres, je faisais autre chose, et vous le faites probablement aussi : je montais le son sur les dialogues, je le baissais dès que ça explosait. Personne ne fait cet aller-retour parce qu'il entend mal.

J'ai fini par regarder qui met les sous-titres. En novembre 2021, la BBC relayait une enquête de l'association britannique Stagetext. Quatre spectateurs sur cinq entre 18 et 25 ans disent les utiliser tout ou partie du temps, contre à peine un quart chez les 56-75 ans. Ces derniers sont pourtant presque deux fois plus nombreux à se déclarer sourds ou malentendants. Ceux qui entendent le mieux sous-titrent quatre fois plus.

Et quand on leur demande pourquoi, ils ne parlent pas vraiment de leur audition : compréhension et accents arrivent à égalité, 40 % chacun. Une enquête Preply de mai 2022 va un cran plus loin. Chez les Américains interrogés, 55 % trouvent qu'il est devenu plus difficile d'entendre les dialogues qu'avant, 78 % accusent la musique de fond, et 35 % ont l'impression que les acteurs parlent plus vite. Mauvaise foi ? Les gens du son en parlent depuis un moment.

En décembre 2009 déjà, Aurélien Ferenczi posait la question à des mixeurs pour Télérama, à peu près certain qu'ils monteraient au créneau. Ils ont acquiescé. "Depuis que je fais ce métier, j'entends ce reproche régulièrement", lui répondait François Groult, trois césars au compteur. Gérard Lamps y allait un peu plus franchement : "Les premiers responsables ? Ce sont les comédiens." Quarante ans plus tôt, expliquait-il, on articulait même dans les passages chuchotés, et on comprenait tout… Mon soupçon sur le jeu était-il idiot ? Pas tant que ça. Il a juste dix-sept ans de retard.

Le même article donne pourtant une ligne de fracture autrement plus intéressante. Le son direct, disait Lamps, est "un véritable culte, hérité des années 60". Groult prenait l'exemple d'une scène de foule. L'Américain coupe l'ambiance pour ne garder que les voix ; le Français s'y refuse "au nom d'une certaine idée du réalisme", quitte à rendre les paroles inaudibles. Et Guillaume Sciama donnait le chiffre qui explique un peu tout le reste : sur un plateau, "trente-cinq personnes bossent pour l'image, deux pour le son".

La chercheuse Camille Pierre, qui a épluché le discours des chefs opérateurs du son français, met le doigt sur le plus gênant. Les voix intelligibles bien au premier plan sont, dans leur bouche, une "esthétique télévisuelle", et rien n'oblige un preneur de son à viser ça. Ce n'est pas franchement un compliment. Mon écran plat est donc l'endroit précis où le film ne voulait pas finir.

Ce qui ne dédouane pas ma smart TV. Un film est mixé pour une salle, en 5.1 au minimum, les voix logées pour l'essentiel dans le canal central. Quand on replie tout ça en stéréo, la norme Dolby elle-même prévoit de réinjecter ce canal à gauche et à droite avec trois à six décibels de moins, l'opération étant faite à la volée par un algorithme que personne ne repasse à la main. Quant aux haut-parleurs, ils sont désormais logés sous la dalle ou à l'arrière du poste : ils parlent au mur avant de me parler à moi. Niels Barletta, deux fois nommé au César du son, ne prend pas de gants : "Le son est souvent très flou, voire catastrophique."

Les constructeurs, eux, ont tranché sans rien dire. Amazon a sorti son Dialogue Boost en avril 2023, Apple son Enhance Dialogue deux mois plus tard, et Samsung comme LG planquent un mode "voix claire" dans leurs réglages depuis des années. On n'ajoute pas une option pour réparer un problème qui n'existe pas.

En juin 2023, Jules Pottier signait pour l'Association française du son à l'image un texte au titre limpide : "Pourquoi on ne comprend rien aux dialogues des films français ?" Il décrit ma soirée mot pour mot, la télécommande qui monte sur les dialogues et redescend sur l'action. Puis il écarte l'explication, et c'est là que ça devient gênant pour moi : le reproche vient aussi des spectateurs en salle, où il n'y a ni algorithme ni enceinte de supermarché. Le nœud serait plutôt dans nos habitudes. Devant un film sous-titré, le sens est dans l'image et l'oreille n'a plus à le chercher. Devant un film doublé, les voix sont prises en studio neutre, micro à quelques dizaines de centimètres, diction surveillée au millimètre, tout le reste écrasé dessous : "la belle voix, rien que la voix".

Le film français en version originale est peut-être le seul cas qui me demande encore d'écouter pour comprendre. Mon oreille a passé vingt ans à l'école du doublage, où la réplique arrive sur un plateau. Ça ne me rajeunit pas, mais ça me disculpe à moitié.

Vous me direz qu'on trouvera toujours un professionnel pour renvoyer la faute au voisin, et vous aurez raison. Reste que ce n'est jamais tout à fait une fatalité. En avril 2020, le magistrat Philippe Bilger, qui tient un blog et n'a pas peur de nommer, mettait deux exemples côte à côte : [Vincent Lindon](https://cinema.krinein.com/biographie-vincent-lindon/) dans Rodin, dont la première partie lui est restée "indistincte", et Camille Cottin dans Dix pour cent, dont "la diction claire et nette" l'a enchanté. Même pays, même époque, même langue.

À l'autre bout, il y a ceux qui le revendiquent. En novembre 2014, défendant le mixage d'Interstellar, [Christopher Nolan](https://cinema.krinein.com/biographie-christopher-nolan/) expliquait qu'il ne partageait pas l'idée qu'on n'atteint la clarté que par le dialogue, et qu'il lui était arrivé de s'en servir "comme d'un effet sonore". Netflix recommande à ses producteurs un dialogue clair et intelligible, sauf quand le manque de clarté relève de l'intention artistique. L'exception est écrite noir sur blanc !

Un mot, enfin, sur ce que la télécommande propose vraiment. Sur un film français, ce n'est presque jamais un sous-titre de confort, c'est du sous-titrage pour sourds et malentendants : d'où ces couleurs que je prenais bêtement pour un caprice de fabricant, blanc à l'écran, jaune hors champ, rouge pour les bruits. Le code date de 1983, du télétexte d'Antenne 2…

Alors je garde les sous-titres, et j'ai arrêté de m'en excuser. Si la gêne disparaît dans le noir, le coupable dort dans mon salon. En attendant, personne n'est jamais mort d'avoir lu une phrase qu'il aurait dû entendre.

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*Billet d'humeur publié par Krinein, magazine culturel francophone. Version HTML : https://cinema.krinein.com/je-regarde-les-films-francais-avec-des-sous-titres/*
